‹ Les alchimistes d'autrefoisChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

\an Helmonl. — L’inqnislllon. — Leibnil7„ - Le roi Khalld. - Nostradamns.

— Conrorsatlon arec Beelzebuth. — Logement du Démon. - Eiploslons ol catastrophes.

L’école de Paracelse eut pour chef, après la mort de ce mona rq u e des A rca lies , ainsi qu ’on

134 LES ALCHIMISTES le désignait, un homme d’une érudition profonde, qui naquit à Bruxelles en 1588. Mais Van- Helmont.tout en s’opposant, aux opinions de Galien et d’Aristote, n’était nullement imbu de ces principes fantastiques qui caractérisaient la doctrine île celui dont il avait été le disciple. Traduit devant le tribunal de l'Inquisition pour crime de magie infernale, il fut aussitôt mis en liberté, lesjuges ayant reconnu que les cures merveilleuses qui avaient ser-

D AUTREFOIS. 135 vi de prétexte à l’accusation étaient dues uniquement à son grand talent de médecin. Son (ils, Mercure Van-Helmont, était devenu si habile en chimie, et si adroit dans la plupart des arts et métiers, qu’il n’en fallut pas davantage pour faire courir le bruit qu’il avait découvert la pierre philosophale : le peuple ne conservait pas même le plus léger doute à cet égard, « puisque ce magicien , disait-il , dépense l’argent à pleines mains, lui dont

1.J6 LFS ALCHIMISTES lo revenu est peu considérable. » — Le célèbre Leibnitz composa son épitaphe. En voici deux vers, par lesquels on voit que Mercure admettait le système de la métempsycose :

Nil imite infenur jacel hic Nelniontiiis aller,

Pet quem Pjtliagoras el Cabbala sacra rex'ixit.

Pendant les quelques siècles qui se passèrent depuis la disparition de Rose-Croix

d’autrefois.

jusqu’à l’époque où nous voici arrivés , l’on aperçoit , dans la multitude de ceux qui s’occupent d’alchimie , quelques sectateurs du patriarchedeFez, qui Figuraient de temps en temps, sur le théâtre du monde, d’une manière plus ou moins distinguée. Neconsidérons guère quïn globo ce nombreux groupe de philosophantes; il serait trop long, et surtout trop fastidieux, de s’arrêter aux détails de la vie de chacun d’eux.

Aussi ne devons-nous que

138 LES ALCHIMISTES mentionner Sandivogius, Philalethes et le roi Khalid. Tout ce que nous pouvons accorder pareillement à CartilaceGs, à Morienus de Jérusalem , h Olaüs Magnus, à Bernard de Trêves, c’est de tracera la lulte leurs noms. Le médecin Nostradamus , que nous voyons comblé d’honneurs par Henri II et par Charles IX, consacrait probablement aux travaux du laboratoire une partie des loisirs que lui laissaient ses études astrologiques. D’ailleurs, il

ne jouissait pas énormément de la confiance de ses contemporains, à en juger par le distique suivant, dans lequel le dramaturge Jodelle peint parfaitement le caractère du pseudoprophète :

Nostra danius, cum falsa damus , nain fallere nostrum est.

Et cum falsa damus, nll nisl JS'ostra ctamns!

Ces vers spirituels s’appliqueraient également bien à un

autre alchimiste, que nous passerons encore sous silence, à Elardus, nécromancien de la Catalogne, qui prétendait avoir eu avec le diable force conversations scientifiques ; et il vous rapportait très- sérieusement les réponses que Satan avait coutume de faire à ses questions, touchant le grand secret.

Dominus de Nuysment mérite de fixer un peu plus longtemps les regards. En parcourant son ouvrage Du rrat Sel

D AUTREFOIS. 14f secret des philosophes , et de l’Esprit général du monde.

l’on serait tenté de croire que l’auteur était panthéiste. «Cet esprit du monde, dit-il, avait pour père le soleil, et pour mère la lune. L’air ambiant l’a porté dans ses entrailles, et la terre l’a allaité. » Suivant Nuysment, la science cabalistique a été révélée quatre fois par Dieu au genre humain :

1° à Adam, pour le consoler de la perte du jardin d'Eden; 2° à Moïse, dans le buisson ar-

1 12 LES ALCHIMISTES dent ; 3° au roi Salomon, dans un songe; et enfin à Esdras, par un ange. ■ Travaille, prie, et lis, * telle était sa devise, et il était accoutumé à dire à ses disciples qu’à moins qu'ils ne persévérassent dans la piété, et surtout dans la chasteté, ils devaient désespérer de découvrir jamais la panacée transcendante. C’était là aussi renseignement d’Hermès Trismégiste , et d’autres alchimistes. Le Démon , croyaient-ils, se tenait caché au fond du creuset et

d’autrefois. 143 dans le col de l’alambic; et malheur au philosophe dont le cœur ne serait pas pur pendant qu’il exécutait ses expériences!

Cesconseilsjassurément trèssages en eux-mêmes , étaient probablement suggérés à ceux qui les donnaient par les explosions qui, sans doute, se manifestaient souvent au milieu des opérations. Si lehasard en détermine quelquefois de nos jours, à plus forte raison ces détonations devaient-elles autrefois produire des cata-

144 i.ES AI. CHIMISTES strophes imprévues. En effet , les mystères du laboratoire exigent une si longue étude, avant que l’on puisse s'y initier, qu’il y' aurait moins de danger à se réfugier sous un orme isolé, lorsque le tonnerre gronde affreusement audessus de la plaine où l’on chemine , qu’à vouloir manipuler pour la première fois, près des fourneaux, sans avoir à ses côtés un guide expérimente (1).

i On pourrait, multiplier à l’Inflnl I »

d’autrefois. 145

exemples d’accidents arrivés dans ces derniers temps à des chimistes , même trèsdistlnguès, au milieu de leurs travaux Pour n'en citer que deux ou trois : — Gehlen a péri en Allemagne après avoir respire , pendant quelques secondes seulement, de l’hydrogène arsenlqué ; Pll&lre du Rosier, voulant Introduire dans ses poumons du gaz hydrogène mêlé d’air, a torrlblement souITert d’une explosion qui eut lieu dans sa bouche; Boulay (Ils a été lue par suite d’une détonation occasionnée par le brisement d’un llacon d’etlier sulfurlquo ; feu Baruel a perdu plusieurs doigts dons une autre circonstance; le savant Dulong , enlevé aux sciences en 183a, a acheté au prix d’un œil et de deux doigts sa découverte du chlorure d'azote; — et tout Paris conserve oncore le souvenir de l’cITrayante explosion du cylindre de tonte, contenant le mélange destiné à la solidification du gaz acide

carbonique . qui , dans le laboratoire de IVcole de l'Iiarmacle, coûta la rie, au mois de terrier dernier, a un jeune chimiste qui donnait poor l’arenir les plut belles espérances.

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