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I. Faits rapportés par les adversaires de la consanguinilé

Les auteurs qui, dans ces dernières années, ont défendu l’idée du danger des mariages consanguins, Ont cherché à prouver, soit par des observations particulières recueillies dans plusieurs familles différentes, soit par des relevés statistiques de divers ordres, que les mariages entre proches parents donnaient lieu, chez les descendants, à de nombreuses maladies ou infirmités, et en dernière analyse à l'extinction de la race, et ils se sont surtout efforcés d'établir que ces divers accidents pathologiques étaient infiniment plus fréquents parmi les descendants des unions consanguines que parmi ceux des mariages croisés.

Devay, Chazarain et Boudin sont les auteurs qui ont cité le plus grand nombre de faits isolés et de statistiques générales à l'appui de leur manière de voir.

Surdi-mutité. — La surdi-mulité est la maladie qui a le plus attiré leur attention, et qui leur à paru la plus propre à démontrer l’influence de la consanguinité des parents sur les enfants. Devay avait déjà beaucoup insisté sur ce fait bien curieux. Chazarain, qui avait été professeur à l'institution des sourds-muets de Bordeaux, avant

de passer sa thèse à Montpellier, a rapporté dix-huit observations de sourds-muets, dont les parents étaient consanguins à divers degrés, et il est arrivé à cette conclusion statistique que, dans l'institution des sourds-muets de Bordeaux, la proportion des sourds-muets de naissance, issus de parents consanguins, par rapport à ceux issus de mariages croisés, était de 30 pour 100, proportion énorme si on la compare à celle des mariages croisés et des mariages COnsanguins sur la totalité de la population de la France.

Boudin à repris sur une plus vaste échelle ces recherches Statistiques relatives à l'influence de la Consanguinité sur la surdimutité, et voici en résumé les principaux résultats auxquels ces études l’ont amené. Boudin a examiné les dossiers de 93 sourdsmuets de naissance de l'institution de Paris, et il est arrivé à se convaincre qu'il ÿ avait 19 sourds-muets d’origine Consanguine sur 67 sourds-muets de naissance, ce qui donne une proportion de 28 pour 100. Or, en comparant ce résultat obtenu chez les sourds-muets à la statistique générale des mariages consanguins en Europe, par rapport à l’ensemble des mariages (que Boudin résume en disant qu'il existe environ 2 mariages consanguins pour 100 mariages de tous genres), cet auteur à été conduit à cette conséquence définitive que les sourds-muets d’origine consanguine sont douze ou quinze fois plus nombreux qu'ils ne le seraient si la surdi-mutité était répartie: également entre les mariages consanguins et les mariages croisés. Il

faut encore ajouter à ce fait important que plusieurs sourds-muets.

ont des frères ou des sœurs sourds-muets, ce qui double presque la proportion, et que celle-ci serait encore plus forte, si, au lieu de ne tenir compte que des pères et mères, on remontait la série des ascendants.

Boudin ne s’est pas borné à cette statistique toute personnelle : il l’a comparée à celle de Chazarain, à Bordeaux, qui a signalé une proportion de 30 sourds-muets d’origine consanguine sur 400, et à celle de Perrin, de Lyon, qui note une proportion du quart, c’esta-dire de 25 pour 100, et il y a ajouté le chiffre de 21 pour 400, indiqué par Piroux, à Nancy, et celui de 29 pour 100 qui résulte des recherches de M. Brochard, à Nogent-le-Rotrou. On voit donc que tous ces résultats, recueillis isolément par des auteurs différents, sont en somme assez ConCordants et démontrent tous la proportion

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considérable de sourds-muets issus de parents consanguins comparativement à ceux qui n’ont pas la même origine. Boudin ne s’est pas contenté de rechercher ainsi, sous une forme générale, par la méthode numérique, l'influence des unions consanguines sur la surdimutité ; il a voulu déterminer en outre si le degré de la consanguinité n’exerçait pas une action supplémentaire. Or, il résulte d'un second tableau publié par lui, qu’en représentant par 1 le danger de produire un sourd-muet dans un mariage croisé, ce danger s ‘élève à 48 pour les mariages entre cousins germains, à 37 pour les mariages entre oncles et nièces, à 70 pour les mariages entre neveux et tantes. Boudin a complété cette étude statistique sur la surdi-mutité due à l’action des alliances consanguines, par des renseignements puisés à diverses sources.

Une enquête a eu lieu en Amérique sur les infirmités causées par les unions entre proches parents. M. Morris (1), dans un tableau général où il résume les résultats de 883 unions consanguines ayant donné naissance à 4,013 enfants, trouve une proportion moyenne de 61 enfants mal constitués sur 400 enfants ; et tandis que la proportion était de 40 pour 400 pour les mariages entre cousins au troisième degré, elle était de 67 pour 100 pour les mariages entre cousins germains, de 84 pour 400 pour les mariages entre oncles ou neveux avec nièces ou tantes, et de 96 pour 100 pour les unions incestueuses. Boudin s'appuie encore sur des recherches faites à Berlin, par Liebreich (2), sur la surdi-mutité parmi les juifs. Tout le monde sait en effet que, dans la population juive, à raison de son petit nombre et de la tolérance plus grande de la loi mosaïque, les mariages consanguins sont beaucoup plus fréquents que dans la population chrétienne. Or, sur un total de 341 sourds-muets présents à l'institution de Berlin, il s’est trouvé 42 juifs, c’est-à-dire que la proportion des sourds-muets, qui n’était que de 6 sur 40,000 habitants chrétiens, s'élevait à 27 sur 40,000 juifs. M. Boudin ajoute qu'à l'institution des sourds-muets de Paris il a constaté la présence de 8 juifs sur un personnel d'environ 200 sourds-muets, tandis que, d’après la proportion générale des juifs en France, le contingent

