‹ Les aliénés en RussieChapitre 14 sur 68 · OG · texte numérisé non relu

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mais aussi juste et cousciciuicux. Le nouibre des ciuployés sera suHisaut pour assurer les soins à donner aux alicMK's et leur surveillance ; le mieux serait de choisir des soldats libérés, honnêtes et obéissants ; si l'on manque d(^ sujets semblables, on pourra choisir d'autres jx'isouucs qui seront rémunérées d'une fa(;on convenable ; In conduite des gardiens vis-à-ris des fous doit être humaine, maiK scrère, et ils doivent veiller avec soin à ce que les malades ne soient dangereux ni pour eux-mêmes, ni pour les autres. »

L'on devine facilement le caractère de ce traitement « humain et sévère » des aliénés par d'anciens soldats. Bien que déjà à cette époque les aliénés fussent considérés en Russie comme des malades, le principal lôle des « maisons de fous » était cependant de protéger la société contre les actes dangereux des aliénés, de les interner. Ce rôle resta le seul, de 1775 à 1864. Aussi la loi parle-t-elle de murs solides, élevés, de surveillants et de gardiens sévères, mais ne dit-elle pas un mot des médecins.

Au contraire, depuis 18G4, l'on a beaucoup parlé du traitement humain des aliénés sous une direction médicale, et l'on s'est fort peu occupé du personnel secondaire, qui joue cependant un rôle si important. La question des gardiens paraît avoir été en Russie, jusque dans ces dernières années, une de celles dont on dit: n'y touchons pas.

Au premier ou pour mieux dire à l'unique Congrès des aliénistes russes, qui eut lieu à Moscou il y a dix ans, quelques voix s'élevèrent, montrant l'incapacité absolue du personnel de garde, niant même la possibilité avec un tel personnel d'appliquer le no-

restraint ; quelques membres, le D"^ S. Korsakoff (maintenant professeur à Moscou), le D' Orschanski (actuellement professeur à Kharkov) et le 1)'" L. RafTOzine (maintenant directeur du département médical de l'Empire russe;, iirent quebpies propositions tendant à l'amélioration du personnel des asiles d'aliénés. Malgré tout, la question des gardiens, prise en bloc, n'a été soumise jusqu'à ce jour à aucune discussion en Russie, et ces projets, malgré les sympathies qu'ils ont rencontrées, n'ont point été réalisés.

En septembre 189G, la question des gardiens fut portée devant une assemblée d'aliénistes à Moscou, et la complète incapacité du personnel fut de nouveau afïirmée. Le D"" Ferrian proposa de fonder une caisse de secours pour le personnel de garde et d'établir un bureau de renseignements, grâce auquel on pourrait se procurer des gardiens expérimentés. La question fut vivement discutée ; l'assemblée n'arriva cependant à aucun résultat sérieux.

Enfin, en dernier lieu, la question des gardiens fut portée à l'ordre du jour de la Société des aliénistes de Pétersbourg, au printemps de 1897. Le D"" Niskegorodzev et le D"" ^lorosov, se basant sur les comptes rendus les plus récents des asiles russes et sur les résultats d'une enquête faite par MM. Morosov et par moi, Iirent un tableau lamentable de l'état actuel du personnel. Une troisième communication fut faite par moi « sur l'éducation professionnelle des gardiens en ce qui concerne les soins à donner aux aliénés ».

Il fut démontré que la plupart des gardiens et gardiennes, venant de la campagne, complètement

dépourvus do toute iustruction primaire, ne savaient ni lire ni écrire. Il y a des asiles dans lesquels, d'après Morosov, 17 à 18 "/o seulement des gardiens savent lire. Seul, Rothemberg, près de Riga, constitue une heureuse exception, car tous les gardiens et gardiennes possèdent une instruction élémentaire ; il est vrai que l'instruction dans les provinces baltiques est bien difTérente de celle des autres parties de la Russie.

Le mouvement du personnel en Russie est colossal. ^>i l'on compare le nombre des gardiens d'un asile au nombre de ceux qui ont quitté l'asile dans l'année, on trouve, d'après Morosov. qu'il en part en moyenne 12,8 */o. 11 y a des asiles dans lesquels le changement est de 30,4 "/„, de 44,3 **/„ même d'après Niskegorodzev, tandis que d'après Karrer, pour les pays de langue allemande, le maximum est de 14,8 7o- Le nombre des changements a été trouvé supérieur à celui des places, de plus de 100 "/o dans dix asiles; 55,5 7o dans dix-huit asiles.

Si l'on cherche les causes de ce mouvement considérable, on voit que 57 7o des gardiens et des gardiennes s'en vont volontairement, que 33 7o «ont renvoyés pour différentes fautes ou pour incapacité, que 10 7o ont quitté leur place pour d'autres motifs détachés quelque part, ayant reçu dans l'asile un autre poste, etc.V

La première cause des départs volontaires si nombreux doit être cherchée d'abord dans la rémunération insuffisante, car un porte-faix ou un journalier gagne plus en Russie qu'un gardien d" asile qui touche en moyenne six à sept roubles par mois. Dans beaucoup d'asiles, le traitement au

moment de l'entrée tombe même à trois ou quatre roubles. Le personnel féminin est encore plus mal payé. Sans doute la plupart des asiles offrent un traitement progressif (maximum, onze roubles), mais, par suite du changement colossal, bien peu peuvent en profiter.

