‹ Les AlbigeoisChapitre 99 sur 313 · PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. CHAPITRE VIL

rattacher historiquement au dualisme primitif? M. Schmidt, qui admet l'origine slave des Albigeois, ne reconnaît pas cependant que ceux-ci se rattachent aux vieux Manichéens. Nous avons déjà montré, croyons-nous, comment le Manichéisme, pour des raisons multiples, s'établit et séjourna au milieu de la race slave, dont la religion était au fond une religion dualiste 11 ne nous reste plus qu a montrer en quelques mots la parenté des doctrines albigeoises et des doctrines manichéennes d'après M. Schmidt lui-même, parenté qui apparaîtra avec plus d'évidence dans le chapitre que nous consacrerons à étudier le dogme albigeois ; et enfin à mettre en évidence la faiblesse des raisons sur lesquelles il appuie son sentiment.

M. Schmidt reconnaît qu'il y a entre l'Albigéisme et le Manichéisme de nombreux points communs. D'après lui-même, ils rejetaient l'un et l'autre l'Ancien Testament ; ils condamnaient le mariage; ils niaient l'Incarnation du Verbe, qui n'avait pris la chair humaine qu'en apparence, comme disaient les Docètes. La tendance ascétique et rigoriste était très-accusée chez Tun et l'autre. Les Manichéens et les Albigeois admettaient la métempsychose et le traducianisme. Les Manichéens se divisaient en Elus et en Auditeurs ; chez les Albigeois, il y avait les Parfaite et les Croyants.

11 faut avouer que ces ressemblances , si elles n'étaient que fortuites, ne s'expliqueraient guère.

M. Schmidt croit que, à l'origine, les idées cathares étaient encore incohérentes, et c'est peutêtre la raison pour laquelle il ne les fait pas remonter aux Manichéens. Mais cela ne nous paraît pas exact. Il est seulement vrai que, quand les idées dualistes apparurent en France, elles n'osèrent pas d'abord trop s'affirmer. Dans ces siècles de foi, elles ne se présentèrent qu'avec une certaine timidité. Ce n'étaient point « des germes qui se modifièrent suivant le terrain qui les reçut, et qui même se combinèrent avec d'autres éléments », puisque, dès leur apparition en France, les doctrines dualistes furent absolument et franchement manichéennes. Pour se convaincre de la vérité de ce double fait, à savoir : de la timidité des premiers dualistes et de la saveur manichéenne de leurs doctrines, il suffit de constater à quelle époque précise chacun des points de leur dogme fut connu au dehors ; car, si tous ne s'affirmèrent point dès le commencement, chacun, à mesure qu'il parut, revêtit une forme franchement manichéenne. Ces différents points de leur dogme étaient :

1° La distinction entre un bon et un mauvais principe ; ce qui fut admis par les dualistes de Reims en 991 (1), par ceux d'Aquitaine en

(1 ) Profession de foi de Gerbert (D. Bouquet, x, p. 409).

Page 1