(1) Morris, North american med. and chir, Review, janv. 1857, p. 97. (2) Liebreich, Deutsche Klinile, numéro du 9 février 1861.

juif parmi les sourds-muets aurait dû être réduit à un demi-juif au lieu de 5. Mais Dally à fait remarquer avec raison que cette statistique, qui ne porte que sur 3 juifs, est tout à fait insuffisante Jour que l’on puisse en tirer une conclusion quelconque. Boudin joute que, d’après la statistique de M. Hubertz {1}, on comptait, en Danemark, en 1847, 3,34 aliénés ou idiots sur 4,000 catholiques, et ),8) sur 1,000 juifs.

En Angleterre, selon le D' Elliotson (2), les juifs des classes riches nt la mauvaise habitude de se marier entre cousins germains : aussi e voit-on nulle part ailleurs autant de louches, de bègues, d origiaux, d’idiots et de fous à divers degrés. SP:

Le D° Pruner Bey à communiqué à Boudin des chiffres qui prouent que la surdi-mutité est commune parmi les juifs du Caire.

Enfin, Boudin termine ces documents statistiques par une derière remarque relative à la fréquence beaucoup plus grande de la urdi-mutité parmi les nègres que parmi les blancs, en Amérique.

L’esclavage des nègres entraine à sa suite, dit-il, la démoralisation e la race, la promiscuité des sexes, les unions consanguines fréuentes, et même l'inceste. »

Il est difficile sans doute de préciser l'influence de toutes ces causes éunies et de chacune d'elles en particulier sur la production de Ia urdi-mutité, mais le tableau de Ramon de la Sagra, indiquant la épartition des sourds-muets dans plusieurs provinces des Étatsnis entre la race blanche et la race nègre, prouve que la proportion es sourds-muets est 97 fois plus forte chez les nègres que chez les lancs. « C’est là, continue Boudin, un fait extrêmement curieux t qui doit être attribué en très grande partie à l’action de la consanuinité. » Chazarain avait déjà fait la même remarque.

À cette preuve tirée de l’extrême fréquence de la surdi-mutité hez les esclaves nègres de l’Amérique, Boudin joint une nouvelle reuve tirée du fait inverse, c’est-à-dire de l’extrême rareté des Jurds-muets dans le Céleste Empire ; or l’on sait qu’en Chine, non ‘ulement les unions consanguines sont absolument interdites, mais le ariage n’est jamais permis entre personnes qui portent le même nom.

1) Hubertz, Annales médico-psychol., t. V, 3 série, p. 19 ; 1853. 2) Elliotson, Human Physiology, p. 1098.

Les auteurs qui ont voulu démontrer le danger des alliances consanguines n’ont pas borné leurs études à la surdi-mutité. [ls ont cherché à prouver que ces alliances étaient fécondes en conséquences funestes, non seulement pour les descendants immédiats, mais pour : les générations successives, et que ces conséquences funestes, qui se produisent souvent dès la première génération, augmentent notablement d'intensité et de fréquence si les mariages consanguins se répètent successivement pendant plusieurs générations.

Stérilité. — Devay (1) dit: « Dans les alliances consanguines l’observation prouve, ou qu’elles sont stériles, ou qu'elles frappent les, rejetons dans leur structure ou dans leur santé. » Les faits recueillis : par Devay sont presque tous relatifs à des alliances consanguines non! répétées dans la même famille. Ce sont des écarts qui ont succédé à une seule génération. Devay n’est donc nullement disposé à partager la sécurité des personnes qui ne voient pas de danger dans un mariage consanguin qui reste solitaire. Tout ce qu’on peut dire, ajoute-til, « c'est que, dans le premier cas, il y a des exceptions, c’est-à-dire des individus qui restent indemnes, tandis que, dans le: dernier cas, la famille est contaminée dans son essence ». Aussi! Devay partage-t-il complètement l'opinion de Rilliet (de Genève) (2), lorsqu'il dit que « si l’mfluence de la consanguinité épargne la pre-. mière génération, il est à craindre qu'elle ne se fasse sentir sur les: suivantes et que le résultat définitif de ces alliances ne soit l’anéanüssement de la famille ».

