‹ Les alchimistes d'autrefoisChapitre 13 sur 19 · chapitre XII · texte numérisé non relu

chapitre XII

avolsier. — Sang veineus , sang artcriel.— Les neuf rierges. — Un jeûne

— Da chambre noire. — Gaz à éclalrage. , La guillotine. — Fourcroy.

— Nomenclature nourelle. — Uertho let. — Lampe de sûreté. — Mêla] inflammable dans l’eau froide. — Dumas, Berzélius , etc.

Le lendemain de l’Assomption 1743 , la même année où naquit Scheele , il vint au

1 00 I.ES ALCHIMISTES inonde , à Paris , un chimiste d'un si grand génie , que la gloire de lui avoir donné le jour eîlt seule suffi pour illustrer cette capitale. Encore, très-jeune , Lavoisier étonnait ses maîtres du collège Mazarin par l’éclat d’esprit qu'ils remarquaient' en lui. L’abbé Lacaille s’émerveillait de l'extrême facilité avec laquelle sou élève saisissait les points les plus abstraits de l’astronomie et de la géométrie ; et le botaniste Jussieu lui-même s’esti-

d’autrefois. 191 niait heureux d’avoir, l’occasion de faire féconder les germes de talent dont ce jeune homme était doué. — Obligé , comme nous le sommes, de sa crifier au défaut d’espace le vif désir que nous aurions d’accompagner ce grand disciple de Condillac dans toutes les phases de sa vie laborieuse , nous nous bornerons ici à rappeler que c’est Lavoisier qui a découvert que le gaz oxygène constitue une partie essentielle

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île l'air qui nous entoure ; que c’est à r.e même gaz que sont dus presque tous les phénomènes de la combustion , et que, sans lui, notre respiration ne saurait s’entretenir , puisque le sang veineux ne devient sang rouge artériel que parce qu’d absorbe de l’oxygène. — En un mot , sans la nouvelle théorie chimique qu’a créée ce savant , et qui le rendra immortel , la chimie n'oecupcrait pas, comme elle le fait aujour-

d'autrefois.

d’hui, la première place parmi toutes les sciences , quelles qu’clles soient.

Mancini rapporte , dans son Atlas chinois, que neuf sœurs vierges se dévouèrent jadis au célibat perpétuel , afin de mieux vaquer îi l’étude de la chimie. Cette histoire nous revient à la mémoire en parcourant les deux traits suivants de la vie de Lavoisier :

— S’étant aperçu que moins il prenait de nourriture , plus il travaillait avec succès, il se

l!»l I.ES ALCHIMISTES soumit pendant quelques mois •' un régime des plus sévères :

le laitage composa seul ses repas, et, grâce à ce carême volontaire, sou esprit ne tarda pas k acquérir le degré de liberté qu’il désirait. — Dans une autre circonstance, il s’emprisonna, pendant six longues semaines, dans un appartement où ne pénétrait pas le moindre rayon de lumière : pourqu’une obscurité parfaite y régnât, il en fit revêtir les murs de drap noir. Cette expérience avait

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polir but de donner à su vue nssez de délicatesse pour examiner la flamme des divers gaz que l’on proposait pour éclairer les rues de Paris.

L’àme héroïque de Lavoisier s’envola de ce monde en 1791, par la même voie qui déjà avait fait monter au ciel le (ils de saint Louis. Il était fermier général, et il n’en fallait pas davantage pour être arrêté dans ces jours de deuil et de terreur. 11 était chimiste, et cela suffisait pour servir de

texte à l’accusation qui pesait sur lui individuellement. Les juges, par ignorance barbare, ou plutôt par malice satanique, motivèrent sa condamnation à mort en osant üfliriner « qu’ Antoine-Laurent Lavoisier avait l liabitudede mêler, avec le tabac qui se livrait à la consommation , de l’eau et d’autres matières nuisibles à la santé des citoyens. - Si la guillotine n’avait pas de si bonne heure tranché sa vie, il cfltsansdoutc ait connaître une foule de nou-

d’autrefois. 197 velles découvertes, tant il mettait d’énergie et de persévérance dans ses recherches.

Parmi les ouvrages qu’il nous a laissés on en remarque un qui est incomplet; l’on arrive tout d’un coup, en le parcourant, à une phrase non achevée : il avait la plume à la main lorsque les émissaires de l’enfer vinrent dans son cabinet fondre sur lui (1) !

