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ASILE SAINT-XICOLAS-LE-MIRACULEUX

L'asile Saint-Nicolas-le-Miraculeux (planche VIII ) se trouve dans l'intérieur de Pétersbourg. Il est bâti sur les bords de la Moïka, dans l'angle droit formé par un coude du fleuve. Il a, extérieurement et surtout intérieurement, l'aspect d'une prison, ce qui n'a rien d'étonnant puisque c'est une ancienne maison de correction.

Le bâtiment principal a la forme d'un H à branche transversale allongée ; une moitié est occupée par les hommes, l'autre par les femmes. Ce bâtiment a quatre étages qui n'offrent entre eux que peu de différence; on y accède par un vaste escalier carré dans lequel de distance en distance est tendu un filet de corde très solide pour empêcher les chutes. A chaque étage, chacune des trois parties du bâtiment (la partie transversale et les deux asiles) est divisée en deux moitiés par un corridor qui la parcourt dans toute son étendue. Ces trois corridors sont voûtés, bas de plafond, sombres; sur eux s'ouvrent de chaque côté les diverses salles, celles-ci relativement assez bien.

Il y a notamment des chambres à deux lits suffisamment confortables. Les cellules, nombreuses, sont très obscures ; deux sont recouvertes de linoléum.

Les water-closets sont très défectueux.

En arrière du bâtiment principal, on voit le bâtiment des services généraux; à côté et à gauche, sur le même plan, les bains.

Entre le bâtiment principal et les services généraux, deux cours intérieures pour les agités de chaque sexe (entre les deux, une glacière) ; en avant du bâtiment principal, un jardin pour les tranquilles.

Le service d'hydrothérapie est très complet et bien installé.

Tout à fait en arrière de l'asile et sur la droite, deux bâtiments en bois affectés à quelques chroniques propres et valides des deux sexes.

Il faut ajouter des ateliers, d'ailleurs très petits.

L'asile est très encombré : le jour de notre visite (31 août), il renferme 781 malades, alors qu'il contient 380 places seulement.

Les malades se répartissent ainsi :

\ Hommes 456

Indigents ■ . • i c^ ^„r,

•= ( Femmes 270

\ Hommes 9

Pensionnaires. < „

{ Femmes 16

. . , i Hommes 22

Criminels. . . < u

( bemmes 8

Total . 781

Il y a beaucoup d'agités aux vêtements déchirés. Notre aimable guide, notre confrère Sokalsky, nous montre un paralytique général atteint d'un hématome de l'oreille droite qu'on ne peut parvenir à maintenir au lit. On n'emploie la camisole de force qu'excep-

tioiiiiellement pour les malades par trop violents, blessés, etc.

L'uniforme consiste en une veste avec pantalon et gilet ou tout simplement en une grande robe de chambre, de laine ou de toile suivant la saison.

Les pensionnaires payent 20 roubles par mois, quelques-uns 50.

Parmi les malades ayant commis des crimes, les uns sont l'objet d'une expertise; les autres ont déjà bénéficié d'une ordonnance de non-lieu; plusieurs sont occupés dans les ateliers.

Le personnel médical, très nombreux, comprend :

1 médecin-directeur; 3 médecins en chef (1 pour la division des femmes; 1 pour la division des hommes; 1 pour les chroniques); 12 médecins ordinaires dont 3 dames.

Au total, 16 médecins pour 781 malades, soit, en chiffre rond : 1 médecin pour 49 malades.

Chaque médecin est chargé d'un service.

Le personnel secondaire, très nombreux, couche dans des dortoirs. La veille est faite alternativement par tous les gardiens.

Le pain est fabriqué dans l'asile ; on l'obtient ainsi de qualité supérieure et à meilleur marché.

Les Russes sont, comme on le sait, grands fumeurs de cigarettes; à Saint-Nicolas, un certain nombre de malades sont occupés à en fabriquer pour leurs camarades .

Tous les aliénés de la ville et du gouvernement de Pétersbourg sont amenés à Saint-Nicolas. Quand on veut placer un malade, on s'adresse à la police ; le médecin de la police (qui n'est pas spécialiste et par suite pas compétent rédige un certificat avec

lequel on fait entraîner l'aliéné à Saint-Nicolas. Quand la police arrête un fou clans la rue, elle le garde quelques heures seulement au poste et le conduit à Saint-Nicolas. Le nombre des entrées est de 1,500 par an en moyenne et suit une progression croissante.