Maladies et infirmités. — Les partisans des dangers des unions: consanguines ont attribué à cette cause la production des maladies et! des infirmités les plus diverses. Voici comment s'exprime à cet égard! Chazarain : « Les mariages consanguins compromettent l'espèce: humaine par la stérilité chez les parents, et par les infirmités et les: maladies qui peuvent atteindre les enfants lorsque ces unions sont] fécondes. Lorsqu'ils se répètent pendant plusieurs générations, ils: produisent une dégénérescence physique, morale et intellectuelle, et finalement l'extinction de la famille. » C’est exactement, et! presque dans les mêmes termes, ce qu'avait déjà proclamé deux ans:

(1) Devay, Du danger des mariages consanguins sous le rapport sanitaire, p. 91. (2) Rilliet, Note sur l'influence de la consanguinité sur les produits du mariage. (Journal de chimie, de médecine et de pharmacie, 20 juin 1856.)

auparavant, en 1857 (1), le D' Morel (de Saint-Yon), non seulement à propos de la consanguinité, mais à l'occasion de plusieurs autres circonstances étiologiques, auxquelles il attribue la même influence désastreuse sur la dégénérescence physique et morale de l'espèce humaine.

Nous ne pouvons indiquer ici, avec les développements suffisants, les maladies et les infirmités variées rapportées par les auteurs dont nous parlons à l’action fatale de la consanguinité. Il nous suffira de signaler brièvement quelques-unes des plus importantes.

Aliénation mentale, Idiotisme, Epilepsie. — Et d'abord, on à fréquemment attribué à l’action de cette cause l’aliénation mentale, Vidiotisme et l’épilepsie. Devay, Chazarain, Boudin, Chipault, etc., ont cité des exemples à l'appui de cette assertion, et le D' Morel a plusieurs fois insisté sur ce sujet.

Il est regrettable que les médecins aliénistes n’aient pas jusqu'à présent suffisamment appesanti leur attention sur l'influence que peut exercer la consanguinité des parents sur la production des diverses formes de l’aliénation mentale, de l’épilepsie et de l’idiotisme chez leurs descendants, surtout lorsque cette influence a été accumulée dans les familles pendant plusieurs générations successives. Le D° Morel, plus que tout autre, a cité de nombreux exemples à l'appui de cette pensée, et il a commencé à poser les premiers jalons pour l'étude des lois qui régissent la dégradation successive des races maladives, comme conséquence fatale des affections nerveuses ou des conditions fâcheuses de la santé qui ont existé chez les ascendants ; mais, quoiqu'il se prononce, avec les auteurs précédemment cités, en faveur de l'action nuisible de la consanguinité des parents comme cause de l’épilepsie, de l’aliénation mentale et de l'idiotisme chez les descendants, il est cependant difficile, dans ses belles re-

cherches entreprises à un point de vue tout à fait général, de faire exactement la part qui revient plus spécialement à Ja consanguinilé et celle qui appartient aux influences héréditaires en général.

Esquirol, Ellis, Spurzheim, Stark, et plusieurs autres auteurs, ont signalé la consanguinité des parents comme Cause fréquente de folie

(1) B.-A. Morel, Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, et des causes qui produisent ces variétés maladives. Paris,

et d’idiotisme chez les grands seigneurs de France et d'Angleterre, qui se marient entre eux, et chez les catholiques irlandais ou les protestants d'Angleterre et d'Écosse qui sont dans le même cas.

Une statistique faite aux États-Unis, et qui est résumée par le D' Bemiss (4), a donné les résultats suivants :

« Le D' Bemiss à pu arriver avec beaucoup de peine à obtenir des; renseignements statistiques sur 34 mariages consanguins. Sur les : 192 enfants qui sont résultés de ces mariages, 58 sont morts en bas âge. Parmi les 1434 enfants qui sont arrivés à l’âge adulte, 46 sont considérés comme en bonne santé, 32 sont signalés comme ayant une santé altérée, mais sans indication exacte sur la nature de cette alté- : ration. Les 47 qui restent ont tous une infirmité quelconque: 23 sont scrofuleux, 4 épileptiques, 2 aliénés, 2 muets, 4 idiots, 2 aveugles, 9 diflormes, 5 albinos, 6 ont une vision défectueuse et 1 est atteint] de chorée.

A cette statistique personnelle, le D' Bemiss en ajoute une autre empruntée au rapport du D’ Howe sur l'idiotisme : « Le D’ Howe (2) a observé 47 mariages entre proches parents qui ont donné naissance à 95 enfants parmi lesquels quarante-quatre étaient idiots, 42 scrofuleux et de faible constitution, À sourd, 4 nain et 37 seulement d'une santé supportable. Dans quelques cas, tous les enfants étaient idiots ou scrofuleux, ou très faibles de constitution. Dans une seule famille, sur 8 enfants il y avait 5 idiots. »

Nous ne pouvons insister plus longuement ici sur ce sujet spécial, c’est-à-dire sur les cas d’idiotisme, d’aliénation mentale, ou d’épilepsie qui peuvent être légitimement attribués à l'influence de la consanguinité chez les parents, et nous nous bornons à signaler en terminant, à l'attention des médecins spécialistes, cet objet d’études. jusqu'ici beaucoup trop négligé.

Monstruosités et anomalies. — Indépendamment de la stérilité fréquente des mariages consanguins et de la mort prématurée des enfants résultant de ces unions quand elles sont fécondes ,on à

(1) S.-M. Bemiss, of Louisville, On Marriages of consanguinity. (Journal 0} psychological medicine and mental pathology, by Forbes Winslow, p. 868 et suiv.| avril 1857.)