Puis les habitations du personnel sont abominables dans la majorité des asiles. Dans certains on trouve un seul lit pour deux ou trois gardiens ; dans quelques-uns, les gardiens vivent dans les dortoirs des malades. Dans quatre asiles seulement le personnel a une retraite. 11 n'existe pas d'assurance contre la vieillesse ni contre les accidents.

Si on considère que notre personnel sort d'un peuple qui a été délivré du servage il y a trente-six ans seulement, qui est encore maintenant soumis, pour des fautes relativement légères, à des peines corporelles par les justices de village, qui est le plus souvent privé des bienfaits de l'école, on sera étonné que nous, aliénistes russes, nous puissions, dans une certaine mesure, nous tirer d'affaire avec un personnel semblable et nous efforcer de répondre aux exigences modernes du traitement rationnel des aliénés.

Ce sont d'abord la bonté naturelle et la modestie du peuple russe qui permettent à nos meilleurs gardiens l'accomplissement de leurs devoirs. En second lieu nous avons çà et là de bons surveillants qui sortent de classes sociales plus cultivées et qui sont mieux payés. En réalité, cependant, le traitement de nos aliénés n'est malheureusement pas ce qu'il serait avec un personnel bien payé et instruit.

Le rapport entre le nombre des gardiens et celui

dos malades est en Russie très satisfaisant ; on trouve chez nous, d'après Morosov, un gardien pour r),5 malades, tandis qu'en Allemagne, d'après Karrer, on trouve un gardien pour 7,6 malades ; en Angleterre, le nombre des gardiens est encore moindre (1/20). Malheureusement la quantité ne remplace pas la qualité ; voilà pourquoi presque tous les comptes rendus d'asiles se plaignent du peu de confiance qu'on peut avoir dans le personnel.

Le D"" Niskegorodzev, animé des intentions les plus humanitaires, médite une réforme complète du personnel des asiles d'aliénés. Il demande en première ligne une augmentation du traitement, l'amélioration des conditions matérielles tant au point de vue de la vie qu'au point de vue du service ; l'établissement de caisses de retraites et de secours mutuels, d'assurance contre la vieillesse et contre les accidents, une iftstruction élémentaire et une éducation professionnelle des gardiens d'après le modèle des asiles anglais.

Cependant si la question des gardiens est surtout, comme on l'a justement remarqué, une question de vie matérielle, il nous est à peine permis despérer satisfaction pour ces réclamations si justifiées, car avant tout nous manquons d'argent. Il se passera encore bien du temps avant que les subsides nécessaires soient accordés aux asiles d'aliénés ; cependant, nous ne pouvons pas attendre. Je tiens donc pour très important de ne pas traiter la question des gardiens seulement comme une question de vie matérielle, mais aussi comme une question de sentiment et d'attacher la plus grande importance à l'éducation morale du personnel ; le médecin doit

encourager le gardien par de bonnes paroles et par un bon exemple. Puis le médecin donnera l'éducation professionnelle, et les gardiens et gardiennes instruits et expérimentés recevront une augmentation de paye.

Des leçons sur les soins à donner aux aliénés ne sont faites en Russie, comme l'enquête pratiquée dans cinquante asiles environ l'a établi, que dans deux asiles : depuis 1888, dans l'hôpital militaire Nicolaïev, à Pétersbourg, par le D'' Victor von Olderogge, et depuis 1895 à titre d'essai par les D''^ Morosov et par moi dans l'asile municipal de Saint-Pantélémon, à Pétersbourg. De plus, depuis 1891, le privat-docent, D'" Stanislas Danillo, à Pétersbourg, fait des leçons de psychiatrie aux sœurs de charité de la Croix-Rouge qui sont quelquefois placées dans les asiles d'aliénés.

Le D"" von Olderogge a fait la remarque que l'enseignement systématique des soins à donner aux aliénés exerce sur le personnel une action favorable; pour ma part, je partage absolument cette opinion et je dis encore que le paysan russe, même ne sachant pas lire, par conséquent dépourvu de toute espèce d'instruction préalable, manifeste cependant un très grand intérêt pour l'enseignement et se montre parfaitement capable d'en profiter.

Je fais donc la proposition suivante : dans tous les asiles, les médecins devront faire au personnel un enseignement théorique et pratique sur les soins à donner aux aliénés. Les gardiens ou gardiennes qui auront suivi les cours avec succès et qui auront fait pendant un certain temps (six mois par exemple) un service pratique, recevront une augmen-

tatioii de 50 "/„ du traitement d'entrée. On pourra dans tous les cas se procurer l'argent nck-essaire en diminuant le nombre des gardiens, car deux gardiens instruits et actifs valent certainement mieux que trois mauvais gardiens.

C'est là, à mon sens, une solution pratique, bien que provisoire, de la question des gardiens.

La Société des aliénistes de Pétersbourg attache un grand intérêt à la question des gardiens et la traitera cette année encore à Pétersbourg.

Pour plus de commodité, dans les chapitres qui vont suivre, nous étudierons les établissements d'aliénés, non pas exclusivement par catégories, mais aussi par région :

1" Ceux des capitales : Varsovie. Moscou, Pétersbourg ;

2** Ceux de la province.

Nous étudierons ensuite dans trois chapitres distincts les établissements d'un caractère tout spécial :

Asiles militaires ;

Cliniques universitaires ;

Asiles privés.

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