CHAPITRE II
Elymologlo (lu mot alchimie. — Premier forgeron. — Osirisetla charrue. — Vaisseaux intentés en Egyple. — Mercure- Trlsmèglste. — Découverte de l’artd’ècrire. — Thaïes. — Démocriie. — Epicure. — Arlslole. — Archimède.
Pendantl’intervalledes 1656 ans qui s’écoulèrent depuis la création du inonde jusqu’au
déluge , plusieurs peuples avaient réussi merveilleusement à confectionner bien des objets nécessaires aux besoins journaliers de la vie ; mais le hasard dirigeait leurs divers genres d'industrie. Nulle théorie ne présidait aux travaux, meme a ceux des Phéniciens et des Égyptiens ; nul chimiste.
'»u, ce qui signifie la même chose quant à son étymologie ( puisque la particule al exprime en arabe excellence), nul alchimiste ne se montre
d’autrefois. 19 avant le septième siècle environ de l’ère chrétienne. Mais il est indispensable d’examiner quels furent ces philosophes de l’antiquité, que l’on doit considérer comme les prototypes des alchimistes proprement dits, avant d’évoquer par la pensée les ombres de ceux-ci, pour les interroger sur leurs doctrines. A la tète de cette nombreuse réunion nous trouvons Tubalcaïn, le huitième homme après Adam , que la Genèse nous peint comme fort
20 I.ES ALCHIMISTES habile à travailler le fer et le cuivre : ce fut lui, dit-on, qui fournit aux auteurs profanes le inythede Vulcain.Un peu plus tard, nous voyons en Égypte Osiris, l’inventeur de la charrue , ainsi que l’annonce ce vers dcTibulle :
Pnmut aratra manu évier1» feeit Oùrit.
Son épouse Isis.que l’on se mit à adorer après sa mort, inventa les vaisseaux, et, s’étant embarquée, elle alla enseigner
d’autrefois. 21 aux peuples barbares l’artde la navigation et celui de l’agriculture. Dans le siècle de Léon X, on voyait encore , dans un coin de l’église de Saint-Gerinain-des-Prés , à Paris, une statue d’Isis qui provenait d’ un ancien temple, consacré à cette reine par les Païens, dans le territoire de Lutèce; mais un beau jour l’évêque- abbé du monastère, ayant appris que quelques vieilles femmes trop simples avaient offert des cierges à la statue, la fit mettre en
pièces sur-le-champ. — Hermès-Trismcgiste (ou Mercure trois fois grand), qui est si souvent cité par les alchimistes, vivait »00 ans avant Jésus- Christ. Son histoire est enveloppée d'obscurité : il est regardé connue le môme que Thoth, auquel on attribue l’invention de récriture.
Parmi les sept Sages de la Grèce, celui que l'on ne saurait passer ici sous silence , c’est Thaïes. Il prédit le premier, chez les Grecs, les éclipses de
D’AUTREFOIS. 23 soleil : l’eau était, selon lui, le principe de tous les corps qui composent l’univers. Lorsque Crésus conduisait son année en Cappadoce, il l’alla voir, et lui fit traverser la rivière d’Halys sans aucun pont. L’étude «les sciences physiques avait pour lui tant d’attraits que, voulant y sacrifier tous ses moments, il refusa pendant sa vie entière d’écouter les sollicitations de sa mère au sujet du mariage : « Oh ! il n’est pas encore temps,» disait-il dans
sa jeunesse. — «Maintenant, il n’est plus temps! - ajoutait-il, lorsque le printemps tle ses jours était passé. Cent ans environ après la mort de ThalèS, la Thrace vit naître Démocrite, remarquable par son système sur le vide et les atomes, doctrine qu’il reçut en partie de Leucippe et des mages qui l'avaient élevé.
Tout en riant sans cesse , comme on le sait, de la vie humaine,qu’il envisageait comme une plaisanterie perpétuelle.
d’autrefois. 25 il s’adonna néanmoins avec une ardeur tellement sérieuse à ses travaux philosophiques, qu’il avait coutume de dire qu’il préférerait avoir découvert une seule cause dans les ouvrages de la nature , à la possession de l’immense empire des Perses. Ce philosophe suggéra , cinquante ans plus tard, à Épicure son étrange théorie sur la prétendue formation de notre monde par des atomes. N’ajoutez pas foi à ce que vous lisez dans bien des
vieux livres, savoir, que Démocrile s’aveugla volontairement, afin de méditer plus profondément sur les vérités scientifiques. Rien ne parait confirmer cette assertion.