(2) S.-G. Howe, Report made to the legislature of the Massachusetts upon idioey| chairman of the state commission, p. 90. Boston, 1848.

encore noté, comme conséquence ficheuse et souvent constatée de

ces alliances, des monstruosités ou des anomalies variées d’organisation qui surviennent chez les descendants. M. Devay, surtout, à recueilli d'assez nombreux exemples d'anomalies de ce genre, qu'il a

cru pouvoir rapporter à l’action de la Cconsanguinité. « De toutes les.

déviations organiques, dit-il, la plus fréquemment observée à la suite d’alliances consanguines est Ia polydactylie. Dans une famille composée de 3 enfants, et dont le père et la mère étaient parents au quatrième degré, 2 de ces enfants présentaient des doigts surnuméraires. Sur 1424 cas d’alliances consanguines, nous avons rencontré 17 fois cette anomalie, et 43 fois aux deux mains. Le phénomène

contraire, c'està-dire l'absence d’un doigt (ectodactyle), est plus

rare ; nous l'avons observé 2 fois à la main (absence du petit doigt). Devay rapporte en outre un exemple très curieux qu'il emprunte au D° Potton. Il s’agit d'une sorte d’endémie de sexdigitisme produite chez un grand nombre d'habitants d’un petit village du département de l'Isère, par suite des mariages entre proches parents ; mais ce qu'il y à de plus étonnant dans cette observation, c’est que ce doigt supplémentaire, qui existait pour ainsi dire endémiquement dans cette commune, à disparu progressivement de génération en génération par l'effet du croisement avec d’autres populations, à mesure que les moyens de communication sont devenus plus nombreux et plus faciles. » Devay a, de plus, constaté fréquemment, chez les individus issus de mariages consanguins, le bec-de-lièvre, le spina bifida, les pieds bots, l’arrêt de la dentition, et même de véritables monstrwosités, telles que des hémitéries ou des fœtus aneucéphales.

Maladies des yeux.— Pour terminer l'énumération bien incomplète des principales affections que l’on a attribuées à l'influence de la Consanguinité, nous devons encore citer les maladies des veux.

Le D’ Liebreich, de Berlin, a publié (1) le résultat de ses recherches statistiques sur les rapports de la rétinite pigmentaire avec les mariages consanguins. Selon lui, la moitié des individus atteints de cette affection, du reste fort rare, provient de ces sortes d’alliances.

Liebreich a complété cette observation générale en faisant des

études comparatives sur l'existence de la rétinite pigmentaire chez

(1) Liebreich, Archives générales de méclecine, février 1862.

de.

Nr -

les sourds-muets et chez les juifs de Paris et de Berlin, et il est arrivé ainsi à se convaincre que cette affection était relativement plus fréquente chez les sourds-muets et chez les juifs que dans toute autre condition, ce qui est devenu pour lui une confirmation indirecte de ; son opinion première, qui rattachait la production de cette maladie 18 l'influence de la consanguinité. | Albinisme. — L'albinisme est une affection qui parait due aussi très fréquemment à cette même influence. Devay et Boudin en ont cité des preuves assez convaincantes. Voici comment s'exprime Devay : « L'homme offre des exemples assez fréquents d’albinisme, et cette altération se rencontre surtout chez les peuplades peu nombreuses et à demi sauvages, où les unions entre parents sont fréquentes. On l’observe également dans les pays civilisés dans les mêmes conditions. » Boudin (1) rapporte le fait suivant : « Une dame a épousé son cousin germain et a eu quatre enfants :" les deux premiers jumeaux, et tous deux albinos, n’ont vécu que quarante-huit heures; le troisième, également albinos, à vécu un an ù le quatrième seul est exempt d’albinisme, et sa santé ne laisse rien à désirer. » Le Dr Bemiss (Louisville, Etats-Unis), ainsi que nous l'avons dit précédemment, cite cinq albinos parmi les enfants issus de vingt-sept mariages consanguins féconds. Cette observation, faite chez l'homme, se trouve du reste confirmée par un assez grand nombre d'observations analogues faites chez les animaux. Voici ce que dit à cet égard M. Ch. Aubé (2) : « Lorsque les animaux sont obligés de s'unir entre parents, il en résulte toujours pour les produits des altérations plus ou moins profondes; mais ce qui est digne de fixer notre attention, c’est la tendance bien marquée à la dégénérescence albine qu’on observe dans ce cas, surtout chez les animaux à sang chaud. J'ai vu beaucoup de ces sujets albins, ef {ous provenaient d'unions successives entre proches parents. Fai même produit à volonté des albinos, et cela à la quatrième ou cinquième génération, » chez le lapin domestique. » + Nous avons exposé les faits principaux rapportés par les auteurs

(1) Boudin, Dangers des unions consanguines et des croisements dans l'espèce humaine et parmi les animaux, p. #4.

(2) Aubé, Note sur les inconvénients qui peuvent résulter du défaut de eroisement dans la propagation des espèces animales. (Soc. d'acclimatation, 6 fév. 1857.)

