‹ Les Aliénations De Terres Et La Colonisation Libre Agricole En Nouvelle-CalédonieChapitre 22 sur 26 · LI HUE · texte numérisé non relu

LI HUE

milles de cultivateurs choisies avec soin. La question de ce choix paraît surtout l’avoir préoccupée.

« L'Administration, » dit à ce propos un journal local (1), exige de ses immigrants, avant de leur accorder le passage, la justification d’un capital minimum de 5000 fr. Il semble que ce soit là, pour elle, avec les conditions de moralité que les immigrants doivent présenter, le gage le plus sûr de la réussite. M" Routier de Granval a pensé avec raison que, si la mise en valeur des terres concédées réclamait une avance, voire une avance minima de 5000 fr., il y avait d’autres garanties tout aussi essentielles à rechercher chez les immigrants, à savoir : la pratique de la culture, la santé, la vigueur et l’amour du travail. Or, ces garanties pouvaient être offertes par des familles ne possédant pas le capital de 5000 fr. exigé par l'Administration. Fallait-il donc que, faute d’avoir une avance suffisante, ces familles qui auraient réuni par ailleurs toutes les conditions désirables pour faire d’excellentes familles de colons, fussent laissées de côté et condamnées à végéter en France? Tel n’a pas été l’avis de M" Routier de Granval ».

La Société de prêts pour l’'émigration en famille en Nouvelle-Calédonie prête aux émigrants, comme son titre l'indique, l'argent qui leur manque pour parfaire le capital exigé de 5000 fr. et obtenir ainsi de l'Administration leur passage gratuit. Les conditions réclamées d’eux en vue de ces prêts sont les suivantes : 1° être Français et âgé de vingt-cinq ans au moins et de quaranteau plus; 2° n’avoir jamais encouru aucune condamnation et être de bonnes vie et mœurs; 3° être marié; 4° être cultivateur; 5° produire un certificat attestant que le demandeur et les membres de sa famille qui l’accompagnent, jouissent d’une bonne santé et peuvent supporter le climat de la Nouvelle-Calédonie; 6° justifier de la possession d’un capital immédiat, disponible de 2000 fr. au moins. Ce capital témoigne que l’émigrant, si peu riche qu’il soit, n’en a pas

(1) La France Australe. — N° du 23 juin 1807.

— dre moins des habitudes d’ordre et la pratique de l’économie. — Les prêts ainsi consentis portent intérêt à 5 % et sont remboursables en six annuités à partir de la sixième année qui suivra l'entrée en concession des emprunteurs, savoir : la première année; la seconde; ? chacune des quatre autres années.

Cette entreprise, en plus de l’utilité de son rôle, nous semble admirablement comprise. Toutes ses dispositions sont empreintes d’une grande sagesse et d’une connaissance très certaine des exigences de la petite colonisation et des conditions du crédit : on ne trouve que des éloges à lui adresser.

Caractères généraux de cette période. — En 1895 se produit un véritable réveil de la colonisation libre agricole. L'œuvre entreprise se caractérise essentiellement par la diffusion, la plus large possible, dans la Métropole, de renseignements exacts, pratiques, précis sur la Nouvelle-Calédonie; par un choix scrupuleux des terres affectées aux colons; par un recrutement méthodique et soigneux des émigrants, n’acceptant que ceux qui ont des ressources et des aptitudes suffisantes, ou par eux-mêmes, ou par association; par un grand développement de la culture du café.

De la fin de 1894 au décret du 10 avril 1897, les seuls modes d’aliénation des terres sont la location avec promesse de vente (cette promesse devant avoir sa réalisation lors du règlement de la question du Domaine), et la concession à titre gratuit. Cette dernière forme surtout est pratiquée et des arrêtés locaux énumèrent les nombreux avantages qu’elle accorde aux immigrants, aux officiers et fonctionnaires, marins et soldats, ainsi qu’aux jeunes gens nés dans la Colonie.

Le décret de 1897 réglant la question de la propriété des terres sans maîtres, ces terres désormais peuvent être aliénées à titre onéreux : en principe le seul mode d’aliénation est l’adjudication aux enchères publiques. Des exceptions

ne sont apportées à ce principe que pour les concessions gratuites d’une superficie maxima de 25 hectares, destinées à encourager la petite colonisation, et, à un autre point de vue, pour les concessions domaniales qui auraient pour objet de rémunérer l'exécution de travaux publies d'intérêt général. Dans ce cas, ces concessions ne deviennent définitives qu'après approbation du décret en Conseil d'État,

De 1805 à juillet 1807, un certain nombre de centres libres sont fondés ou agrandis et 330 propriétés agricoles, petites, moyennes ou grandes, surtout petites ou moyennes, sont créées dans la colonie. Le travail fait sur ces centres se chifire par 120 hectares en cultures diverses, et 200 hectares en café, représentant près de 400.000 pieds de café. Les territoires offerts actuellement aux immigrants comprennent environ 9.000 hectares.

« Il n’est pas possible », dit un récent rapport ofliciel, « de se prononcer dès maintenant sur les résultats de l’entreprise de colonisation agricole, les caféiers actuellement plantés ne devant commencer à produire que dans un an ou deux. Toutefois quelques chiffres montreront la progression constante des exportations de café. En 1890 : 32.800 kilogr., soit une valeur de 65.600 fr. En 1806 : 212.506 kilogr.. soit une valeur de 556.282 fr. Les six premiers mois de 1897 donnent 98.634 kilogr., soit une valeur de 260.660 fr. La qualité du café calédonien est supérieure : elle prend rang immédiatement après le moka, et ses cours, cotés à Bordeaux varient de 112 à 125 fr. les 50 kilogr. Lorsque les centres nouvellement créés seront en plein rapport, la production actuelle sera presque doublée; on peut considérer qu'elle atteindra près de 400.000 kilogr. avec une valeur de près d'un million et demi de francs.

« D'autre part, la valeur de la propriété territoriale s'est considérablement accrue. Pour n’en citer que deux éxemples : 6 hectares plantés en café, acquis pour 6,000 fr. en juin 1803, se sont vendus 11.500 fr. le 23 novembre 1805; 3 hectares, également plantés en café, achetés en 1886 pour le prix

de 1.225 fr., se sont vendus le 24 octobre 1806, 14.000 fr.

« Un point essentiel à fixer était la question de savoir si la colonie pouvait réellement disposer de territoires considérables qu’elle pût, dès maintenant offrir aux immigrants. Le plan des travaux à entreprendre établit que 33.000 hectares de terres à cultures et 141.000 hectares de terres à pâturages peuvent être disponibles. Ces chiffres s’augmenteront certainement par suite des nouvelles délimitations de cantonnements indigènes et de l’abandon de certaines réserves pénitentiaires. Cet abandon d’une partie du domaine pénitentiaire, pour favoriser le peuplement sain de la colonie, ne sera qu’une compensation au discrédit que le bagne a trop longtemps jeté sur la Nouvelle-Calédonie. »

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