A peine ce sage s’était-il endormi avec ses pères, qu’on vit surgir tout à coup un autre personnage, dont le nom devait être également transmis à la postérité la plus reculée, le premier des disciples de Platon, — Aristote , — le chef de la secte des Péripatéticiens.
d’al'trefois.
Si vous désirez une preuve du zèle avec lequel il poursuivait, lui aussi, l’étude des sciences naturelles, regardez-le se précipitant dans le fleuve Euripe, de chagrin de n’avoir pu trouver la cause de son flux et de son reflux : voilà le genre de mort que lui attribuent ceux qui ne veulent pas admettre qu’il mourut d’une colique ou qu’il s’empoisonna. Quoi qu’il en soit, il eut pour successeur un homme qui ne lui était guère inférieur , le célèbre
28 LES ALCHIMISTES Théophraste, dont Y Histoire des pierres , et les notices sur lu matière colorante des sal>hirs et ries turquoises, ont fourni par la suite plus d’un renseignement précieux aux alchimistes, et même aux chimistes les plus habiles. A l’Age de 107 ans, le jour où la mort était prête à le frapper, il s’écria d’un ton lamentable :
• Hélas! je descends dans la tombe au moment même où je commençais à savoir comment il faudrait vivre ! •
d'autrefois. 29 Maintenant , transportezvous en esprit dans la ville de Syracuse, en Sicile, à l’époque du blocus de cette cité par de consul Marccllus. Si vous demandez quelle est la cause de cette ignition subite , qui se manifeste à chaque instant dans les voiles et les cordages des vaisseaux romains mouillés dans le port , l’on vous montrera sur le principal quai une éminente célébrité philosophique, s’occupant, à l’aide de ses miroirs ardents, à con-
:U> I.ES ALCHIMISTES centrer les rayons solaires au préjudice des ennemis de sa patrie; cclui-la, c’est Archimède. La réussite de cette expérience ayant été révoquée en doute du temps du père kircher , ce savant Jésuite s’assura, en visitant les localités avec son élève Schottus, dans le seul but de vérifier le fait, que les galères de Rome ont parfaitement pu être incendiées parce procédé. Il examina avec le même scrupule l’endroit où, 700 ans plus tard,
d’autrefois. 31 l’roculus détruisit à Byzance, pur des moyens analogues, les vaisseaux de Vitalien. Mais c’est la découverte de la pesanteur spécifique des corps qui, surtout, a illustré Archimède. Les paisibles Syracusains, ses concitoyens, reculèrent un jour d’étonnement, en voyant courir dans les rues un homme tout nu, ruisselant d’eau sur toute la surface de son corps, et criant à tue-tëte : « Je l’ai trouvé! je l’ai trouvé! »
— Après avoir essayé plusieurs
méthodes pour connaître si l’orfèvre du roi Hiéron.donton soupçonnait la probité. , avait employé, pour la couronne du souverain, un alliage d’or et d’argent, au lieu du métal le plus précieux dans toute sa pureté, il désespérait de démêler la fraude, lorsque la différence qu'il remarqua, en prenant un bain, entre le poids de son propre corps dans l’eau, etce poidshors de cet élément, lui suggéra, en un clin d’œil, l’idée lumineuse de recourir
d’autrefois. 3a ;iux lois de l’hydrostatique , pour savoir, en définitive, s’il y avait ou non larcin de la part de l’orfèvre.
Pour Archimède , comme pour une foule d’autres génies, l’amour des sciences était plus fort que les terreurs de la mort.
Aussi le voyez-vous , en face du glaive meurtrier que le soldat romain lève pour le frapper, continuant avec calme l’étude d’un de ses problèmes.
11 ne put l’achever : il tomba, et sa fin prématurée plongea
dans le deuil son ennemi magnanime, Marcel lus, et lui (il i epandre plus dune larme amère . car ce général romain avait donné ordre que l’on épargnât la vio du grand mathématicien.