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qui croient aux dangers des unions consanguines, en faveur de leur manière de voir. Il nous reste à faire connaître les arguments mis en avant par les adversaires de cette opinion, qui soutiennent au . contraire l’innocuité des mariages consanguins, ou du moins la non- 4 influence de la consanguinité dans la production des infirmités qui peuvent survenir à la suite de ces alliances.

IL. Faits rapportés par les partisans de l'innocuité de la consanguinité.

Les auteurs qui ont combattu la doctrine du danger des unions consanguines dans l'espèce humaine et chez les animaux ont surtout fait œuvre de critique et ils ont discuté la valeur des faits et des arguments publiés par leurs adversaires ; mais ils ont aussi produit quelques observations particulières à l'appui de leur manière de voir.

- Pour exposer clairement leurs motifs et leurs preuves, il faut donc

. examiner successivement les objections qu'ils ont adressées à leurs

D Pairadiaieurs et les faits positifs qu'ils ont eux-mêmes apportés en faveur de leur opinion.

Le Dr Dallÿ (1) a surtout contesté la valeur des observations particulières et des statistiques publiées par Devay, Boudin, Chipault, etc. Il s’est livré à cet égard à un travail critique des plus minutieux, auquel Boudin a répondu depuis (2), et s’il n’a pas détruit complètement, comme il en avait la pensée, les arguments principaux de ses contradicteurs, ila du moins contribué à faire ressortir, sous plusieurs rapports, l'insuffisance et le caractère incomplet de leurs preuves. Il a d’abord examiné les faits individuels rAPportés par Devay et Boudin. Il a cherché à prouver que ces observations ne présentaient pas toutes le degré d'authenticité désirable ; qu’elles n’oftraient pas toujours des caractères vraiment scientifiques ; qu’elles manquaient souvent des détails indispensables pour

en contrôler l'exactitude. IL à soutenu, de plus, que des faits isolés, même en assez grand nombre, ne pouvaient rien prouver quant aux dangers des unions Consanguines, attendu qu'il était possible de leur opposer des faits contraires, et aussi nombreux, favorables à ces

(1) Dally, Des dangers attribués aux mariages consanquins. (Gaz. heb., juillet 1862, et Bulletins d? la Société d'anthropologie, t. IV, p. 515.) (2) Voir Bulletins de la Société d'anthropologie, 1863, t. IV, p. 662.

FALRET. Aliénés et Asiles d’aliénés. 24

970 LA CONSANGUINITÉ à

unions ; que les faits négatifs avaient même, sous ce rapport, plus de valeur que les faits positifs, en démontrant que les alliances consangaines étaient loin de produire toujours les nombreuses infirmités qu’on leur attribue; enfin, il a surtout insisté sur Ce point que ce qui importait pour la solution de la question posée, ce n'était pas la constatation d’infirmités variées chez les descendants des alliances consanguines, mais la démonstration qu'elles ÿ étaient réellement plus fréquentes que dans les autres mariages. La solution du problème réside en effet, comme le dit très bien Dally, dans la comparaison des faits favorables et défavorables, dans leur proportion relative, et non dans la simple constatation de faits isolés et contradictoires. Aussi Boudin et les autres auteurs qui ont défendu l'opinion du danger des mariages entre proches parents ont-ils proclamé que la statistique, ou la méthode numérique, était le meilleur et peut-être le seul moyen de résoudre cette question difficile ; et ils ont commencé à entrer dans cette voie en publiant des statistiques, incomplètes, sans doute, mais déjà utiles et intéressantes, et, principalement relatives à la surdi-mutité. ir .

Dally à reconnu lui-même que la méthode statistique employée par Boudin était excellente, la seule même qui püt conduire à des résultats vraiment scientifiques ; mais il s’est alors attaqué aux divers éléments qui ont servi de base à la statistique de Boudin, et il faut avouer que, s’il n’est pas parvenu à renverser cette statistique de fond en comble, comme il a prétendu, ïl en à du moins singulièrement ébranlé les fondements, et il a démontré le peu de solidité de certaines de ses parties. Nous ne pouvons suivre ici, dans tous ses détails, la discussion critique que Dally a entreprise des travaux statistiques de Boudin sur la surdi-mutité ; nous nous bornerons à renvoyer les lecteurs qui voudraient approfondir cette étude, à la lecture de son mémoire et à la réponse de Boudin.

Disons seulement, en résumé, que Dally a d’abord contesté à Boudin le chiffre comparatif des mariages consanguins et non consanguins en France, chiffre qui sert de base à l’appréciation du nombre proportionnel des sourd-muets d’origine consanguine. La statistique générale de la France, comme celle des autres pays, laisse en effet beaucoup à désirer sous ce rapport. IL paraît certain: que, dans un grand nombre de communes, il n’existe aucun rensei-

e: LA CONSANGUINITÉ 371 gnement sérieux qui permette de connaître le nombre exact des mariages Consanguins par rapport aux autres mariages. Aussi une circulaire du ministre de l’agriculture et du commerce, en date du 24 novembre 1863, prescrit-elle aux préfets d’ordonner à l'avenir aux maires d’interpeller directement les futurs époux, au moment du mariage, pour savoir s'ils sont ou non parents, au degré de cousin germain et même de cousin issu de germain. Tant que cette statistique officielle des mariages consanguins et non consanguins en

