DIMANCHE
Soupe grasse aux houlettes de mie de pain, côtelettes, salades aux œufs, gâteaux au riz.
Poulet.
IS^EETS IDE I^ET^I'LA.GETw^EElSrT : OEUFS et LAIT.
(1) On appelle côtelette de la viande (viande quelconque) plus ou moins hachée, recouverte de ràpure de pain et à laquelle on donne la forme d'une côtelette.
(2^ On appelle ainsi une salade de pommes de terre ou de betteraves avec des harengs.
Boissons. — Les boissons employées dans les asiles d'aliénés, comme d'ailleurs dans tous les hôpitaux civils et militaires, sont le thé et le kwass. Le kwass ne se prend guère qu'à table et en été ; le thé aux repas en hiver, et en dehors des repas, en toute saison. On ne boit pas d'eau, celle-ci étant partout de mauvaise qualité.
Le thé préparé à l'aide d'un samovar se sert bouillant et se boit très chaud aussi bien en été qu'en hiver. Les Russes en font une grande consommation ; ils le prennent souvent dans un verre et y ajoutent une tranche mince de citron. Dans beaucoup d'asiles, à côté des parloirs, se trouvent des chambres à thé où l'on distribue gratuitement cette boisson aux malades et à leurs familles.
Le kwass est une boisson fermentée de couleur grisâtre, acidulée, et légèrement alcoolisée, tenant le milieu entre la bière et la piquette de vin. Très répandue en Russie, elle est aussi bien emploj'^ée par le paysan pauvre que par le propriétaire riche et figure sur la table impériale. Le kwass est d'un extrême bon marché et dune préparation fort simple. On l'obtient par la fermentation du pain de seigle ou de la farine de malt (orge germée et séchée dont on a enlevé les germes) ou d'un mélange de ces deux substances. Comme ferment, on n'emploie que la levure de bière.
Sa composition est la suivante (1) :
(1) Pour plus de détails, voir Étude du D'' Robert de Dorpat- Yourieff, analysée dans la Médecine moderne, 1895, t. I, p. 86 du supplément.
Eau 99,16
Alcool 20 »
Sucre 41 »
Acide lactique 0,2G
Le bon kwass ne doit pas contenir, à côté des acides lactique et carbonique, d'acide acétique.
Chaque établissement hospitalier prépare son kwass.
Cette boisson est tout à fait populaire ; elle passe pour très rafraîchissante, très désaltérante et inoffensive. Les Français la trouvent généralement trop acide et d'une digestion difficile.
A côté du kwass gris on fait usage dans la classe aisée du kwass rose et du kwass blanc, infiniment supérieurs, mais aussi beaucoup plus chers.
Le kwass rose est préparé avec des baies de plantes, le blanc avec des citrons, le ferment étant toujours la levure de bière. Le rose ressemble à du sirop de groseilles ou de framboises additionné d'eau de seltz ; le blanc rappelle la limonade. Ces deux kwass ne se donnent que dans certains asiles et aux pensionnaires.
Emploi de la journée
Lever, coucher, repas. — Dans la plupart des asiles les malades passent la journée de la manière suivante : ils se lèvent à sept heures et prennent le thé immédiatement après. De huit heures à midi les uns travaillent, les autres, suivant la saison, restent dans les cours ou dans les salles de réunion. A midi, second déjeuner, ensuite repos jusqu'à deux heures. De deux heures à sept heures, mêmes occu-
pations que dans la matinée, coupées par la collation à quatre heures. A huit heures, souper; à dix heures, coucher.
Distractions. — Dans tous les asiles, un crédit est affecté à cet objet. Les distractions des malades sont les suivantes: jeux divers (cartes, dames), chant, musique, réunions dansantes, lanterne magique ; l'été, promenades au dehors.
Dans tous les asiles, il existe, en outre de la bibliothèque scientifique réservée aux médecins, une bibliothèque à l'usage des malades.
Le dimanche, exercices religieux dans la chapelle de l'asile et à défaut dans l'église la plus proche. Dans quelques asiles le tabac est, paraît-il, prohibé; dans la plupart, les malades fument et presque uniquement la cigarette. Nous avons même vu, dans quelques asiles, des malades occupés à confectionner des cigarettes pour l'usage de l'établissement. Travail. — La proportion des malades travailleurs est de 25 à 30 pour 100 dans les asiles fermés.