(i) Un des membres les plus distingues de l'Académie des Sciences nous dunnera bientôt peut-êlre une édition désœuvrés

138 I ES ALCHIMISTES Lorsque Napoléon monta sur le trOne, la France possédait encore quelques-unes des notabilités scientiiiques du dernier siècle Celui qui, au Jardin des Plantes , dévoilait les mystères de la chimie dans un langage élégant, pendant qu’une tabatière d’or tournait toujours entre ses doigts, c’était Fourcroy. En 1816, mourut Guyton-de-Morvean, qui,

complété» de l.aiolsler; du moin» nous «••'-elle promue per M. Dumas dan* sa rinlosopliie chimiiluc.

d'autrefois. 199 eu inventant la {nomenclature moderne, a prodigieusement facilité l’étude de cette science auxespritsavides de s’y initier.

Enfin, en 1823, a disparu Berthollet, pour qui l’empereur avait beaucoup de vénération et d’estime; car, pendant l’expédition d’Égypte, le général Bonaparte avait su apprécier ses hautes qualités et ses talents.

Est-il besoin de rappeler les noms de ces dignes successeurs de Lavoisier, qui jettent au-

200 I.ES ALCHIMISTES jourd’hui tant d’éclat sur la science? Qui ue connaît de réputation les Gay-Lussac, les Thénard , les Dumas, les Orlila?

I.e génie de Berzélius plane au-dessus des contrées glaciales de la Suède. En Allemagne, le laboratoire a deux grands maîtres: les Mitscherlich et les Liébig. Mais pourquoi citer en dernier lieu cette île d’outremer qui n’a jamais cessé, depuis l’invasion de Jules-César jusqu’à présent, d’occuper un des rangs les plus éminents

d’autrefois. 201 dans les fastes des lettres et des sciences? — C’est que sir Humphry Davy n’est plus!

Tant qu’il existera des houillères à exploiter (et il y en aura jusqu’à la lin des siècles), tant que le pauvre sera obligé, de gagner dans les mines son pain de chaque jour, le nom du célèbre Anglais sera toujours prononcé avec vénération etreconnaissance. - Bénisoit! »

s’écriera, du fond de son espèce de sépulcre, l’homme blanc de l’Europe, le nègre de l’Afrique

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et le peau-rouge de l’Amérique, «Béni soit celui qui nous ■ a légué cette lampe tutélaire

• qui nous protège des déplo-

• râbles effets de l’atmosphère

• explosive dans laquelle nous

• vivons! » Mais, par un aveuglement inconcevable, dont nous donnons du reste tant d'exemples, même quand il y va de nos plus chers intérêts, un grand nombre de mineurs s’obstinent, de nos jours, à refuser de se munir de cette lampe de sûreté, parce que la

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lumière qu’elle projette ne leur paraît pas assez vive. Et voilà pourquoi les feuilles périodiques vous parlent si souvent d’une multitude de veuves éploréesetde jeunesorphelins, que l’on aperçoit s’acheminant le matin vers une carrière où une détonation épouvantable vient de se faire entendre : ce triste cortège n’y trouve que des morts !

Si, dans le moyen-àge, un desalchimistesdontnousavons fait mention plus haut fût par-

204 LES ALCHIMISTES venu à extraire d’une poudre commune, semblable à du saille lin pulvérise , un métal brillant comme l’argent, il n'en eût pas fallu davantage pour qu’une ovation lui fût sur-le-champ décernée. «Voici évidemment, aurait-on dit, une transmutation véritable. • Eh bien , une métamorphose de cette espèce a été réalisée par Humphry Davy, dans cinq ou six cas différents. Parmi les substances admirables qu’il a ainsi obtenues par le gai va-

d’autrefois.

nisine, la personne la moins instruite ne peut s’empêcher réellementdc rester stupéfaite, en contemplant les propriétés du potassium (trouvé dans la potasse), le plus curieux de ces nouveaux métaux. Laissez tomber sur une quantité d’eau, ou même sur un morceau de glace, un globule de cette matière, à l'instant même cet être inerte se met à courir rapidement sur toute la surface du liquide, en lonnant lieu à un léger bruit, ccompngné d’une flamme

violette extrêmement belle.

Davv est sorti, en outre, de In classe ordinaire des hommes scientifiques, par son amour pour les belles-lettres. En feuilletant quelques-unes de ses poésies et autres opuscules purement littéraires, l’on se dit aussitôt que l’auteur inéritaitnvec raison d’entrer par le mariage dans la famille du plu»

célèbre des romanciers. Lady Davv était effectivement proche parente de sir Walter- Scott. Nonobstant la perte ir-

D’autrefois. 207 réparable qu’a essuyée Jg Royaume-Uni dans la personne de S'r «umphry , |a chimie " est he«reusement pas morte

aVeC P°u'- ce pays classifie- Aussi les savants du con- ■nent comptent-ils au nombre ne leurscorrespondants les Fa-

raf'ay. les Thompson, etc membres du 7?oy«, soci ^ Londres.

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