D'UN ASILE MIXTE ET INTERNATIONAL D'ALIÉNÉS
De celte première ligne relèvent les aliénés curables, les psychoses aiguës, autrement dit les aliénés qu'il jault soigner el guérir.
Mais 1l y à la catégorie des aliénés incurables, non dangereux, incapables de subvenir à leurs besoins, qu'il faut assister el recueillir et les dangereux qu'il jaul melre hors d'élal de nuire. Pour ceux-là il faut Fasile, ou l'hospice, dans lequel ils seraient évacués après un stage au service d'observation.
Or, rien n'existe en Tunisie.
Pour les Musulmans, la Tékia est notoirement insuffisante et sans organisation médicale : c'est un mauvais entrepôt.
Pour les Israélites, le secours à domicile, forcément minime, est peut-être une solution économique, mais qui laisse le malheureux dans de bien mauvaises conditions matérielles, en tous cas sans secours médical.
Quant aux Européens, le rapatriement est un procédé barbare et inhumain, dangereux au point de vue moral, comme au point de vue physique : en tous cas, assez
dispendieux.
Une solution s'impose, c'est la fondation en Tunisie, dans le plus bref délai possible, d'un asile pour aliénés. Cet asile ne peut être que mixte et international. Le Gouvernement Tunisien, qui a pris à cœur de réaliser un beau problème d'assistance, doit inscrire cette institution en première ligne.
Cette créalion est amplement justifiée, car la Tunisie représente une population de près de deux millions d'habitants. Or, quelle contrée de France, quel groupe de déparlements, atteignant ce chiffre de population, n'a pas son ou ses asiles ?
Nous avons vu comment les choses se passaient en Egypte : 1.500 lits, répartis entre plusieurs établissements, sont affectés à une population d'environ dix millions d'habitants.
À ce laux, c'est 300 hits qu'il faudrait à la Tunisie. Et, cest à peu près à ce chiffre de ? à 300 lits que l'on arrive d'autre part, en cherchant à lotaliser le nombre présumé des ahénés éparpillés en Tunisie :; nous disons pré-
sumé, car un recensement exact est impossible. On trouverait bien une centaine d'aliénés à recueillir chez les Musulmans (l'hôpital Sadiki en était plein jadis) ; à eux seuls, les [sraélites apporteraient d'emblée un contingent de 30 à 50 malades (nous disait M. Scialom, qui s'est spécialement occupé de celte question chez ses coreligionnaires) ; une vingtaine de Français, au bas mot (puisque le Gouvernement Tunisien entretient déjà 13 malades à Marseille), v aurait leur place marquée : il faudrait obtenir aussi que les [taliens, beaucoup plus nombreux que les Français, dirigent sur un asile local les malheureux qu'ils expédient sur leurs manicômes métropolitains.
Cet asile devrait être aux portes de Tumis, suburbain:; il faut se dire en effet que la grande majorité du ravitaillement de l'asile en malades se fera par la ville même de Tunis, agglomération de 200 à 250.000 habitants, et que les facilités de transport seront réduites.
L'asile serait construit par petits pavillons nécessités par le double coefficient des races et du sexe, système, du reste, reconnu le meilleur aujourd'hui, au point de vue scientifique.
Ïl serait entendu qu'une colonie agricole serait superposée à celle construction, utilisant les malades suscep-
tibles de travailler.
A ce projet d'asile mixte et international, nous ne vovons pas de bien sérieuses objections, si Fon admel du moins le principe que le Gouvernement Tunisien ne peut vivre dans le statu quo, au point de vue de ses aliénés.
Au point de vue budgétaire, les charges seraient ré-
parties entre tous les intéressés ; le Gouvernement Tunisien, l'administration des habous, la caisse de Bienfaisance Israélite, les consulats étrangers (S'ils veulent entrer dans la combinaison) fourniraient un apport de capitaux proportionnel au nombre de hts que chaque race y prendrait, La contribution première du Gouvernement Tunisien serait donc très diminuée. Quant aux frais d'entretien, ils seraient également répartis au prorata du nombre de malades de chaque catégorie.
On objectera peut-être que la construction d'un asile international va entraïner des complications au point de vue matériel, nécessiter des installations différentes, des cuisines différentes, en un mot compliquer les services généraux. Or, il se trouve que le morcellement en petits pavillons complètement indépendants, qui en résultera, est précisément le régime en faveur actuellement dans la construction des asiles : ce sera un asile à compartiments, chaque section nationale avant son cadre au point de vue du personnel et gardant ses coutumes.
La perte légère, qui en résulterait au point de vue matériel, serait largement compensée par le gros intérêt que présenterait cette Juxtaposilion d'éléments divers au point de vue de l'observation scientifique. Un bon administrateur n'a pas le droit de négliger ce point de vue. Toute question d'assistance est à double face : le rendement assistance-el le rendement scientifique. Ces deux rendements sont étroitement conjugués et parallèles, et augmentent toujours l'un avec l'autre.
Au demeurant, l'expérience est faite et nous avons dit plus haut en quel état de prospérité étaient les asiles égypliens, mixtes et internationaux.
PE 2: 1e
Objectera-t-on que l'Algérie n’a pas encore d'asile et que rien ne presse pour la Tunisie ; l'argument ne signifie rien ; la Tunisie doit au contraire s'instruire des erreurs de sa voisine l'Algérie.
En tous cas, qu'on n'attende pas la création d'un asile en Algérie pour y envoyer les aliénés tunisiens ; la Tunisie doit garder son indépendance, si commode à tous points de vue et surtout au point de vue budgétaire.
Si le Gouvernement Tunisien trouvait le nombre des ahénés insuffisant pour justifier une construction d'asile local, 11 pourrait élargir sa conception, faire un hospice d'incurables dont les aliénés ne seraient qu'une section, un établissement dans le genre de Bicêtre ou de la Salpêtrière qui abritent, à côté des infirmes du cerveau, ceux de la moelle, ceux des jointures et même de simples vieillards impotents (1). Toutes les œuvres d'assistance de seconde ligne manquent encore dans ce pays neuf et en plein développement.
Mais, nous tenons pour numériquement suffisante lindication d'un asile d'ahénés en Tunisie.
Cet asile, de 2 à 300 Hits, serait confié à la direction d'un médecin chef, spécialiste, qui aurait deux médecins adjoints : l'un, Français, pour les Européens, lautre, Musulman, pour la section indigène. |
La question doit être étudiée de suite. Nous n'avons qu'esquissé les grandes lignes d'un projet : le moment
est venu d'étudier les choses de près.
(4) C'est ce que demandait tout récemment (mars 1909) le Professeur Gilbert Ballet, en prenant possession de la chaire de Clinique des maladies mentales à l'Asile Sainte-Anne, « Ce qu'il faut faire, disait-il, ce n'est pas détruire Bicêtre et la Salpétrière, c'est en généraliser le type. »
L'Egyple à merveilleusement organisé ses œuvres d'assistance. Celle des aliénés, nous disart M. de Chamberet, est une des mieux venues. Le Gouvernement Tunisien devrailenvoyer quelqu'un de compétent étudier sur place les institutions égyptiennes et s'y documenter au plus grand profit des créations à faire dans la Régence de
Tunis.