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CHAPITRE IV

Quel était le véritable inventeur de la poudre? — Bataille de Créey. — Siégé d’Algèsiro. — Martin Freygole. — Poudres fulminantes. — Erreur roclillée.

Polydore Vergil et Kircher font sortir la poudre à canon du laboratoire de Barthol-

j6 les alchimistes <1iis Schwartz, alchimiste tic Fribourg, qui, voulant préparer un médicament, en triturant ensemble du soufre, du nitrate de potasse et du charbon, fut renverse par une explosion qu’occasionna une légère étincelle, tombée par accident sur cette masse de combustibles. Il entreprit aussitôt une série d’expériences, afin d’en étudier les propriétés; et un des premiers essais qu’il en fit en grand fut de chasser une bande de voleurs d’une

d’autrefois. 57 forêt qui était située dans son voisinage. Mais comment concilier ces faits, qui se passèrent en 1354, avec la journée de Crécy? Cette bataille mémorable fut livrée neuf années avant la détonation de Schwartz , c’est-à- dire e n 1 34G , et, cependant, les canons et la poudre des Anglais y moissonnèrent la fleur des nobles de France. D’une autre part, nous sommes informés par l’historien Mariana que, trois années plus tôt, en 1343, les Maures

58 LES ALCHIMISTES de lWlhuiubra, étant assiégés dans Algésire, ville de l’Andalousie, par les Espagnols, • tiraient sur ces derniers des boulets de fer. » 11 est vraisemblable que les comtes de Derby et de Salisbury , qui assistèrent au siège deccttcfbrteresse, avaient été tellement frappés de l’effet que produisirent ces projectiles de feu dans les rangs des fiers hidalgos d’Espagne, que, lors de leur retour en Angleterre, ils engagèrent Edouard 111, leur souverain, à en faire fa-

d'autrefois. 39 briquer de semblables pour l'expédition de Calais; et voilà pourquoi le valeureux prince Noir foudroyait avec ses canons les soldats de Philippe de Valois, à Crécy.

A mesure que l’on approfondit la question que nous effleurons, on s’engage de plus en plus dans un labyrinthe de conjectures inextricables. Feuilletons-nous les pages de Stettcnius , elles nous apprendront que la poudre était employée en Allemagne près d’un demi-

,lü l-ES ALCHIMISTES sii’dc avant les expériences de l’alchimiste de Fribourg. Suivant cet auteur, le musée d'artillerie d’Amberg, en Bavière, possède une pièce de canon portant l’empreinte de 1303.

Quoi qu'il en soit, il paraît hors

de doute, d’après les témoignages de Clarke, que ce fut le duc de ce palatinat qui, conjointement avec le pape, établit en Europe les premières manufactures de salpêtre, le principal ingrédient de la poudre.

d’autrefois. 61 Camcrariuscite un historien danois qui déplore la mort d’un roi de son pays, nommé Christophe, «tué, dit-il, d’un coup de fusil en 1280.» — Rerjem in prœlio bombardœ iclu occisum, anno, etc. Mais, en consultant le passage de Cranzius auquel on fait allusion, nous remarquons que ce monarque était évidemment le fils de Waldemar, qui ne commença à régner que vers 1350. 11 y a donc eu anachronisme dans Camérarius à ce sujet. — On

<»2 LES ALCHIMISTES est allé jusqu’à soutenir que les anciens connaissaient la pondre à canon. C'était là, suivant les partisans de cette opinion , le tonnerre et la foudre do Salmonéc et de Caligula, qui essayèrent d’imiter les phénomènes naturels, afin de se procurer plus facilement l’adoration due aux divinités.

Le grand chancelier, lord Bacon lui-méme, qui vivait trois siècles après son homonyme Roger, n’hésitait pas à affirmer que les canons existaient en

d’autrefois.

Chine il y a 2000 ans. La grosse artillerie, ajoute-t-il, avait l’habitude également de gronder chez les Macédoniens :

voilà pourquoi ils vous entretiennent si souvent d’éclairs, de magie et de tonnerre; et dans la cité d’Oxydrax, dans l’Inde, il tombait parfois sur les assiégeants une pluie de mitraille enflammée que vomissaient d’énormes bouches à feu.

Si c’était ici la place, il serai tcnrieuxd’examinerà quelle

époque l’on s’avisa de se servir de poudre pour l’explosion des mines. Bayer, un des nombreux écrivains qui traitent de cette question, dit que l'inventeur de ce procédé s’appelait Martin Frevgote, qui lit sauter à Freiberg, en 1613, un rocher prodigieux , à l'aide d’une petite quantité de cette matière. On avait recours antérieurement, pour fendre les roches et les pierres, dans les carrières, à des feux de bois préparésd’une manière fort ingénieuse, ainsi

d’autkefois.

que vous pouvez le voir dans Agricola {De Re melallicâ).

Ce dernier mode de miner est fort ancien, puisque Diodore de Sicile le mentionne ; la description, qu’il faitdans le meme endroit, de l’état déplorable des pauvres esclaves qui y travaillaient,rappelle à votre souvenir la position déchirante où étaient naguère les malheureux nègres, que l’on ensevelissait toute leur vie dans les entrailles de la terre, au Pérou.

Roger Bacon mourut à Oxford, à l’âge avancé de soixantedix-huit ans, en léguant à la postérité un riche trésor de principes scientifiques , et en méritant l’éternelle reconnaissance de l’humanité, rien que par sa recette pour composer la poudre à canon. Qu’il en ait été ou non l’inventeur, peu importe ; car c’est un fait que l’on ne saurait révoquer en doute, que l’introduction des armes à feu a beaucoup contribué à diminuer le carnage

d’autrefois.

des guerres. Un coup de canon sur soixante , ternie moyen , produit, en rase campagne, son effet , tandis que, dans les combats qui se livraient cominus , comme disaient nos ancêtres, l’effusion du sang se multipliait au centuple. Un temps viendra peut-être où les hommes, impatients de ne pouvoir se détruire assez rapidement les uns les autres au moyen du mélange inventé par lemoinedela Grande-Bretagne, s’adresseront à quelques-unes

G8 LES ALCHIMISTES de ccs terribles poudres fulminantes qui prennent naissance dans le laboratoire de la chimie moderne, etdont les puissances explosives sont effroyables au plus liant degré. Heureusement les fulminates d’or, de mercure et d'argent, le chlorure d’azote, etc., qui sont les principales poudres du genre qui nous occupe, exigent trop de délicatesse dans leur préparation pour que l’on puisse redouter que le commun de l’espèce humaine parvienne

d'autrefois. 69 jamais à les produire à volonté.

Tout alchimiste qu’il était, Roger Bacon était aussi astronome distingué; et n’est-ce pas lui qui découvrit, en 1267, une.

erreur notable dans le calendrier,dont il proposa la correction au pape Clément IV? — En quittant ce grand philosophe anglais, passez sur le continent, et vous vous trouverez en face d’un de ses contemporains d’Allemagne, qui l’a presque égalé par la profondeur de

son génie : ce personnage illustre n'est antre qu’Albertus Magnus, ou Albert-le-Grand.

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