Comme nous l'avons expliqué, Saint-Nicolas garde les aigus et renvoie les chroniques dans les autres asiles. La durée du séjour à Saint-Nicolas varie de quelques mois à quelques années.

En somme, Saint-Nicolas est un établissement défectueux, indigne de la capitale de la Russie. Les distingués médecins qui y sont attachés en tirent le meilleur parti possible; mais ni leur zèle ni leur savoir ne sauraient transformer une prison en hôpital.

Nous avons reçu à Saint-Nicolas un accueil des plus cordiaux que nous n'oublions pas. Voici maintenant l'histoire de l'établissement, d'après M'"^ la D"" Golovina (1).

L'asile Saint-Nicolas est une ancienne maison de correction fondée en 1840 par le tsar Nicolas l*^"" et destinée primitivement à renfermer les sujets condamnés à des peines disciplinaires. Mais l'établissement ne tarda pas à dévier de sa destination et hébergea bientôt 150 ouvriers malades.

Les aliénés de Pétersbourg avaient d'abord été placés dans un établissement spécial : « Notre-Damede-Toutes-les-Douleurs ». Celui-ci, bien qu'agrandi,

(i) Hôpital de la ville Saint-Nicolas-le-Miraculeux pour les aliénés, par M""" la D"" Golovina, revu par le D"" Tschétscbot ; Pétersbourg, 1887 (en langue russe).

ne tarda pas à devenir complètement insuffisant ; c'est alors qu'on songea à les placer à la niaison de correction. On n'en mit d'abord qu'un très petit nombre seulement, ceux qui, n'ayant pas de parents à Pétersbourg, croupissaient dans les prisons de la ville.

La maison de correction réunissait donc : la maison de correction proprement dite, un hôpital pour les ouvriers, une petite section d'aliénés.

En 1851, l'administration de l'hôpital « Notre- Dame-de-Toutes-les-Douleurs » ne voulant plus donner abri aux prisonniers atteints d'aliénation mentale, sollicita leur renvoi de l'hôpital. Où les placer? La maison de correction Saint-Nicolas-le- Miraculeux, gardée militairement, parut tout indiquée pour ce genre d'aliénés.

Le P"" novembre 1852, vingt-cinq places furent aménagées au 4® étage pour ces aliénés, et, en 1855, trente places furent encore disposées pour des aliénées femmes de la même catégorie.

En 1801, au moment de l'atîranchissement des paysans, l'établissement qui prenait de plus en plus d'extension se vit transformer en hôpital pour les ouvriers et prit le nom d'Alexandre. Mais le sort de l'établissement n'était pas encore fixé et bientôt il allait encore changer d'affectation.

En effet, en 1862, le gouvernement, ému de la propagation des brochures séditieuses faisant appel au peuple, inquiet des progrès des idées libérales, pensa à isoler les meneurs du contact populaire. Pour atteindre ce but, il songea à la maison de correction qui devint une prison politique. Les ouvriers renvoyés (225 hommes et 100 femmes) furent

répartis entre divers établissements et remplacés par 55 prisonniers politiques.

L'année 1863 arrive : d'un côté les aliénés inquiètent beaucoup le gouvernement, car ils constituent un véritable danger pour la sécurité publique, d'un autre côté la Pologne s'est insurgée et on a fait des prisonniers qu'il faut bien mettre quelque part. C'est encore Saint-Nicolas qui ouvre ses portes pour tout ce monde ; il reçoit 150 prisonniers polonais et 55 aliénés. Dans les années suivantes, le nombre des aliénés placés à Saint-Nicolas augmenta sensiblement ; mais restait l'inconvénient d'avoir sous le même toit des aliénés et des prisonniers.

Enfin, le 3 mars 1872, le tsar ordonna de transformer définitivement l'établissement en asile d'aliénés qui prit le nom de Saint-Nicolas-le-Miraculeux. Dans les années suivantes (1872-1879), on fît progressivement dans l'aménagement intérieur les modifications nécessaires pour les besoins des malades. L'hôpital destiné à 305 malades en contenait déjà en réalité un nombre bien plus considérable.

Nous empruntons les tableaux suivants à la brochure de M™" Golovina :

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