‹ Les Aliénés en TunisieChapitre 9 sur 39 · FER TES · texte numérisé non relu

FER TES

Dans cette question de la vénération et du culte des aliénés, il y a peut-être une part d'exagération et de légende. Suivant certains auteurs, le vrai motif de Fattitude des Musulmans, vis-à-vis des fous, est la crainte, la peur : on les respecte parce qu'on les hait. « Les populations, dit Rouby, supportent à regret ces malheureux et demandent qu'on en débarrasse leurs douars. »

La légende paraît du moins vraie tant que le malade est calme, inoffensif, mais, au moindre danger, dès qu'il s'agit d'un agité, d'un aliéné dangereux, les moyens de coercition, les chaînes, apparaissent. « Un d'eux, dit Mongeri, atlira mon attention d'une manière toute spéciale : tuberculeux au dernier stade, 1l avait peine à bouger de sa place : malgré cela, 1l était fixé par une chaîne aux barreaux de la fenêtre qui se trouvait près de son ht, à travers un carreau cassé. » Et Aug. Marie, à qui nous empruntons cette citalion, ajoute : « Où est la légende de l’aliéné sacro-saint selon le Coran et entouré du respect musulman qui tiendrait lieu d'assistance organisée ? »

En résumé, l'Arabe, être primitif, dont la religion est le seul mobile, considère l'aliéné comme un possédé. Tranquille, il le Supporte et le respecte par crainte et superstition. Dangereux, il l'enferme, l'enchaïne, le cache, mais chez lui. On prévoit les difficultés que rencontrera l'assistance des aliénés avec une pareille conception.

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B. — Fréquence, causes el formes de l'aliénation

mentale chez les Musulmans.

Quelle est la fréquence de F'aliénation mentale chez l'Arabe, quelles en sont les causes ? Existe-t-il un type spécial ?

IL est très difficile de connaître la fréquence de l’aliénalion mentale chez les Musulmans, justement par le fait que les aliénés sont ignorés. Il nous est impossible de donner des chiffres pour la Tunisie. Meïlhon a donné pour l'Algérie, des chiffres, concernant surtout les malades assistés à l'asile d'Aix : pour 1.000 Musulmans, pendant la période allant de 1860 à ISS9, il v aurat 0,053 cas d'aliénation mentale. Et ces chiffres sont surtout donnés par des hommes, l'aliénation est beaucoup plus rare chez la femme que chez l'homme. Meilhon, comparant ce pourcentage à celui que l’on a établi pour la France, constate que la folie est 134 fois moins fréquente pour les indigènes musulmans qu'en France. Il est vrai d'ajouter, avec Meilhon, que beaucoup de cas d'aliénation restent ignorés, ce qui fausse d'autant les statistiques.

On sait l'énorme proporhion de syphilitiques parmi les Arabes, on sait aussi que la syphilis n'est généralement pas soignée chez eux. Cependant, on peut remarquer l'absence presque totale de paralytiques généraux. A TFunis, le D' Lovy, ancien interne de la Salpètrière, qui à été à la tête de l'hôpital Sadiki pendant neuf ans, atti-

rait notre attention sur ce fait que, pendant son séjour à

ape

Sadiki, il n'avait pas vu un seul paralytique général. Le D' Bouhageb, médecin de la. Tékia, n'en a pas vu davantage. Dans d'autres villes on a signalé des cas de paralysie générale progressive. Kocher, pour l'Algérie, signale, pendant la période qui va de 1867 à 1882, 12 cas de paralysie générale pour 312 aliénés musulmans, ce qui donne un pourcentage de 3,84 p. 100. Dans une thèse récente, Battarel donne un pourcentage de 3,92 p. 105, toujours pour l'Algérie. Dans le rapport officiel de l'asile d’aliénés d'Abbassia, en Egypte, de 1906, le nombre de paralytiques généraux est de 6,20 p. 100 du nombre total d’aliénés. Ces différents chiffres sont bien inférieurs à ceux fournis pour les asiles français, où le nombre de paralytiques généraux est de 20 à 25 p. 100.

Il est bon d'ajouter que les cas de paralysie générale progressive, que l’on voit chez les Arabes, ont été, pour la plupart, constatés chez des Arabes habitant les villes, les gros centres. L'Arabe de la campagne n'est pas paralylique général. Dodieau n'en a jamais vu dans le sud de la province d'Alger, pendant une période de sept ans.

Les mêmes remarques peuvent être faites pour l’alcoohsme: l'Arabe de la campagne n'est pas alcoolique. Dans les villes, au contraire, l'alcoolisme commence à faire des progrès et des ravages, el quelques aliénés ont 4u éélire d'origine alcoolique. Meilhon a signalé que 22,89 p. 100 des indigènes, soignés à l'asile d'Aix, sont alcooliques.

