chapitre X
L’urne de Maiimc Olyblus. - Knorrae Salamandre. — Nez d’or. — Lord Uacon. — Crèmes à in glace et sorbets. — Pourpre de Cassius. — Terre tiamnee.
— Newton. — Cagiiosiro. — Pierre infernale, — Laine des philosophes.
Lait rlrglnal.
L’on trouva en 1533 , à Este, dans l’État de Venise, une urne, supposée avoir été en-
148 I.ES ALCHIMISTES fouie dans la terre par Maximus Olybius, qui y aurait renfermé V élixir vilx. Cette urne en contenait une autre plus petite , dans l’intérieur de laquelle on remarquait une lampe , placée entre deux fioles , l’une d’or, l’autre d’argent, et remplies d’une liqueur très - limpide. Sur l’étiquette , qui était attachée à la plus grande , on lisait , que * Max.
Olybius, natif de Padoue, avait découvert le célèbre secret, et que dans ces vases se trouvait
d’autrefois. 149 le résultat de ses expériences , savoir: deux essences propres à changer tous les métaux grossiers en or et en argent. »
Grand fut le chagrin des savants de Padoue , entre les mains de qui ces objets étaient tombés, en apprenant que le précieux contenu des (laçons avait été répandu en totalité par les paysans qui aperçurent les premiers cette urne : les rustres s'imaginaient qu’il n’y avait là que de l’eau ordinaire.
Quelques années après cet
événement , un nouvel adepte de la socle de Paracelse prétendait, à Léipsick,où il occupait la chaire de médecine , avoir obtenu de Dieu le don de discerner, par le moyen de la chimie, le bien elle mal. -Cet alchimiste, Henri Knnrahde, se livre, dans son Amphithéâtre de la Sagesse éternelle , à une rhapsodie inouïe sur la pierre philosophale : tout ce que nous pouvons comprendre à son langage symbolique, c’est que le lapis paraîtra, à la
d'autrefois.
fin des expériences qui ont pour objet sa recherche, sous la forme d’une énorme salamandre, d’un brillant rouge de rubis , s’élançant tout à coup hors du sein d’une masse de soufre enflammé.
Une illustre maison du Danemarck donnait le jour, en 1516, au grand astronome Tyeho-Brahé.qui n’a guère moins approfondi l’étude du cours des astres qu’il n’a pénétré les secrets de la chimie. Pour prouver jusqu’à quel point il
152 LES ALCHIMISTES fiait adroit en toutes choses , on raconte que ce savant , ayant perdu le nez dans un duel nocturne avec un gentilhomme danois, s’eu lit un autre , d’or, d’argent et de cire , avec tant de perfection qu'il paraissait naturel aux yeux de tout le monde.
Tycho-Brahé était contemporain du chancelier anglais lord Bacon , un des plus beaux génies de son siècle. Avant lui.
la chimie existait beaucoup plus en théoriequ’en pratique ;
Bacon convainquit l’univers, par scs raisonnements logiques , que , sans des expériences réitérées , cette science reculerait plutôt qu’elle n’avancerait. — Ses avertissements furent heureusement écoutés , même de son vivant.
Nos glaciers et nos crémiers d’aujourd’hui ne songent certainement pas que ce noble lord fut le premier à apprendre, à leurs ancêtres qu’ils pourraient congeler à volonté, par les chaleursles plus étouffantes
«le l’été , leurs punchs et leurs sorbets, en formant avec du sel marin et de la glace, ou bien de la neige , un mélange réfrigérant, qui esta la portée de la plus humble descuisinières.
Vers l’époque où finissait la carrière de ce fameux homme «l’État, nous entrevoyons trois alchimo - chimistes, qui ont perpétué leurs noms à cause de leurs découvertes respectives. C’est d’abord Cassius , qui a montré comment on devait préparer la belle poudre
d’or qui sert à colorer en viole! la porcelaine , et que l’on appelle 1 e pourpre de Cassius.
Puis s’avance Libavius, qui nous a légué sa liqueur fumante, un composé de chlore et d’étain. Enfin s’élève Glaüber, qui a enrichi la société d’un des sels purgatifs les plus communément employés, le sulfate de soude , auquel il donna le nom de sel admirable, tant sa joie était vive, non-seulement d’avoir trouvé
15(> LES \ I.C H I. >11 ST ES une substance qui pût cristalliser admirablement, mais, «le plus , parce que personne , avant lui, n’avait eu l'idée d’utiliser les matières qui restaient au fond de la cornue à la suite d’une distillation.
Ces r«:sidus , on les désignait jusque-là par les termes de raput mortunm , (erra damnala, etc.
