PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VII
restée cachée, depuis le temps des martyrs, dans la Grèce et dans d'autres pays (1).
Ce témoignage est précieux ; il établit la vérité du sentiment d'un grand nombre d'auteurs du moyen âge. qui, sans toutefois le montrer, disaient que les Albigeois n'étaient que des Manichéens, et volontiers nous l'inscririons sur la première page de notre ouvrage.
Mais gardons-nous de méconnaître l'élément slave. Reinerius, qui avait été longtemps membre de la secte, disait en parlant des Eglises Cathares de Bulgarie et de Tragurium en Dalmatie, que toutes avaient pris leur origine de ces deux dernières 2 . toutes , c'est-à-dire les Églises d'Occident.
Un autre auteur va même plus loin : il attribue aux Eglises dualistes slaves une supériorité de direction 3 .
(1) «. Hane hœresim usque ad hsec tempera oecultatam fuisse a temporibus martyrum et permansisse in Grseeia et quibusdam aliis terris. »
- a Et omnes origines habent de dimbus ultimis. »
(3 c Circa dies istos, dit- il, haeretici Albigenses constituerunt sibi antipapam in tînibus Bulgarorum , Croatie et Dalrnatiae. nornine Bartholomanim. In quibus partibus error adeo invaluit , ut etiam Episcopos et alios multos regionum illarum ad snam allexerit pravitatem.... Ecce , quod vidirnus loquimur . et quod seimus testitîcamur. Ille homo perdit . qui extollitur super omne , quod colitur , aut quod di« ùur Deus . jam habet perfidie suse pneambulum haere-
De fait, l'influence slave s ''affirma souvent dans la secte. Ainsi, les trois principaux ordres ou écoles des Cathares portaient des noms slaves . c'étaient Tordre de Tragurium enDalmatie, Tordre de Bulgarie et Tordre d'Esclavonie. A la réunion que les hérétiques firent à Saint-Félix de Caraman, en 1167, et dont nous aurons à parler plus tard, les Albigeois et les dualistes italiens se soumirent aux décisions de Tévêque cathare de Constantinople, non-seulement parce qu'il avait conservé dans leur intégrité les traditions primitives, mais encore parce quil fut accepté comme le chef de la secte, titre que lui donnait T ancienneté de son Eglise.
Ces faits sont irrécusables ; ils resteraient inexplicables, si Ton méconnaissait l'influence slave dans la propagation du dualisme en France (1).
Mais qu'était-ce que ce dualisme? Etait-ce le vieux Manichéisme encore vivant sur les bords du Danube, ou une résurrection quelconque de la notion des deux principes, sans qu'on puisse la
siarcham , quem bseretici Albigenses papam suum appel lant , habitantem in finibus Bulgarorum , Croatiœ et Dalmatiae . juxta Hungarorum nationem. Ad eum confluunt haeretici Albigenses , et ad eorum consulta respondet. » ( Lucas Tudensis , In script, cont. Wa!d., cap. ni. )
(1) « In Sueviam , Bavariam et Italiam borealem saepe intrant eorum mercatores.... Horum quidam etiam ex Hnngaria ad nos convenerunt. » (Fastes de Corbie , p. 72, cité par M. Schmidt. )