GO
Chacun est placé à la tète d'une section dont il s'occupe exclusivement, section comprenant en moyenne cent malades, quelquefois cinquante seulement, rarement cent cinquante; il est responsable de son service devant le médecin-directeur d'abord, devant la loi ensuite ; il signe les divers certificats se rapportant à ses malades. Presque chaque jour le médecin-directeur visite une ou plusieurs sections. Il n'est point accompagné par les médecins en sousordre, mais trouve chacun dans sa section respective. Les médecins rendent compte au médecindirecteur des incidents graves qui se produisent dans leurs sections respectives.
Les postes de médecins des asiles d'aliénés peuvent être occupés par des femmes docteurs en médecine. A l'asile Saint-Nicolas-le-Miraculeux, à Pétersbourg, deux des médecins sont des femmes : un des médecins de l'asile de Notre-Dame-de-la- Miséricorde appartient également au sexe féminin. Les femmes médecins ne peuvent pas occuper les fonctions de médecin-directeur, sauf dans quelques rares circonstances.
Certains asiles possèdent des médecins stagiaires. Ce sont de jeunes médecins qui, une fois leurs études terminées, font un stage dans un asile d'aliénés, en vue d'acquérir des connaissances pratiques en médecine mentale ; ils remplissent alors des fonctions très analogues à celles des internes des asiles de France ; ils sont rétribués.
Le directeur-médecin est seul responsable devant le conseil général de la gestion économique de l'asile, ainsi que de son fonctionnement médical.
Tout le personnel (médical et administratif) est
nommé par le bureau du conseil sur la proposition du médecin-directeur, à l'exception des surveillants et du personnel inférieur nommés directement par le médecin-directeur.
Le médecin-directeur élabore les prévisions budgétaires pour l'année suivante et les soumet à l'approbation de l'Ouprava. Cette dernière, les ayant revues et corrigées, soumet le budget à l'approbation du conseil général. Les dépenses courantes sont faites par le médecin-directeur sous le contrôle de l'Ouprava.
Chaque médecin est responsable de tout ce qui se passe dans son service (parties médicale, administrative et économique) ; pour les question*? qui ne relèvent pas de sa compétence et de sa responsabilité, il s'adresse au médecin-directeur.
Les questions de diagnostic et de thérapeutique, sortant de l'ordinaire, sont débattues en séances auxquelles prennent part tous les médecins, sous la présidence du médecin-directeur.
Les questions administratives et économiques importantes sont aussi traitées par le conseil de l'asile, dont les membres sont tous des médecins de l'asile sous la présidence du médecin-directeur. Prennent part au conseil, si besoin est, d'autres fonctionnaires de l'asile (économe, chef mécanicien, teneur de livres, etc.).
L'économe, sous la surveillance du médecin-directeur, s'occupe de toute la partie économique (cuisine, buanderie, potagers, agriculture, etc.).
Dans quelques asiles importants, comme celui de Pokrovsk, il y a un mécanicien chef qui est responsable des machines, de la station électrique (éclai-
rage), du chauffante, de la veutilation, des conduites d'eau, de la canalisation.
Le médecin-directeur choisit ses collaborateurs; ce n'est pas une loi. mais une coutume. La commission permanente peut ne pas agréer son choix, mais elle ne peut pas lui imposer un collaborateur dont il ne veut pas.
Au cas où le médecin-directeur n'est pas satisfait d'un des fonctionnaires placés sous ses ordres, il présente à l'Ouprava une demande de renvoi ou de révocation.
Quant au personnel secondaire : gardiens, surveillants nommés par le médecin-directeur, ils sont révocables par lui. On voit donc que le médecin-directeur a des pouvoirs très étendus, mais l'institution du conseil de l'asile tempère ce que cette autorité pourrait avoir d'excessif.
Dans quelques grands asiles des capitales, il existe plusieurs grades pour les médecins: médecin sous-directeur, médecin chef, etc., etc. Il y a quelques années il y a même eu un projet de loi établissant toute une hiérarchie dans le cadre des médecins dasiles. Les conseils généraux ont repoussé ce projet à l'instigation même des intéressés.
Les appointements des médecins sont les suivants :
Médecin-directeur de 2,500 à 3,000 roubles
Médecin de 1.-200 à 2.000 roubles
Feldscher ou aides-médecins
On rappelle ainsi des sortes de demi-médecins (hommes et femmes) ayant suivi des cours pendant trois années dans des écoles secondaires de méde-
cine, appelées écoles d'aides-médecins, et dont le grade a quelque analogie avec celui de nos anciens officiers de santé. Ils remplissent des fonctions tenant à la fois de celles de nos internes et de celles de nos surveillants chefs. Ce sont généralement d'excellents agents qui constituent, pour les médecins chefs de service, des auxiliaires précieux.