France n’existera pas, on pourra avec raison, comme le dit Dally, . contester la moyenne de deux mariages Consanguins sur cent, admise

+ À Le

en

par Boudin comme terme de comparaison, et croire qu’elle est audessous de la réalité ; par conséquent, la base principale manquera pour apprécier la proportion relative plus ou moins grande des infir-

ités dans les mariages consanguins que dans les autres. Mais, tout

Après avoir contesté le chiffre des mariages consanguins en France

Lr

qui sert de base à la statistique de Boudin sur les sourds-muets, “D a peine de revoir tous les dossiers des pension- À | des sourds-muets de Paris, dans le but de

Dally s’est donn naires de l’instit

contrôler l'une apr s l’autre toutes ses assertions, et il a cherché à modifier successivement tous les chiffres admis par Boudin comme

éléments de sa statistique. Boudin, dit-il, au lieu de faire reposer

ses Calculs sur la totalité des élèves de l'institution, s’est borné à tenir compte de 95 dossiers; mais à cette objection, Boudin a répondu, avec raison, que, voulant étudier une question relative aux infirmités natives, il avait dû commencer par éliminer de sa statis-

tique tous les cas de surdi-mutité accidentelle, pour ne tenir compte que des sourds-muets de naissance. Dally, poursuivant sa critique de détail, a ainsi attaqué, avec plus ou moins de succès, chacun des chiffres posés par Boudin, et il est arrivé à conclure que cette statistique était composée d'éléments inexacts ou erronés. Nous n’allons pas si loin, pour notre part. Tout en admettant la vérité de certaines critiques secondaires adressées par Dally à Boudin, nous pensons que sa statistique est incomplète sans doute, quelquefois hasardée, mais non erronée dans ses principaux éléments, et que, si elle laisse à désirer sous plusieurs rapports, si elle exige la confirmation de nouvelles recherches plus complètes, elle aura du moins contribué à rendre très probable la proportion plus considérable des sourds-muets parmi les descendants des unions consanguines que parmi ceux des autres mariages.

Passons maintenant aux observations directes présentées par les partisans de l'innocuité des unions consanguines. :

Bourgeois (1), Périer (2), Lagneau (3), Séguin aîné (4), Dally 5).etc., ont rapporté des faits isolés ou collectifs tendant à démontrer que les mariages consanguins, même entre très proches parents et continués successivement pendant plusieurs générations, pouvaient donner lieu à de nombreux produits, qui n’offraient aucune des maladies ou infirmités attribuées par Devay, Chazarain, Boudin, Chipault, etc., à l'influence de la consanguinité. Les faits assez nombreux relatés par ces divers auteurs peuvent être classés en trois catégories.

Les premiers sont des faits isolés et individuels, observés pendant une seule génération et chez les enfants d’un seul mariage. Dally dit en avoir recueilli pour sa part une trentaine; mais il avoue qu'ils ne peuvent rien prouver, pas plus que les faits également individuels rapportés par les partisans de l'opinion opposée ne peuvent démontrer le danger de ces alliances. En effet, comme nous l'avons déjà dit, la question en litige est une question de rapport, ou de fréquence relative entre le nombre des infirmités observées chez les

(1) Bourgeois, thèse de Paris, 1859.

) Périer, Bulletins de lu Société d'anthropologie, t. T, p. 146. ) Lagneau, ibid., t. III, p. 177.

(4) Séguin, Académie des sciences (3 août 1863). (5)

LA CONSANGUINITÉ sr

descendants des alliances consanguines et chez ceux des autres mariages. Or, constater par des faits isolés que, dans un certain nombre de cas, les unions consanguines n'ont été suivies d'aucune des infirmités que certains auteurs leur attribuent, ce n’est prouver qu'une chose, à savoir : que l’action fâcheuse de la consanguinité, si elle existe, n’est ni constante ni fatale; mais aucun des partisans de ses dangers n’a jamais prétendu qu'il en fût autrement ; sans cela la question serait trop facilement résolue. Ne pourrait-on pas en dire autant de l'hérédité elle-même, dont l’action est loin également d’être constante ou fatale, et dont personne pourtant ne paraît disposé à contester l'influence ?

La seconde catégorie des faits rapportés par les partisans des unions consanguines est plus importante. Elle est relative à des exemples d’innocuité des mariages consanguins observés pendant plusieurs générations dans une même famille. Alfred Bourgeois à présenté l’histoire détaillée de sa propre famille, dans laquelle soixante-huit unions, toutes surchargées de consanguinité, ont donné d’excellents résultats (1). Séguin aîné a appuyé les conclusions d'Alfred Bourgeois devant l'Académie des sciences et il a donné l’histoire de dix unions consanguines entre sa famille et celle des Montgolfier sans qu'aucun enfant infirme ou difforme se soit montré. M. Lagneau (2) à cité également l'exemple des familles P... et N.., « dont les membres, après s’être unis huit fois entre eux dans l’espace de 87 ans, de 1694 à 1781, ont encore de vigoureux descendants dans le pays.» Enfin un élève distingué des hôpitaux de Paris, M. B..., a communiqué à Dally (3) un cas analogue tiré de sa propre famille. « Il résulte, dit-il, des renseignements qui m'ont été transmis par ma famille que, depuis environ 150 ans, à partir du bisaïeul de mon père, cinq générations se sont mariées entre consanguins ; le degré de parenté n’est jamais descendu au delà de cousins germains, Sinon dans deux cas où des filles de cousins germains ont élé épousées par des oncles. Ces cinq générations ont contracté un certain nombre de mariages que Je ne puis préciser et dans lesquels le nombre des enfants a été de 3 à 4. Le nombre des

