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III. — EUROPÉENS

A. — L'aliénalion mentale aux colonies. — Influence du climal, de la chaleur, de l'alcoolisme, du paludisme.

L'étude de l'aliénation mentale trouve largement son compte dans les colonies. Il y a dans la solitude morale et la vie, parfois très dure, à laquelle est astreint le déraciné qui s'expalrie, dans les influences climatériques déprimantes, auxquelles 1lest soumis, dans les maladies ou les intoxications spéciales, qui le guettent, une série de facteurs,moraux ou physiques, propres à faire éclore chez les prédisposés, ou à créer de toutes pièces, chez les autres, toute une gamme de perversions intellectuelles et morales allant jusqu'aux psychoses les plus caractérisées, jusqu à la fole.

La plus haute expression de cette tendance psychopathique est cette « névrose coloniale » dont on a cherché à faire une entité morbide, créée pour expliquer certains crimes odieux, qui ont ensanglanté, dans ces dernières années, la brousse africaine et la rizière tonkinoise.

Il serait peut-être excessif d'assimiler, à ce point de

vue, la Tunisie à nos possessions de l'Ouest africain ou de l’Indo-Chine. Sa latitude lui assure un climat qui, pour être très chaud, quatre ou cinq mois de l’année, est supportable le reste du temps. Beaucoup d'Européens qui lhabitent trouvent d'autre part, du moins dans les villes de la Régence, une vie sociale supérieure à celle de bien des petites villes de la métropole.

Néanmoins, bien des éléments de perturbation s'y rencontrent déjà et les maladies mentales y sont fréquentes chez les Européens, apparaissant parfois brusquement, sous l'influence de l'expatrialion, du coup de chaleur ou de l'alcoolisme, amenées d'autres fois lentement par une intoxication paludéenne ou une nostalgie tenace.

Nous ne pouvons qu'esquisser ici l'influence de ces différents facteurs

1° Le climal et surtout la chaleur influent certainement sur la mentalité du colomal. Hippocrate parlait déjà du rôle Joué, par les conditions atmosphériques, dans la formation du caractère. C'est Montesquieu surtout qui a souligné L'influence des pays chauds, sur la sensibilité de l'homme. « Approchez du Midi, dit l’auteur de l'Esprit des lois, et vous croirez vous éloigner de la morale même. Des passions plus vives y multiplient les crimes : chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions. » Cabanis a insisté sur l'action démoralisante des pays chauds, et Guyot, auteur d'une thèse sur les « Variations de l'état mental el responsabilité », a montré en plusieurs passages celle même influence. « Les climats chauds, ditil, émoussent les énergies et amoindrissent l'activité cé-

rébrale. Mais, en raison inverse de cette activité, le do-

maine de la sensilivité s'accroît d'une façon considérable. » Et plus loin : « Il existe, en effet, une véritable névrose coloniale, entraînant une dégénération plus ou moins accentuée chez l'Européen qui devient l'hôte, passager ou sédentaire, des pays chauds. »

Aujourd'hui, de nombreuses observations psychologiques nous permettent de faire au facteur chmatérique et surtout au facteur chaleur la juste part, qui lui revient, dans les perversions de la mentalité humaine.

La chaleur agit de plusieurs façons : elle déprime et amoindrit la tonicité nerveuse générale : elle retentit fàcheusement sur le tube digestif, sur le foie : elle incite à l'alcoolisme : elle semble bien être aussi un excitant voluptueux, un aphrodisiaque ; elle exalte la sensualité qui est à l'origine de bien des aberrations sexuelles et favorise le sadisme, si répandu aux colonies.

Bref, en débilitant l'organisme, en favorisant les intoxicalions et en exaltant la sensibilité, elle crée une grande propension aux psychoses ou aux psychonévroses.

Et celle réaction se comprend d'autant mieux, que l'Européen, déraciné et transplanté, arrive « avec sa menallé nationale, avec ses passions, ses besoins, ses vices, ses instincts. Il ne peut faire les frais d’une adaptation lente, progressive et sûre, car celte adaptation est possible à une race, non à un individu. Au physique comme au moral, il se trouve brutalement assailli et l'attaque est si Inopinée, si soudaine, qu'il n’a guère le temps de se mettre sur la défensive ».

2° La chaleur favorise l'alcoolisme, et cette intoxicalion est bien le grand révélateur des psychoses latentes

des coloniaux. Son action ne saurait être contestée et

eo — très grande est sa contribution étiologique à la pathologle mentale.

Il faut bien savoir que l'alcoolisme aux colonies est plus dangereux que dans la métropole. L'ingestion d'absinthe, d’anisette, des alcools divers, provoque, dans les climats chauds,des désordres bien plus considérables que sous nos latitudes. « Chez nous, dit Corre, l'alcool agit avec moins d'énergie,sur la cellule cérébrale,que dans les pays chauds, parce que, dans les premiers, une grande dépense de force musculaire aide mieux à l'élimination, que l'effort sudoral de l'organisme, limité par l'existence apathique, dans les seconds. » L'alcoolhisme, plus funeste dans les pays chauds, y est plus développé encore qu'en Europe : tout en effet encourage ce vice : la chaleur, le farniente, et l'habitude.

En Tumisie, l'alcoolisme fait de gros ravages chez les Européens. Les Français absorbent surtout de l'absinthe : la boisson favorite des Italiens et des Maltais est l'aniselte.

3° Le paludisme, d'autre part, vient ajouter son action nocive aux facteurs précédents. Les psychoses paludéennes sont connues : Laveran, Régis, Le Dantec, les admettent. Pendant l'accès, il est fréquent de constater du délire ; parfois, les malades tentent de se suicider, etc.: mais, généralement, ces phénomènes sont passagers, et, l’accès terminé, tout rentre dans l’ordre.

« Il existe aussi, dit Régis, dans le paludisme chronique, des psychoses indépendantes des accès. Ces psychoses sont peu connues, parce qu'il est difficile de les distinguer des folies proprement dites ou vésanies survenant chez des paludéens. » En général, le paludisme

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