Les travaux auxquels ils se livrent sont les suivants : soins du ménage, cordonnerie, tailleur, lingerie, menuiserie, serrurerie, vannerie, reliure, jardinage, travaux agricoles, etc.
Dans les asiles où il existe des ateliers dirigés par des maîtres ouvriers, ceux-ci sont placés sous l'autorité d'un surveillant spécial appelé surveillant des travaux. Ce surveillant qui est souvent un aidemédecin rend compte au médecin de la façon dont chaque malade se comporte au travail et veille en même temps à ce que les chefs d'atelier tiennent compte des recommandations des médecins. C'est là une excellente organisation.
Pécule. — Pour inciter les malades au travail on leur donne du tabac, du thé dans certains asiles, dans d'autres de l'argent. A l'hôpital de Kazan, on ne rémunère les travailleurs en aucune façon, posant en principe que le plus fort stimulant pour le travail est le plaisir même qu'on y trouve (Arkangelski).
Les malades qui ont des occupations régulières reçoivent une indemnité mensuelle qui peut atteindre un, deux et même trois roubles. Pour certains travaux difficiles, le payement se fait parfois aux pièces.
L'argent gagné par les malades constitue un dépôt qui se nomme pécule de sortie ou d'amortissement. Ceux-ci peuvent demander qu'avec une partie de cet argent il leur soit acheté divers objets. Leur demande doit être approuvée par le médecin. On ne leur délivre, en général, aucune somme en espèces.
Cependant, dans quelques asiles, le pécule est remis directement aux travailleurs.
Traitement
Les médicanients usités contre les diverses formes d'aliénation mentale sont naturellement les mêmes en Russie qu'en France et ailleurs.
La camisole de force et, d'une façon générale, les moyens de contrainte sont maintenant peu employés. Déjà, dans les rapports d'Arkangelski datant d'une douzaine d'années, on trouve signalée la tendance à abandonner la camisole pour le maillot.
Aujourd'hui dans certains asiles on proscrit systématiquement tout moyen de contrainte; dans d'autres on les emploie encore, mais seulement ([uand ils sont indispensables.
La plupart des asiles russes sont pourvus de nombreuses cellules pour les agités, mais depuis quelques années on emploie beaucoup en Russie, à l'exemple de l'Allemagne, le bettbehandlung on traitement de l'agitation par le séjour au lit. Nous l'avons vu appliqué sj^stématiquement à tous les malades entrants à la clinique de psychiatrie de l'Université de Moscou.
D'après M. le professeur Korsakoff, la mise au lit de tous les aliénés entrants offre comme premier avantage de permettre un examen somatique complet. En second lieu, le séjour au lit imprime à toutes les fonctions organiques et psychiques une orientation nouvelle favorable au calme et au recueillement : dans ces conditions le malade peut se ressaisir plus facilement au point de vue mental et se trouve à l'abri des diff'érentes complications viscérales fréquentes au début des maladies mentales par suite des perturbations vaso-motrices. Dans cette action sédative du lit, il faut faire intervenir l'influence de l'imitation et l'action suggestive provoquée par la vue de dortoirs où la lumière n'arrive que tamisée, où tous les malades sont couchés, où les gardiens en chaussons ne font pas de bruit, parlent à voix basse.
Ces appréciations dun homme de la valeur de M. Korsakoff doivent être retenues. Bien entendu, dans notre court séjour en Russie, nous n'avons pu nous faire une opinion personnelle sur les résultats obtenus par le bettbehandlung.
Cette importante question est inscrite au programme de la section de psychiatrie du Congrès international qui doit sr» tenir à Paris en 1900; ce
n'est donc pas le lieu de létudier ici. Nous ferons cependant une remarque au point de vue de l'action de l'imitation.
En visitant un asile d'Allemagne où est appliqué le traitement systématique de l'agitation par le séjour au lit, nous avons demandé si l'arrivée d'agités au milieu de malades déjà devenus plus calmes n'avait pas pour résultat d'agiter de nouveau ces derniers. On nous répondit que non, que tout au contraire la vue des malades déjà calmés amenait le calme chez les agités. Or, dans ce même asile, trouvant, dans un dortoir où était appliqué le bettbehandlung, un grand paravent, nous eûmes la curiosité de nous enquérir de son usage, et l'on dut nous avouer qu'il servait, quand un malade était par trop agité, à entourer son lit et à l'isoler ainsi des autres malades !