(1) Voir Bulletins de la Société d'anthropologie, t. J, p. 158. (2) Lagneau, ibid., 1863, t. IX, bad, (3) Dally, loc. eit., p. 51.

rejetons, tant directs que collatéraux, à été de 120 à 140. I ne s’est rencontré aucun sourd-muet, aucun idiot, etc. Deux femmes seulement sont mortes phtisiques, l’une sans cause accidentelle appréciable, l’autre à la suite d’un refroidissement ; une seule a été atteinte de démence sénile à l'âge de 68 ans, trois ans avant sa mort. Aucune diathèse, si ce n’est la diathèse rhumatismale, propre seulement à quelques individus. J'ajoute que le nombre des rejetons est d'autant plus surprenant qu’un grand nombre d’entre eux se sont voués soit au célibat, soit aux professions religieuses. »

Ces observations ont certainement plus de valeur que celles qui sont bornées à une seule génération; elles prouvent l’innocuité, dans certaines circonstances, de la consanguinité, même accumulée pendant de longues années dans une seule famille; mais, iei encore, on peut reproduire la réflexion que nous faisions tout à l'heure, à savoir: que ces observations ne pourraient avoir une importance réelle que si elles étaient répétées un grand nombre de fois dans beaucoup de familles, et si les exemples d’innocuité des mariages consanguins étaient plus nombreux que ceux des infirmités variées consécutives à ces unions.

La troisième catégorie des faits relatés par les partisans des alliances consanguines comprend des faits favorables observés simultanément chez un certain nombre de familles, vivant depuis des siècles dans une localité tout à fait isolée et se mariant entre elles.

Parmi ces localités, dont on pourrait évidemment multiplier le nombre, Dally a cité le village de Pauillac (Gironde), sur lequel le D’ Ferrier lui a écrit les lignes suivantes : « Pauillac compte dixsept cents habitants ; la plupart sont des marins robustes vigoureux et bien constitués ; les femmes sont renommées par leur beauté et par la fraicheur de leur teint. Il n’y à peut-être pas de localité en France où les mariages consanguins soient plus fréquents, et où les cas d’exemption militaire soient plus rares. »

Dally ajoute à cet exemple celui de plusieurs autres petits villages maritimes du littoral de Ia France, dont les habitants se marient tous entre eux et n ont presque aucun rapport avec les populations agricoles du voisinage : « Tel est surtout, dit-il, le Portel, près de Boulogne, bourg composé de quelques centaines d'individus, qui

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sont tous unis entre eux par des liens de parenté et qui ne s'allient jamais à ceux qu'ils désignent sous le nom de bergers. »

M. Lagneau rapporte un exemple analogue (1), et le D° Révillout en a cité de semblables au congrès de Lyon (2).

Enfin, M. le D' A. Voisin, qui avait déjà communiqué à M. Lagneau (3) et à Dally (4) des renseignements sur le village de Batz (Loire-Inférieure), a lu à l'Académie de médecine et à l’Académie des sciences une note détaillée, de laquelle il résulte que les

habitants de ce bourg, qui depuis de longues années se mariaient

toujours entre eux, sur une population composée d’une dizaine de familles seulement, ne présentent cependant aucune des infirmités attribuées à l'influence de la consanguinité (5).

Ces exemples, observés simultanément dans plusieurs familles et pendant de nombreuses générations, sont évidemment les plus probants en faveur de l’innocuité des mariages consanguins dans certaines conditions déterminées. Nous reviendrons plus tard sur le degré d'importance qu'il convient de leur accorder, relativement à la solution générale du problème qui nous occupe.

$ 2. — Preuves tirées de l'observation des animaux.

sanguines dans l’espèce humaine ont principalement invoqué des preuves basées sur les avantages des accouplements consanguins chez les animaux, et ils ont surtout cherché des arguments dans les témoignages favorables fournis à cet égard par un certain nombre de vétérinaires, d’agronomes, d’éleveurs et de zootechniciens. IL est certain, en eflet, que, principalement en Angleterre, lart de l’éleveur est arrivé, sous ce rapport, à un haut degré de perfectionnement. On est parvenu à créer chez les chevaux, les bœufs, les moutons, les chiens et d’autres animaux domestiques, des variétés de races nouvelles, à l’aide du croisement entre des individus très rapprochés les uns des autres par des liens de parenté, par exemple

4 La [2 . re 0 . "2 e À Les médecins qui ont voulu démontrer l’innocuité des unions con-

(1) Lagneau, Bulletins de la Société d'anthropologie, 1863, t. IX, p. 179.

(2) Révillout, Congrès de médeeine de Lyon. Lyon, 1864.

(3) Lagneau, loc. cit., p. 178.

(4) Dally, Bulletins de la Société d'anthropologie, 1863, t. IV, p. 564.

