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CHAPITRE VIII

Paracelse. — La mort au cabaret. — Le bonnet savant. — Deux pllnles d’opium.

— Quintessence des corps. — Homme barricadé.

Celui sur qui vous allez maintenant jeter en passant les yeux, le médecin Paracelse, est rc-

122 LES ALCHIMISTES ga rdé pa r les Rose-C roix comme leur second fondateur. Il vint au monde en Suisse, en 1193, quelques mois après la découverte de l’Amérique. Son nom ne mériterait qu’un rang fort médiocre dans le groupe des alchimistes, s’il n’avait été le premier à faire marcher de.

front, dans les cours publics, la chimie et la médecine. Aussi, du haut de la chaire où il professait, foudroyait-il habituelinentla méthode de guérir de Galien, qui seule avait été jus-

d’autrefois. 12a qu’alors mise en usage; car «sans la chimie, disait-il, comment voulez-vous traiter la maladie la plus ordinaire? » Le mot Paracelse, qui signifie grand et illustre, a dû être inventé par ses partisans ; ses noms de famille étaient Aurèle- Philippe-Théophraste Bombasle de Hohenheim. Il affirmait, avec une audace inconcevable, avoir trouvé un élixir capable de prolonger indéfiniment la vie. Malheureusement pour la gloire qu’il se promet-

124 LES ALCHIMISTES, tait d’acquérir par cette découverte, il avait pour une autre espèce d’élixir (l’antidote, en quelque sorte, de son athanor) un goAtsi prononcé que l'excès qu’il en faisait le tua tout d’un coup, dans un cabaret, à l'.lge peu avancé de 48 ans. Sa vanité le rendait insupportable aux savants qui avaient avec lui des rapports.

Les innovations qu’il voulait introduire dans l’étude de la médecine lui attirèrent la haine de tous les gens de l’art

d'autrefois. 125 de son temps. Ceci vous surprendra encore moins si vous vous rappelez une des expressions dont il se servait pour apostropher, à l’occasion, ses confrères, au milieu de ses leçons solennelles. «Sachez, vociférait-il, que mon bonnet est plus savant que vous tous, et que ma barbe a plus d’expérience que vos plus brillantes académies. » La forfanterie le porta , dans une autre circonstance, à une action des plus bizarres, en présence d’un im-

mense auditoire. A la première leçon que lit Paracelse à la chaire île chimie de Bdle, fondée en 1527, l'auguste assemblée qui l’entourait fut frappée de surprise en voyant le professeur, aprèsavoir terminé une kyrielle d'invectives contre l’école arabe, lancer avec colère dans un foyer ardent un gros paquet de livres. C’étaient les ouvrages de Galien et d’Avicenne, qu’il livrait aux llammes. 11 se consacrait, depuis près de dix années, à l’en-

d’altrefois. 127 geignement clans cette nouvelle Faculté, lorsqu’un incident, assez léger dans l’origine, le contraignit à s’exiler.

Une notabilité de la ville, étant à l’agonie, envoya supplier le savant médecin de lui administrer sessoins. Paracelse y consentit, à condition qu’il recevrait comme prix de ses services une somme considérable. L’arrangement fut conclu sur-le-champ par les amis du malade ; et celui-ci, grâces à deux pilules d’opium que lui

128 I.ES ALCHIMISTES lit prendre son Esculape, se trouva , au bout de peu de jours, parfaitement rétabli. Ce retour de la santé s’était opéré si rapidement, et à l’aide de médicaments si méprisables eu apparence, que le convalescent ne jugea pas à propos de remettre au médecin l'honoraire que lui avaient promis ses amis.

Ile la un procès intenté par Paracelse. Il perdit sa cause, et tous les praticiens de Bàle sc soulevèrent en masse, et appuyèrent la décision des ma-

d’autrefois. 12!) gistrats , qui avaient déclare (|ue la demande de Paracelse était trop exorbitante pour être fondée. A peine le verdict rendu, le savant s’enfuit furieux de la ville, et alla mourir dans la débauche à Salzbourg.

Cet adepte se vantait de pouvoir guérir deux cents maladies différentes avec des composés de plomb : solo plumbo ducenlas morborum classes superareposse. Mais il se garde bien d’ajouter à cette assertion téméraire le nombre des per-

130 LES ALCHIMISTES sonnes qu'il envoya peut-être dans l’autre monde, à l’aide de ces drogues vénéneuses. — Il regardait Yelùcirvita comme une cinquième essence, qu’il était possible d’extraire des quatre éléments d’Aristote réunis. Cette quintessence était donc, suivant lui, ce qu’il y avait dans chaque corps de plus pur; «mais elle y est retenue,

* dit-il , avec une force telle « qu’elle ne se dévoile qu’au

* mortel privilégié qui est

* «loué du talent d’employer le

jd'autrefois. 13 i

* moyen unique et précis pour « l’isoler.

«Et n’est-elle pas dans le «même cas que cet homme « qui se barricade dans sa mai- «son, et que vous essayez de «saisir vivant? Vous êtes bien

* le maître de brider la mai-

* son ; celui dont vous voudriez « vous emparer périra dans l’in-

* cendie, et vous n’aurez que « ses cendres. Vous pouvez ti- « rer à merveille vos armes à « feu par des trous impercepti- «bles, que vous aurez prati

• qués dans les murs: mais la . balle meurtrière frappera

• peut-être votre homme an

• cœur. Pour réussir, que vo-

• tre satellite monte douce-

• ment sur le toit, puis qu’il se.

• laisse glisser adroitement par

• la cheminée. De cette sorte

• l'assiégé sera pris sain et sauf.

• — Ainsi, si vous opérez ha-

• bilemeutdans vos recherches

• de la panacée, elle ne tar-

• dera pas à sc manifester à vos

• yeux. •

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