Ils se tiennent en permanence dans les sections; leur cabinet a vue sur les salles occupées par les malades, en sorte que, tout en travaillant ou en prenant leurs repas, ils ont l'œil sur le service. Ils font exécuter toutes les prescriptions des médecins chefs de service; ils les aident même à prendre les observations des malades. Ce sont généralement des gens d'un certain âge. Quand ils ont accompli un assez long stage dans un établissement hospitalier (asile, hôpital), ils reçoivent l'autorisation d'exercer dans des districts éloignés dépourvus de médecins. Ils ne peuvent jamais parvenir aux fonctions de médecin-directeur ni même de médecin chef de service. Ce sont des sortes de sous-officiers rengagés de l'armée médicale, ne pouvant pas arriver au grade d'officier.
Les aides-médecins femmes se recrutent généralement parmi les jeunes filles sans fortune, et ayant reçu une certaine instruction; elles trouvent là une situation modeste, mais honorable. Comme les aidesmédecins hommes, au bout d'un certain nombre d'années de stage, elles peuvent exercer.
Les médecins-directeurs et les médecins chefs ont pour les aides-médecins une grande considération.
Il existe des écoles pour aides-médecins dans la plupart des villes pourvues d'un groupe hospitalier important. Quelques grands asiles en sont dotés.
Surveillants et Surveillantes
Ces agents remplissent les mêmes fonctions que chez nous. Les surveillants et surveillantes en chef sont presque tous aides-médecins. Les simples surveillants et surveillantes, choisis parmi les gardiens ayant quelques années de service, sont incomparablement inférieurs sous tous les rapports aux aides-médecins.
Gardiens et Gardiennes des asiles
Les gardiens des asiles sont recrutés en très grande partie parmi les paysans et sont par suite complètement illettrés pour la plupart. Ils sont mal logés (dans des dortoirs), mal payés; aussi ne restentils que peu de temps à l'asile. Le métier de gardien est pour eux un pis aller et non une carrière. Ce renouvellement incessant des gardiens a naturellement de grands inconvénients ; aussi, dans différents asiles, essaye-t-on d'y parer par diverses mesures. C'est ainsi qu'à l'asile de Novgorod, pour empêcher la désertion des gardiens qui a lieu l'été, on leur retient un rouble par mois sur leur salaire ; ces retenues sont perdues pour ceux qui quittent à l'époque des moissons et servent adonner des gratifications à ceux qui restent.
En Russie, il n'existe pas comme chez nous des veilleurs spéciaux pour la nuit : tous les gardiens font la veille à tour de rôle d'après un roulement établi. Le service est partagé en deux parties : la première, du coucher à une heure ou deux heures du matin ; l'autre, du milieu de la nuit au lever.
La Russie, qui a fait de grands progrès dans l'hospitalisation des aliénés, est très inférieure à la plupart des autres nations sous le rapport des gardiens des asiles. 11 n'existe même pas en Russie de manuel à l'usage des infirmiers et infirmières. Aussi la Société des médecins aliénistes de Pétersbourg, dans sa séance du 27 novembre 1897, a-t-elle résolu de donner un prix de 375 roubles au meilleur travail sur ce sujet. M. le D"" Alexandre Mendelssohn s'est immédiatement mis à l'œuvre.
Notre distingué confrère de Pétersbourg, depuis quelque temps déjà, s'occupe avec une grande sollicitude de la question des gardiens d'asiles. Au Congrès de Moscou (1), il a fait une communication sur ce sujet, communication qui résume les travaux récents sur la question ; nous ne saurions mieux faire que d'en donner la traduction presque complète.
Pendant huit siècles, en Russie, les gardiens des aliénés ont été des moines. En 1742, quand le Sénat obligea les cloîtres à recevoir les aliénés, il ordonna d'utiliser, pour la garde de ces malades, les soldats invalides recueillis dans ces cloîtres.
A la création des Comités d'assistance publique, en 1775, des statuts entrèrent en vigueur, dans lesquels on lisait entre autres choses :
« 11 faut veiller à ce que la maison et son mur d'enceinte soient solidement construits, afin d'éviter les évasions ; le surveillant doit être sérieux, patient et inébranlable dans l'exercice de ses fonctions,
(1) Mendelssolin (Alexandre), de Pétersbourg, la Question des gardiens dans les asiles d'aliénés en Russie; 1897 (en alU).