(5) Aug. Vaisin, Etudes sur les mariages encore consanguinés dans la commune de Batz. (Ann. d'hyg., 1865, t. XXII, p. 260.)

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entre le père et la fille, la mère et le fils, le frère et la sœur, etc. Ce mode de propagation des animaux domestiques, qui a reçu le nom de breeding in and in, a contribué puissamment à former des variétés de races très estimées, et qui rendent les plus grands services à l’espèce humaine, soit comme animaux de luxe, soit comme animaux propres à l'alimentation. C’est ainsi que l'on est arrivé à créer la race du cheval anglais pur sang, du bœuf Durham et du mouton Dishley. |

M. André Sanson, entre autres (1), a beaucoup insisté sur les avantages nombreux qui sont résultés pour la plupart des animaux domestiques de ce mode de croisement effectué avec intention entre les individus les plus rapprochés par les liens de parenté. IL à pour résultat d'augmenter de génération en génération les qualités précieuses des ascendants, qui se perpétuent ainsi d’une manière de plus en plus certaine chez les descendants, sans produire aucun des inconvénients redoutés chez l’homme par les adversaires des unions consanguines. Appliquant à l'espèce humaine ces observa-. tions déduites de l'étude des accouplements consanguins chez les animaux, M. André Sanson est arrivé à cette conclusion définitive, posée par lui comme une loi, et qui résume parfaitement sa manière de voir : La consanguinité élève l'hérédité à sa plus haute puis-. sance; elle est favorable si les producteurs sont bons, nuisible, au contraire, s'ils sont entachés de vices héréditaires, qui se transmettent à leurs descendants avec d'autant plus de certitude que les parents sont eux-mêmes plus rapprochés par les liens du sang.

Cette conclusion, si nettement formulée, est acceptée par un certain nombre de vétérinaires, d’éleveurs, d’agronomes et de zootechniciens ; mais ce serait une erreur de croire qu'elle est admise par tous sans exception, même en ce qui concerne les animaux. Devay, Boudin, Chipault et d’autres auteurs, ont cité beaucoup de textes, desquels il résulte clairement qu’un nombre assez considérable de naturalistes et d’agronomes se sont élevés contre une proposition aussi absolue, et ont fait ressortir les nombreux inconvénients qui peuvent se produire, même chez les animaux, par

(1) A. Sanson, Principes gén. de zootechnie, 1862. — Note sur les unions consanquines chez les animaux domestiques. (Bulletin, t. III, p. 254.)

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suite de ces accouplements consanguins fréquemment renouvelés.

Nous nous bornerons à mentionner ici Gourdon (1), Godron (2), Richarddu Cantal (3), Darwin (4), Ch. Aubé (5),Magne d’Alfort (6), etc.

Voici comment s'exprime à cet égard Gourdon :

« En résumé, la consanguinité n’est nullement, ainsi qu'on l'avance par une interprétation forcée de ce qui se passe chez les animaux domestiques, une pratique favorable en elle-même, ou tout au moins sans danger. Loin de là. Elle est, pour toutes les espèces, une cause d'abâtardissement et de déchéance. I est quelquefois utile d’y recourir comme à un mal nécessaire que l’on subit en vue d’un intérêt supérieur; mais cela n’atténue en rien ses inconvénients, si on remédie en faisant cesser les 5 aussitôt que ne s’en fait pas sentir la nécessité absolue. »

Ajoutons à cette citation un passage emprunté à Habsr: il résume très bien l’opinion que l’on doit avoir des effets de la consanguinité chez les animaux : "+

« C’est en procédant d’une manière analogue à celle qui a été suivie pour obtenir le cheval de course anglais, mais en unissant souvent les animaux de parenté le plus rapprochée, par exemple les pères et mères avec leurs enfants, les frères avec les sœurs, que Aackwell est parvenu, non seulement à conserver plus sûrement, mais aussi à développer les formes et les qualités désirées. Cette méthode, que les Anglais appellent propager la race en dedans (breeding in and in), paraît étre avantageuse pour fixer une variété que l’on regarde comme précieuse, mais elle ne doit pas être poussée trop loin, et il est bon de conserver deux ou trois lignes distinctes dans la race, afin d'éviter les accouplements nombreux à des degrés trop rapprochés de parenté; sans cette précaution, la race s'affaiblit et dégénère, comme le prouvent les expériences de l’éleveur princeps (7). »

(1) Gourdon, Note adressée l’Académie des sciences le 13 août 1863.

(2) Godron, De l'espèce et des races dans les êtres organisés. 2° édition, Paris, 1872.

(3) Richard (du Car tal), Étude du eheval. Paris, 1853, p. 432.

(4) Darwin, De l’origine des espèces, p.145 (traduction française). %

(5) Aubé, Note sur les inconvénients qui peuvent résulter du défaut de crotsement pour la propagation des espèces animales. (Bull. de la Soe.d’ace.,6 fév. 1857.)

(6) Magne, Des effets de la consanguinité, et de la nécessité du er oisement des familles. (Bull. de l'Académie, t. XX VII, p. 660, 12 mai 1863.)

(7) Godron, De l'espèce et des races dans les êtres organisés, t.:IL p. 37.

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