CHAPITRE III
Impostour célèbre. — Teinture de fer India». — l'eu grégeois. — Phosphore decouvert. — Elixir rouge de Geber. — Germination de l’or et de l’argent. — Le moine Roger Bacon. — Chambre obscure. — Microscopes, télescopes. — Tôle d’airain. — Invention de la poudre à canon.
En descendant l’échelle des siècles, nous rencontrons, à la même époque environ, deux
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autres personnages, que les alchimistes appellent souvent à l'appui de leurs principes; l'un est ce fameux imposteur.
Vpollonius de Thyane, le soidisant thaumaturge; l’autre est le médecin Dioscoride , qui , sous l'empereur Néron, s’appliqua avec zèle à la connaissance des simples. Dans le cinquième siècle, Philippe de Sides vous préseute sa teinture île fer indien , espèce de panacée universelle. Mais les trois noms qui précèdent ne
d’autrefois. 37 méritent que d’étre purement mentionnés, en comparaison de ceux qui brillent sur le théâtre du monde, peu de lemps après la conquête de l’Espagne par les Maures. De même que ce peuple, désigné communément par le nom de Sarrasins, ou d’Arabes, a enrichi l’Europe, par la voie des Croisades, d’une multitude de précieuses connaissances dans les belles-lettres , de même c’est à lui que les sciences sont redevables de la plupart des
notions sur lesquelles elles reposent. Ce fut effectivement l iiez les Arabes que les alchimistes obtinrent, pour la première fois, l'alcool et les huiles essentielles par la distillation :
eux aussi surent extraire de la canne les premiers échantillons du sucre. Et quelle preuve avons-nous que la découverte du célèbre feu grégeois ne soit due également aux Arabes? Au fond de la noire caverne où leurs alchimistes se livraient à leurs recherches, peut-être
d'autrefois.
apercevait-on parfois un de ces demi-magiciens, préparant cette substance destructive , dont la composition, perdue pendant bien des siècles, a été retrouve'e par la chimie moderne. 11 broyait d’abord dans son mortier du nitre, du soufre, de la résine, du camphre; après avoir fondu cette masse, et l’avoir arrosée ensuite d’esprit de vin , il trempait dans le mélange des cordes de laine, lesquelles étant desséchées et roulées de manière à prendre
ia ioruie sphérique, devenaient,
dans l’occasion, plus terribles, en un sens, que nos bombes et nos obus, entre les mains de feux qui les employaient, puisque le feu grégeois ne s éteignait nullement dans l’eau, bien que, parmi ses éléments, il ne se trouvât pas de phosphore ; ce dernier corps n’a été connu qu’en 1669, lorsque l’alchimiste Brandi le découvrit par hasard à Hambourg.
Vers le milieu du IXesciècle,
d’autrefois. 4 1
un grand ouvrage sur l’alchimie, le premier où l’art d’expérimenter eût été regardé comme une véritable science, mit en émoi tout le monde civilisé. Gebert l’avait écrit dans les brillants déserts del’ Arabie.
Ce médecin croyait que tous les métaux étaient formés de mercure et de soufre dans de certaines proportions. Il préconise sans cesse , dans son traité De invesligaliove maf/islerii, les propriétés admirables de son élixir rouge, qui
était , suivant lui , capable de neutraliser toutes les misères de la vie, et surtout (le ramener à la jeunesse ceux qui étaient vieux. Du reste, il affirme que le succès de ses expériences est dû, non pas à son propre talent, mais bien aux divers renseignements qu'il a trouvés disséminés dans les écrits des Mahoinétans qui l’ont précédé. Dans quelques éditions, les mots mctallorum transmulandorum précèdent le substantif scienlinm. Aussi
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cette prétendue transmutabilité des métaux constituait-elle le principe fondamental de Geber, comme celui de tous les alchimistes qui sont venus après lui. Mais plusieurs de ces hommes fantasques employaient, pour sedisculper de l’accusation de sorcellerie, ou de démonolâtrie, qui pesait de temps eu temps sur eux, un sophisme assez spécieux :
« N’allez pas croire, disaientils, que nous appelions à notre aide d’autres lois que celles de
la nature, pour changer en métaux nobles le fer, le plomb et le cuivre. De même que les plantes et les animaux renferment en eux les germes de la reproduction, ainsi l’or et l’argent contiennent dans leur essence les embryons d'une germination métallique. C'esl pourquoi , en cherchant la pierre philosophale, qui n’est pas un talisman de nécromancien, nous n’avons pour but que de faire féconder ees principes , et nous n'agissons qu’à
d'autrefois.
