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= 4 dispensaire et qui devint l'hôpital Saint-Louis, lequel subsista jusqu'en 1898, époque à laquelle fut créé l'Hôpital Civil Français de Tunis.
L'hôpital Saint-Louis recevait des aliénés des deux sexes. Nous tenons d'un témoin oculaire, ayant appar-
tenu au personnel de l'établissement, les renseignements suivants. Tranquilles, les aliénés étaient soignés dans les salles de médecine avec les autres malades ; agités, les femmes étaient placées dans une sorte de petite pièce contenant deux lits, et la camisole de force les maintenait. Pour les hommes, il y avait deux cabanons et une salle commune. Cette dernière, de quatre à cinq mètres de long sur trois de large, était éclairée en haut par un vitrage mobile permettant l'aération. À chaque coin de la salle étaient des chaînes rivées au sol, auxquelles on attachait les malheureux aliénés. On mettait un peu de coton à la cheville du malade et l'on cadenassait la chaîne par-dessus. Les lits étaient voisins des coins de la chambre, et les malades gardaient leur chaîne nuit et Jour. Le matin seulement, on les détachait pour les conduire soit à'la douche, soit au bain. Dans cette salle c'était un vacarme effrayant, les cris, les hurlements, se succédaient : les malades n'étaient pas toujours très calmes, el, malgré les chaînes, un infirmier faillit être étranglé un beau jour.
Le D' Bastide, Directeur de la Santé et de l'Hygiène publiques, à Tunis, autrefois médecin de l'hôpital Saint- Louis, ne larda pas à faire disparaître ces instruments de torture et à soigner, dans la mesure du possible, ces malades dans les salles communes.
Ce qui constituait cette chentèle spéciale de l'hôpital,
RAS nous dit-il, c'était surtout des alcooliques déliranis ; quelques paralyliques généraux.
Les malades entraient en observation avec un certificat médical et un rapport de police. Le Consulat de France, avant l'occupation, la Résidence Générale ensuite, payait les frais de séjour. Enfin, certains de ces malades étaient dirigés sur les asiles français, mais cela par les soins de leur famille.
Les aliénés de l'hôpital Saint-Louis étaient pour la plupart Français. Cependant, on hospitalisa, à l'occasion, aux frais de leur consulat, des Italiens et des Anglo-Maltais.
La situation des Européens ne valait donc pas beaucoup mieux que celle des Musulmans : c'était toujours le même et épouvantable système pénitentiaire dans l'internement.
En 1898 fut ouvert l'Hôpital Civil Français de Tunis, destiné à remplacer le vieil et insuffisant hôpital Saint- Louis. Un quartier fut prévu pour les aliénés, nous dirons plus tard dans quelles conditions fort critiquables. Cette création, vieille de dix ans, n'a pas été modifiée et nous verrons dans le chapitre suivant, dans quelle si- Luation déplorable se trouvent les aliénés à l'Hôpital Civil Français.