IV. — ISRAÉLITES
Lé
Une visile à la Hara. — Assistance à domicile.
L'Hôpital Israélite de Tunis recoit quelquefois des aliénés : ils y passent une courte période d'observation, lorsqu'ils sont dans un état aigu, car l'hôpital n'est pas aménagé pour les garder. On nous a raconté qu'il y avait eu des suicides parmi les aliénés ainsi hospitalisés, aussi la direction de l'hôpital les refuse-t-elle presque toujours, quand on les présente.
Les aliénés israélites sont donc en liberté dans leur famille. Mais, cependant, ils ne restent pas sans secours
NDALEES pour cela. Nulle colonie à Tunis n'a poussé, à un plus haut point, l'obligation de la bienfaisance, que la colonie israëlite : un asile de vieillards, un asile de nuit, des cuisines populaires, existent déjà au cœur de la « Hara », ce quartier grouillant de Tunis où s'est concentré le paupérisme juif. Dans ce quartier réservé, par les soims de la Société de Bienfaisance Israélite, quelques secours en argent (50 centimes en moyenne par jour) sont distribués aux malheureux aliénés que gardent leurs familles ou des nourriciers étrangers.
Nous devons, à l'amabilité de M. Maurice Scialom, qui consacre à ces œuvres de bienfaisance la plus grande partie de son temps et de son activité, d'avoir pu, avec le D' Porot, visiter en une Journée une bonne partie des aliénés israéliles assistés à domicile. Une quinzaine d'ahénés pauvres sont ainsi secourus.
Rue Sidi-Melahfi, nous grimpons un petit escalier de pierre, suivis par une bande de femmes et d'enfants que notre groupe à attirés.
Nous voici dans la cour intérieure d'une maison juive, el, en face de l'escalier, campée sur le seuil, relevant le Hnge qui sert de porte, une femme de forte taille commence à parler à notre vue, la voix haute et emportée cest un lorrent de paroles, Cette femme, une aliénée, vaque aux travaux du ménage. Elle est malade depuis huit ou dix ans. Elle est secourue chez sa fille. Elle ne fait pas d'excentricité, elle a seulement de la logorrhée et du délire mégalomaniaque, elle raconte qu'elle vient d'héniler de plusieurs centaines de millions. Quand elle se lâche, qu'elle parle abondamment, ses lèvres sont lé-
gerement evanosées. [Il s'agit très probablement d'un
RE délire systématisé progressif. L'intérieur est propre, c'est lx malade qui s'en occupe ; sa fille la surveille et recoit un secours de la Société de bienfaisance.
Quittant cette maison, nous gagnons un nouvel intérieur, à travers la Hara, ce labyrinthe de ruelles sales et putrides qui semblent percées dans des ruines. De la cour centrale, sombre, humide et sale, nous passons dans une chambre où grouillent des enfants autour de leur mère, celle-ci reçoit un secours pour un aliéné qu'elle à en pension depuis trois ans. En face de la porte un divan sordide et déchiré : à côté, un escalier obscur et aux marches usées. Nous le gravissons : au haut, il y a une sorte d'antichambre éclairée par une petite fenêtre donnant sur les toits. Tout est sale ici : les vitres sont recouvertes d'une épaisse couche de poussière, les dalles, usées, disjointes, montrent des taches ignobles et à côté de la fenêtre 11 y a un grabat immonde sur lequel quelque chose est roulé dans une couverture qui n'a plus de couleur, tant elle est usée. Le grabat, qui sert de lit au malheureux aliéné, est fait de quelques planches et de vieux sacs. Avec quelques paroles on arrive à faire bouger l'homme, qui est plié dans sa couverture : il est malade depuis trois ans, il paraît vieilli précocement, une barbe longue et inculte montre déjà de nombreux fils blancs. Il est vêtu d'habits déguenillés et sales. Il est impossible de lui arracher un mot ; il ne tarde pas à prendre une attitude figée, la tête dans ses mains et à se recoucher dans sa couverture.
Il a perdu père et mère, ses sœurs ont refusé de s'occuper de lui ; il est là chez cette pauvre femme. À côté de ce qui est son ht, il y a un plat et un pol en grès pour