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CHAPITRE XV

Saron des anciens. - Blanchisseuses dans l’Odyssee. — Draps colorés de Sidon. — Provisions de garance. - Chasse mari- Mme. — La cochenille.

La base du savon dur de nos jours était indubitablement connue des anciens. Le na-

238 l.ES ALCHIMISTES Iran ou sous-carbonate de soude, que l’on récolte dans les lits du Nil, à l’heure qu'il est , s’y amassait vraisemblablement en quantités aussi abondantes, dans les premiers siècles du monde. D’ailleurs, l’homme d’üzs’en servait ;car, il s’apprête, dans un de ses chapitres (Job. chap. IX), à laver ses vêtements dans une fosse avec du bor ou borilli (t), plante fort estimée à cause de ses propriétés alcalines.

(i) Vous no confondre! pas avec celle

d’autrefois. 239 Ouvrez le sixième chant de l’Odyssée; Homère vous y montrera Nausicaa et ses compagnes foulant aux pieds leurs robes, afin de les blanchir pour une noce, qui s’approchait ; le barde ajoute que ces dames connaissaient parfaitement la propriété dont jouit l’atmosphère de concourir à la destruction de la matière huileuse qui donne aux étoffes un aspect

matière le bore, de la chimio moderne, qui, arec l'oxygène, constitue l’acide borique.

2i0 LES ALCHIMISTES

grisâtre. En faisant allusion à ce passage, Goguet affirme que fous les vêtements de lin et de coton étaient lavés journellement. Une anecdote, rapportée par Apuléius, dans son livre « De Asino aureo, » vient prouver encore mieux l’attention que l’on prêtait autrefois à l’art du blanchiment : - un drôle, nous dit-il , s’étant introduit furtivement dans la maison d’un marchand, faillit être asphyxié par le gaz sulfureux qui se dégageait d’un ap-

d’autrefois. 241 pareil fie blanchiment dans lequel il s’était caché. » — Con~ legit viminea cavea, quœ laci nias circutndalas , suffusa candido fumo sul furis inalbabat.

L’habileté des anciens à communiquer à leurs toiles de lin et de coton (l), et à leurs

draps de laine, un éclat qui ne

le cédait pas à celui de la neige

COmmunomont '« mo t calicot dente de Callcnt, tille sur la

cote de Malabar, dans l’Indoustan, d’on

Zn.7SenEUr°Pe les™rtéc,,.n tllloni de cette matière.

de leurs montagnes, ne se démentait nullement lorsqu’il s'agissait de les colorer. 11 y a plus de 3000 ans, une mégère rusée, comme nous l’apprend la Genèse (Chap. XXVIII), attacha un ruban d’écarlate au tour de la main d’un des enfants de Tamar ; et Homère nous cite, dans la partie de son poème mentionnée ci-dessus, les draps colorés de Sidon comme des productions admirables. Jacob lit pour son cher fils Joseph * une robe de plu-

d'autrefois. 243 sieurs nuances; » et le roi de Tyr envoya dans le palais de Salomon » un homme sachant

* travailler à merveille l’or,

* l’argent, etc., et produire

* sur la toile fine des teintes « de pourpre , de bleu et de « cramoisi. » Suivant Hérodote, qui écrivait, comme vous le savez , 400 ans avant J.-C., quelques peuplades du Caucase» macéraient dans de l’eau » les feuilles d’un certain ar- « bre qui fournissaient ensuite « une couleur éclatante, » à

244 LES ALCHIMISTES l’aide de laquelle on dessinait sur les étoffes des ligures de lions , de singes, de dauphins et de vautours.

Parmi les preux chevaliers qui périrent en Colchide, lors de l’expédition des Argonautes , il s'en trouvait un que l’historien ValériusFlaccus distingue par sa tunique peinte, en même temps qu’il exprime son admiration de lablancheur de la toile line que le héros portait également : —

d’autrefois. 245

Tenula non ilium candentls carbasa Uni,

Non aoro depicla cblamys, non (lara galerl

Cæsarles, pictot/ue juvant subtemine braoæ !