Peu de temps après la mort de Bernard de Palissy, dont les travaux sur la nature des
d’autrefois. 157 émaux lui ont valu une si belle réputation (l),la Grande-
(i) l’allssy était natif d’Agen, Tille qui avait tu naître également le Mezzofanti d’autrefois , Joseph Scaliger. Le hasard lui ayant fait tomber entre les mains une vieille tasse couverte d’email , il s’appliqua dès lors à expérimenter sur les émaux. Il était tellement gêné sous le rapport de la fortune qu’il fut contraint d’allmcnLer ses fournaux avec les humbles meubles de sa maison , n’ayant pas de quoi acheter d’autres combustibles , et d’abandonner à l'ouvrier qu’il employait une parllo de ses vêtements, ne pouvant lui payor autrement ses gages. 11 persévère obstinément dans ses recherches, ne se souciant guère , ni do la fatigue qui l’épuisait , ni des remontrances de sa femme en colère , ni des moqueries d’un
138 LES ALCHIMISTES Bretagne vit poindre sur l’horizon intellectuel un homme qui éclipsa jusqu’à un certain point Bacon lui-méme. Un devin eût tiré pour lui un horoscope favorable, du moins de sa naissance, car Isaac Newton
public railleur ; et le tollé enfin atteignant oc degre dominent succès qui lui attira l’estime des plus grands hommes de son siècle. l’allssj- fut le premier qui avança que les coquilles fossiles et les montagnes calcaires sont les résidus de substances marines : aussi , est-ce é lui que (luffon est redetable d'un grand nombre des notions qu’il développe dans ses outrages.
d’autrefois. 159 vint au monde 1 ejour de Noël 1642. Ses brillantes découvertes dans presque toutes les branches de la philosophie , et en particulier dans l’optique , lui méritèrent à juste titre l’épitaphe suivante , qu’on lit sur son mausolée, dans l'abbaye de Westminster, à Londres : Gratulenlur sibi mortales laie ac tantum exlilisse humani generis dccus.
11 faut maintenant franchir un espace de plus de cent années , alin de nous trouver en
(ii cf des deux derniers adepte»
que nous offrent les annales de l’alchimie proprement dite.
Dans une séance solennelle qui se tenait a l'Académie royale de Londres, en 1784, le docteur James Price , un des membres, s’empoisonnait en pleine assemblée , désespéré de l’insuccès d’une expérience dans laquelle il devait changer du mercure en or et en argent, en présence d’un immense auditoire. Deux années plus tard, l'on renfermait au château
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D’AUTREFOIS. 161 Saint-Ange, à Rome, le fameux Sicilien Joseph Balsamo, qui , sous le titre de comte de Cagliostro , avait parcouru l’Europe entière , disant qu’il pouvait , grâce à sa science transcendante comme alchimiste, créer de l’or en abondance. Ce fourbe fit beaucoup de bruit en France , à cause de sa complicité dans l’affaire si connue du collier de la reine. La peine capitale , prononcée contre lui en 1791, fut commuée en une détention perpétuelle.
162 l,ES alchimistes Les alchimistes , malgré les paradoxes de plusieurs d’entre eux, ont lègue à la chimie, indépendamment d’une infinité de découvertes , un certain nombre de termes par lesquels sont désignées quelques-unes des substances les plus communément employées en médecine ; c’est ainsi que le pharmacopole d’aujourd’hui vous vend du safran de Mars , de \ extrait de Saturne, de la pierre infernale , etc. A l'exemple des anciens , latins
d’autrefois.
et autres , ils exprimaient le fer par le mot Mars , le plomb par Saturne, l’argent par Diane et Luna , etc. Leur nomenclature était souvent fort bien appliquée. Comme l’oxyde de zinc , par exemple , en se fondant, s’élève en l’air en forme de milliers de petits flocons laineux, ce médicament reçut de ces opérateurs les noms de Lainage des philosophes, nihil album , pompliolix, etc. Mais venaient-ils à précipiter, à l’aide d’un peu d’eau,
l’acide du benjoin et d'autres baumes dissous dans de l'esprit-de-vin, ils donnaient alors à la liqueur blanche obtenue le nom vraiment poétique de Lait virginal. Le parfum exquis qui s’en exhalait leur suggérait l’idée d’un emblème de l’innocence. En un mot, leur pensée se rencontrait avec celle d’Hcrrik, et d’autres poètes anglais du bon vieux temps, qui vous disent que, « du corps d’une vierge qui vient d’étre ensevelie dans sa
d’autrefois. 165 tombe on verra e'clore des violettes ; » et ailleurs, en s’adressant à une jeune fille qui n’est plus : «Que le baume et les autres parfums exhalent leur odeur de son monument virginal ! »