‹ Les aliénés en RussieChapitre 57 sur 68 · CLINIQUE DE PSYCHIATRIE DE MOSCOU · texte numérisé non relu

CLINIQUE DE PSYCHIATRIE DE MOSCOU

- La clinique de psychiatrie de l'Université de Moscou mérite d'être citée, à côté de celle de Pétersbourg, comme un modèle du genre. C'est le don princier d'une riche et généreuse Moscovite, M""' Morozov, qui l'a fondée en mémoire de feu son mari. Nous avons visité la clinique le mercredi 25 août avec la section de psychiatrie du Congrès de médecine. Le professeur Korsakoff a fait luimême aux congressistes les honneurs de son beau service, aidé de ses adjoints et de M. Serbsky, professeur agrégé, secrétaire de la section de neurologie et de psychiatrie du Congrès.

Ce qui nous a tout d'abord frappés, c'est l'aspect riant de l'établissement qui ressemble bien plus à une maison de santé particulière qu'à un hôpital. Dans toutes les pièces, les murs sont peints en bleu clair avec filets d'un bleu plus foncé ; de nombreux tableaux y sont appendus, sans compter les icônes. Dans les chambres à coucher, des couvre-lits blancs et rouges donnent également une note gaie. Des fleurs en abondance charment les regards.

La salle des cours est grande et bien éclairée. Ce n'est pas sans un certain sentiment d'orgueil patriotique que nous y avons vu, au-dessus de la chaire du professeur, le portrait de Charcot. C'est que la Société de neuro-pathologie et de psychiatrie de Moscou qui se réunit dans cet auditoire a décidé que le portrait de l'illustre médecin français devait toujours se trouver dans la salle de ses séances.

A droite du portrait de Charcot, on voit celui de

Pinel, le libérateur des aliénés, à gauche celui du célèbre aliéniste anglais Ilack Tuk. Un peu partout sur les murs les portraits des neurologistes et des aliénistes connus de tous les pays: parmi eux, celui de M. Magnan, de Paris.

Une grande photographie représente les membres du premier Congrès des psychiatres russes ; c'est précisément pendant ce Congrès, en 1887, qu'a eu lieu l'inauguration de la clinique.

Dans un des laboratoires, on peut voir des reproduction«! photographiques des deux tableaux : Pinel faisant tomber les chaînes des aliénées et les Fascinées de la Charité. Enfin une petite photographie de Charcot, accompagné de son fds et de sa fdle, photographie faite à la clinique même lors de la visite du grand neurologiste français le 10 juillet 1891.

Sur la porte des deux quartiers de cellules pour les agités (des chambres à part, suivant l'euphémisme employé en Russie) s'étale une afTiche informant les visiteurs que depuis deux ans on n'a pas eu à enfermer un seul malade dans cette section. Cet avis nous étonne beaucoup, tout d'abord; notre étonncment diminue un peu lorsque nous apprenons qu'à la clinique on traite les agités par le maintien au lit, et que, pour appliquer cette méthode thérapeutique, on dispose d'au moins 26 infirmiers ou infirmières pour 51 malades ; notre étonnement cesse tout à fait quand nous connaissons le règlement de la maison : le professeur ou l'assistant choisissent leurs malades comme ils l'entendent ; personne ne peut les obliger à recevoir un malade dont ils ne veulent pas.

Depuis que la clinique existe, on n'a pas encore, paraît-il, employé une seule fois la camisole de

force. On ne fait usage des narcotiques qu'à de petites doses.

M. le professeur Korsakoff regrette de ne pouvoir appliquer à la clinique le système des portes ouvertes en raison de ce fait que plusieurs portes ouvrent sur la section administrative où se trouve le laboratoire renfermant toujours un assez grand nombre d'instruments tranchants et de substances vénéneuses.

Après la visite de la clinique, il a été tiré dans le jardin une photographie des membres de la section de neurologie et de psychiatrie. Par une attention délicate dont on appréciera la portée, M. le professeur Korsakolî a tenu à mettre à sa droite, c'est-à-dire à la place d'honneur, le doyen des aliénistes français présents, M. le D"" Christian, médecin de la maison nationale de Charenton.

Après la photographie, déjeuner confortable servi en plein air. Au dessert, nombreux toasts : ceux des Allemands, comme toujours, remarquables par leur nombre et leur longueur.

Pour terminer, une petite cérémonie des plus touchantes. A l'automne dernier, les médecins de la clinique avaient eu l'heureuse inspiration de faire mettre en caisse plusieurs jeunes arbres dont un chêne ; on les a plantés sur la pelouse du jardin ; puis chacun est venu jeter au pied une pelletée de terre ou vider un arrosoir. Les médecins russes ont veillé attentivement à ce que tous les médecins français sans exception contribuent à la plantation de ces arbres qui doivent perpétuer le souvenir du Congrès nous donnant ainsi un nouveau et discret témoignao-e de sympathie.

Puisse le chêne de la clinique de Moscou devenir un eréant et avec lui s'élever bien haut en Russie la science des maladies mentales !

En ce qui concerne Moscou, il est facile de prédire un l)rillant avenir à la clinique de psychiatrie, car, comme nous allons le voir, l'enseignement y a été admirablement organisé par le professeur Korsakoff.

A l'occasion du Congrès de médecine, il a été publié un volume intitulé les Cliniques de l'Université impériale de Moscou. La notice y concernant la clinique de psychiatrie est due à M. le professeur Korsakoff lui-même ; elle donne de cet établissement une histoire et une description complètes ; nous ne saurions mieux faire que de la reproduire à peu près textuellement.

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