l’instar de l’agriculteur, qui, eu répandant sur le sol quelques graines desséchées, couvre d’une végétation d’or des plaines immenses, par un simple mouvement de sa main. En voulant découvrir relmrmtœ, notre but n’est que de concentrer en une seule potion homogène tous les spécifiques contre les maladies et le dépérissement auxquels notre corps est sujet, qui sont éparpillés dans les productions de la nature elle-même : et n’est-
lü LES ALCHIMISTES
ce pas là, je vous prie, l’opération du médecin, qui met en jeu tous les ressorts de son art, afin de détourner, pendant encore quelques mois, un mal qui menace de nous frapper instantanément? » L’existence imaginaire décerna* dans l’or prouve que ces visionnaires ne regardaient nullement les métaux comme des corps simples, •puisque ces semences,» ajoutent-ils dans leurs rapsodies, •sont comprimées danschaque atome du métal par du soufre
d'autrefois. i~
et par bien des sois natifs qui les y retiennent avec une force irrésistible. »
Parmi les disciples deGeber, l’on doit noter en premier lieu Avicenne , qui naquit à Bochara, vers 980. Homme de beaucoup d’esprit , et doué d’une mémoire prodigieuse, il nesut pourtant passe maîtriser lui-même, et il mourut de débauches, à l’.-ige de cinquantesix ans. Puis vient Rhamnès, ou Almanzor, qui , le premier, nous a transmis une descrip-
tion de la petite vérole, maladie apportée en Europe par les Arabes, dans le VIIe siècle, à en juger par une phrase que nous rencontrons dans le livre d’Aarou d’Alexandrie. Un troisième, le plus subtil de tous, Averroès, llorissnit à Cordoue, peu de temps après la mort de Mcsuès, autre sectateur deGeber. Ce sont surtout sa traduction d’Aristote, qui n’avait pas encore été rendue en arabe, et ses commentaires sur ce grand philosophe, qui ont don-
d’autiiefois. 49 né de la réputation à Averroës.
Mais il était réservé au X1K' siècle de voir naître une célébrité bien plus brillante que tous les alchimistes qui l’avaient précédé. Et certes, le moine Roger Bacon, qui vint au monde dans la Grande-Bretagne vers l’an 1226 , était , comme philosophe, un génie tel qu’on en avait peu vu jusqu’alors. Sans nous occuper de la manière dont il nous décrit la chambre obscure, ni des microscopes et des télé-
50 les alchimistes tcopcs, dont on le dit l'inventeur; ni, à pins forte raison, de la tête d'airain qu’il consultait, s’il faut s'en rapporter aux milliers de fables qui lui ont prêté ce Mentor, nous examinerons uniquement l'histoire de la poudre à canon, qui se rattache si intimement à celle du sage Cordelier.
L’esprit de rivalité semble inné aux hommes, quand il s’agit de quelque grande découverte, dont chaque nation voudrait partager la gloire.
d’autrefois. 51 Vous ne serez donc pas surpris que I'od se soit avisé de nier que Roger Bacon fût le premier à composer ce mélange singulier. Dans tous les cas, il en connaissait parfaitement la nature. Ouvrez son Opus majus :
« Avez-vous envie, vous dit-il, de créer du tonnerre, de la foudre, des éclairs? Prenez du soufre , du nitre et de la poussière de charbon — matières inertes, si on les considère séparément ; mais employez .
pour les mêler, le tour de main
52 LES ALCHIMISTES convenable, et il restera dans votre mortier nue substance <| ni ne sera guère moins puissante que celle dont sont chargés les nuages au solstice d’été - Il est digne de remarque que, dans sa recette, le charbon est mentionné en forme d’anagramme, comme si, au moment même d'écrire, il eût hésité à communiquer au monde son redoutable secret. Voici les paroles: Faciès lonitrum, etc., si scias arlilicium salis petræ, et sulphuris , cum lure mnpc
d’autrefois.
canubrc. » Transposez les lettres de ces derniers mots, qui n’appartiennent, comme vous le concevez, à aucune langue, et vous aurez : carbonum pulvere.
-a-CBy-e-