(Val. Fl ac., vi.)

A propos de la Colchide , c’était là que les meilleurs matériaux pour la teinture se produisaient anciennement. En outre, si vous remontiez en esprit vers ces jours d’autrefois, vous apercevriez, tous les ans, sur les routes qui conduisaient de la Géorgie aux principales

villes de l’Inde , ainsi qu’à Diurbeck , un immense troupeau de deux mille chameaux, chargés de garance. De là dérivaient les fleurs rouges (t) dont parle Strabon , que les

i; Le» teinturiers ment produire actuellement un rouge très-durable en t rampant leurs etolTes dans une dissolution d’acetate d'alumine, arant de les soumettre à l'action de la garance. Il est à detlrer que l’on commence A tirer parti «n grand d’une nourelle substance décourertc dernièrement par M. floblquet , qui Jouit de la propriété de donner un rouge d'amaranthe ou de pensee, fort agréable. Les chimistes appellent cette matière Cortine.

d’autrefois.

nations demeurant le long des bords de l’Indus et du Gange aimaient à répandre sur leurs toiles. C’est une particularité digne de remarque , que les Egyptiens, qui enveloppaient sans cesse de toiles de lin et de colon les statues de leur déesse Isis, n’employaient jamais pour cette lin la' laine, matière qu’ils abhorrai mt passablement , si bien qu’ils ne s’en permettaient pas l’usage , même aux enterrements, ainsi que nous le rappelle le 44e

chapitre de l’Ezéchiel. Cette aversion s’étendait jusqu’aux bergers ; car vous pouvez lire dans la Genèse que tout berger était en abomination aux Egyptiens (XLVI).

Le pourpre de Tyr était connu à une époque excessivement reculée, et les teinturiers de la Phénicie surpassaient en habileté ceux de toutes les autres nations de l’Orient. Ce peuple allait chercher, il y a 3000 ans , jusque dans la Grande-Bretagne, une énorme

d’autrefois. 249 quantité d'étain , métal qui a la propriété , ou plutôt dont certains sels en jouissent , d’augmenter l’intensité des principes colorants rouges renfermés dans plusieurs substances végétales et animales.

A celte occasion nous vous conseillerons de parcourir, dans le troisième livre de Strabon , le récit intéressant qu’il y fait de la poursuite d’un navire phénicien par un bâtiment romain, qui voulait s’emparer de l’étain dont il était frété.

C’était dans les parages qui avoisinent la côte de Cornouailles: le Phénicien, voyant tout près de sa poupe la proue du Romain , jeta les trois quarts de sa cargaison pardessus le bord , et gouverna droit sur un banc de sable, où l’ennemi, comme vous le pensez bien, ne se souciait guère de l’accompagner. LesTyriens, étonnés de la haute opulence qu’atteignait leur ville , attribuaient aux dieux le magique art de teindre en pourpre.

d’autrefois. 251 Tous les écrivains, et surtout Ctésias, médecin d’un roi de Perse , qui vivait 400 ans avant Père chrétienne , et Ælian , contemporain d’Alexandre Sévère , font souvent allusion à un insecte auquel es Phéniciens étaient redevables de la supériorité avec aquelle ils savaient produire ne écarlate admirable. C’était à évidemment la cochenille ; t ce petit animal devait être, ans ce temps-là , moins rare u’aujourd’hui, dans la Syrie,

dans l’Jnde et en Perse , puisque les classes les plus inférieures portaient fréquemment des étoffes colorées en pourpre. 11 n’est pas surprenant; qu’ils ignorassent comment i extraire de la cochenille le plus brillant de tous les rouges connus, le carmin, devant lequel pillit le vermillon , et que la chimie peut nous obtenir, de nos jours, en grande abondance. Depuis la découverte du Nouveau-Monde principalement , l’Europe a eu

d'autrefois. 253 moyen de se procurer la cochenille en quantité presque suffisante ; et vous savez que ce petit insecte vit sur des cactus , qui croissent au Brésil , au Mexique, à la Jamaïque et à Saint-Domingue.

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