OBSERVATION XII
(Clarence Quinan, in Journal of the american medical Association, 31 mars 1923.)
E... T, homme, 23 ans, vu le20 janvier 1915 en bonne santé apparente et dont les antécédents familiaux ne présentaient rien de spécial, a eu la coqueluche à 9 ans, à l’occasion de laquelle on découvrit de l’albumine dans les urines. Cette albuminurie a persisté depuis lors, En 1910 il garda le lit cinq semaines pour « affection rénale ». Pas d’autres maladies.
C'est un chasseur passionné qui mena plusieurs années la vie de plein air et,en 1916, s’engagea dans l’armée fédérale pour faire campagne à la frontière mexicaine. Dans la suite il passa à l'aviation où il conquit le grade de capitaine. Il fut accepté à tous les examens sanitaires, substituant chaque fois à ses urines celle d’un camarade.
Peu après l'armistice, après deux ans de vols, continuels sur le front occidental, sa santé fléchit; il devint de plus en plus faible, maigrit, dormit mal. Les urines étaient à ce moment diminuées .de volume et foncées, pas d'œdème,pas de crises convulsives. Un mois de séjour au lit, la suppression de toute occupation, le régime l’acté, lui rendirent la santé. Depuis qu'il avait quitté l’armée, ses occupations de démarcheur pour le compte d’une compagnie d'exportation, l'avait tenu constamment sur pieds. Le 14 septembre 1922, il se plaint d’asthénie, de sensation de distention abdominale. Le repos, leslaxatifs et un petit régime remédièrent à ces troubles. Actuellement, en janvier 1923, il a toutes les apparences de la santé.
Examen. — Le malade, le 20 janvier 1915, est bien développé, d’aspect vigoureux. Pas de lordose en position . debout. Taille 1 m. 73. Poids 67 kilogrammes.
Légère pâleur de la face. Rein droit mobilisable, rein gauche non palpable. Rien par ailleurs au tronc.
Réflexes superficiels et profonds normaux. Fonds d’yeux normaux. Pas de ganglions perceptibles.
Les urines renferment une grande quantité d’albumine avec quelques cylindres hyalins. On fait apporter des échantillons d’urines recueillies le matin avant le lever, puis un certains temps après le lever.
Le 22 janvier, 2 échantillons recueillis le 21, et un 30 recueilli à 3 heures de l'après-midi renferment respectivement 0.75, 6, 7 gr. bo d’albumine o/00. On porte le diagnostic orthostatique.
C'est tout récemment, en mai 1922, que je fus capable de reprendre l'étude de ce cas.
Le 4 mai 1922, état général non modifié.
Examen du sang : 4.500.000 hématies. 7.900 leucocytes avec :
Polys.: 62 % Lymphoc. : 33 Eosinoph. : 1 F. transit. : 2
T. A. 1922-85 non modifiée par les changements de position. L Fonds d’yeux normaux.
L'albuminurie persiste avec son caractère orthostatique La précipitation des albumines urinaires se produit au bain-marie entre 93 et 79 degrés. Rien par l'acide acétique à froid.
Pendant cinq mois, de mai à octobre 1922, on rechercha l'influence de la fixation des reins sur l’albuminurie. On employait à cet effet un instrument constitué par un cadre
entourant le bassin et le tronc à la hauteur des reins. Sur la barre antérieure un bloc de bois mobile aide à fixer l’un des deux reins. Pour placer l’appareil, on commence par surélever le bassin à l’aide d'un coussin, puis on mobilise à la mainle rein, après quoi on place l'appareil. Le malade urine, étantencore aulit, et dès avant la mise en place del'appareil, puis, portant l'appareil, il se lève et se déplace à sa convenance. Un deuxième échantillon d'urines est recueilli dans ces conditions. On enlève l'appareil, et Le sujet toujours debout urine un troisième échantillon.
En général, les échantillons étaient recueillis :
Le premier, sujetau lit, à 7 heures.
Le deuxième, sujet debout avec appareil, à 7 h.20.
Le troisième, sujet debout sans appareil, à 9 h. 40.
Résultats, — 4o recherches furent effectuées dans ces conditions, et 120 échantillons examinés.
Les échantillons n° 1, de 7 h. du matin, étaient d’ordinaire clairs et d'apparence normale. Les échantillons u° 2 et 3 n'étaient jamais clairs et avaient |” PARTONS de gomme arabique.,
Densité. — Celle de l'urine n° 2 varie it 1014 à 1093, en moyenne (35 échantillons) de 1018. Un tableau donne les valeurs trouvées pour les échantillons du 18 janvier 1923, et donne assez bien l'allure des variations de densité au cours des diverses autres déterminations : Echantillon 1 7 h. du matin Posit. horizont. D.: 1015
— 2 7h. 20 — Posit. verticale D.: 1016 — 3 6h. 4o — Posit. verticale D.: 1016
Albuminurie. — En général, l’albuminurie n’était modifiée ni par la fixation d’un rein, ni par la fixation des deux reins.
Voici un tableau de moyennes calculées d’après 120 déterminations :
Nombre d'échantillons examinés :
&o échant. n° x Alb. moyenne 1,24 ho — mnm°2 — 4,30 Go — n°35 — 7,60
A noter que dans chaque expérience les échantillons n° 2 donnaient régulièrement des taux d’albumine intermédiaires aux deux autres échantillons, l’appareillage semble donc n’avoir pas influencé l’apparition de l’albuminurie.
A noter encore un fait remarquable qui a été pris en considération pour la thérapeutique de l'affection: les trois premiers mois d'observation, les échantillons n° 2 (malade encore au lit\ renfermaient de 1,5 à 2,5 d’albumine o/oo. Les signes ordinaires de néphrite étant absents : T. A. 122, bruits du cœur normaux, pas de céphalée, pas d'autre signe d'urémie. Il était peu vraisemblable qu'une albuminurie de décubitus si prononcée fût le signe d’une néphrite chronique. Les examens ultérieurs confirmèrent cette impression, car il fut possible de réduire cette albuminurie nocturne, soit en surélevant les pieds du lit de 2ou 4 pouces, soit en prescrivant une petite dose journalière de cascara avec purgation au calomel dans la semaine.
Toutes urines examinées en position debout présentent une forte albuminurie. Les résultats notés semaine par semaine sont identiques aux moyennes données plus haut.
Nous n'avons pu pratiquer chez notre malade le cathétérisme urétéral, et ne pouvons par conséquent assurer si l’albuminurie était unilatérale ou non.