Mais s'il ne s'agit pas, en général, d'alcoolisme, d'autres intoxicalions jouent un très grand rôle : nous voulons parler de l'abus du kif et de la chira, qui sont tous deux des produits dérivés du chanvre indien. Ces intoxi-

calions sont très répandues et fournissent la plupart des

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troubles mentaux qu'on observe en Tunisie chez les Musulmans. « Certains médecins de la Tunisie, dit Matignon, ont prétendu que, sur le nombre total des fous de ce pays, les neuf dixièmes l'étaient devenus par l'abus du haschisch. Nous n'avons pas de statistique pour établir la part de vérité de cette assertion, mais, il est bien certain que les fumeurs de kif sont souvent les premieres victimes de leurs coupables habitudes, ainsi qu'en témoigne la présence de ces fumeurs incorrigibles dans les cabanons de l'hôpital Sadiki. »

Une grosse majorité des troubles mentaux est la conséquence des phénomènes de dégénérescence, de lhérédité.

Selon Kocher, l'Arabe devient aliéné encore jeune, l'âge moyen est 31 ans pour l'homme, 32 pour la femme. Il est vrai d'ajouter que ces moyennes ne sont que

très approximatives, car les Arabes n'ont pas d'état civil.

MP=HISRARLITES

A. — Conceplion de l'aliénalion mentale

chez les Israéliles.

La question des aliénés est un problème beaucoup moins complexe chez les Israélites que chez les Musulmans. Les Juifs, en effel, sont bien moins hostiles aux mœurs européennes : leur religion n'est pas aussi puissante : ce ne sont plus les croyants, les fidèles que sont les Musulmans : ils ont su se libérer en parte de l'esprit

religieux.

Fuite

L'aliéné, pour-l'Israélite, est un malade, que lon SOIgne et non plus l'être surnaturel, en quelque sorte, des Musulmans.

La mentalité israélite est bien plus apte au progrès. Les Juifs acceptent très bien le médecin : ils en usent et même en abusent, ils le font demander à chaque Instant. Is n'hésitent pas à faire de gros sacrifices pécuniaires, pour soigner un des leurs. Du reste, chez eux, l'esprit de famille et la solidarité, qui. en découle, est très solidement établi ; ce qui trouve peul-être son explication dans les persécutions dont ils ont toujours été victimes : le Juif, poursuivi, traqué, atleint dans sa hberté individuelle, cherche à rester chez lui, il se cache dans sa famille, où il jouit d'une tranquillité relative.

À Tunis, avant l'occupation francaise, les Juifs étaient en butte aux persécutions musulmanes : les tribunaux les condamnaient à tous propos : ils ont accueil les Français comme de véritables libérateurs.

D'autre part, le Juif, plus instruit, dont les mœurs s'européanisent de Jour en Jour, ne voit pas dans le médecin le sorcier qu'y voit l'Arabe : ce n'est plus le l'hib ou sorcler, c'est un homme de science, dont on suit les conseils et les prescriptions.

Aussi, à un point de vue plus particulier, le preblème des alhénés sera bien plus facile à résoudre chez l'Israéhe que chez le Musulman.

L'aliéné israélite sera done considéré comme un vérilable malade : il n'est plus mystérieux, il n'a plus le caraclère sacré, que nous lui avons vu chez le Musulman. Et si l’aliéné israélile circule encore librement dans les

villes, ce n'est pas parce qu'on le respecte ou qu'on le

eo

craint, mais, bien plus simplement, parce que les moyens d'hospitalisation manquent.

B.— Fréquence,causes el formes de l'aliénalion mentale

chez les Israéliles.

Quels sont les facteurs des maladies mentales chez les Israélites : ces affections sont-elles fréquentes et sous quelle forme se montrent-elles ?

Chez eux, l'hérédité nerveuse est un facteur prédominant. C'est un fait à peu près admis par tout le monde. Aussi verra-t-on plus facilement des dégénérés parmi les Israélites. « Beaucoup d'auteurs, dit Bourcy, admettent que les Juifs sont particuhèrement enclins aux maladies nerveuses et mentales : l'idiotie, l'alhiénation, l'hystérie, le tabes, la neurasthénie. » Bouchard explique cette tendance par la vie sédentaire des Israélites, ce sont des citadins, ils ne cultivent pas la terre, 1ls sont commerçants avant tout. Enfin, un dernier facteur est l'habitude, chez eux, des mariages consanguins. Dernièrement, Pilez arrivait aux mêmes conclusions : les Juifs fournissent le plus gros contingent de troubles cérébraux, dus à l'hérédilé el à la dégénérescence.

En Tunisie, les Juifs ne fument ni le kif ni la chira. Ils sont diligents et mènent une vie relativement active, qui contraste avec l'oisiveté des Arabes. L'alcoolisme également fait peu de ravages parmi les Juifs : à Tunis, cependant, beaucoup d'Israélites commencent à boire ce qu'ils appellent de la « boukha », qui est de l'eau-de-vie de figues. Du reste, les Arabes usent aussi de cette li-

queur.

ET es

La paralysie générale serait plus fréquente chez les Juifs que chez les Musulmans, mais, là encore, 1l nous est absolument impossible de donner des chiffres. Cependant, a priori, par suite des tendances de l'Israélite à s'européaniser, on peut croire véridique cette assertion, et penser que le Juif imite FEuropéen Jusque dans sa pa-

thologie.

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