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Le professeur Grognier, de Lyon, s'exprime ainsi en parlant des aniMAUX :
« On remarque que dans les familles, même exemptes en apparence de vices essentiels, la consanguinité affaiblit, au bout de quelques générations, les forces génératrices, et les végétaux ne semblent pas exempts de cette cause d'impuissance (4).
Citons enfin, en terminant, une phrase bien caractéristique empruntée à M. de Quatrefages :
« Si les lois de l’hérédité étaient mieux connues, on ne verrait pas persister l'étrange engouement dont le cheval pur sang, le cheval de course anglais, est l’objet de la part de ceux qui veulent régénérer les races chevalines dans un but d'utilité publique. Cette race tout artificielle a été créée en vue d’un but qu'elle atteint admirablement. On lui demande de dépenser le plus de force possible dans le moins de temps. Par cela même, elle est absolument impropre à rendre les services qui exigent des efforts soutenus pendant un temps considérable. Or, l’étalon pur sang ne transmet pas à son poulain sa force seule, il lui transmet aussi sa manière de dépenser cette force, sa délicatesse, son irritabilité nerveuse (2). »
On peut donc dire, en résumé, que l’on est arrivé à produire chez les animaux domestiques, par l'effet de la consanguinité la plus rapprochée, des variétés de races qui présentent d'une manière prédominante certaines qualités utiles à l’homme, soit pour son agrément, soit pour son usage et son alimentation ; mais ces variétés ne sont en réalité que des déviations du véritable type primitif de l'animal, des monstruosités, en un mot, que l’on peut admirer, que l’on doit même encourager au point de vue de l'utilité que nous pouvons en tirer, mais qui ne peuvent être considérées comme un perfectionnement au point de vue scientifique. Ces races n’ont acquis quelques qualités prédominantes qu'aux dépens de leur force et de leur vigueur natives, et ces variétés ne tarderaient pas, en définitive, à devenir infécondes, si l’on poursuivait le même mode de reproduction, pendant un grand nombre de générations, sans avoir, recours de temps en temps à quelques croisements étrangers qui
(1) Devay, Dangers des mariages consanguins, p. 64. (2) Id., ibid., p. 49.
seuls peuvent rendre à ces races abâtardies leur vigueur et leur fécondité primitives.
Indépendamment de cette excursion faite dans le domaine de la
zoologie, quelques auteurs ont voulu pousser plus loin encore la loi des analogies en l'appliquant même au règne végétal. Nous ne pouvons aborder ici ce sujet, qui est trop en dehors de nos études. Nous nous bornerons à mentionner en passant les expériences poursuivies par Darwin (4) pour démontrer l'utilité des croisements dans les plantes, et la communication très intéressante faite sur le même sujet, au congrès de Lyon, par Ernest Faivre, professeur de botanique à la Faculté des sciences de Lyon (2).
$ 3. — Preuves tirées de l’histoire, des législations et de l'anthropologie. >
Nous arrivons maintenant à l’énumération des preuves que les partisans des deux doctrines en présence ont cru pouvoir tirer de l'histoire des législations et de l’anthropologie, en faveur de leurs thèses respectives.
L'histoire des législations ne peut fournir réellement, sous ce rapport, aucun argument sérieux. Elle est trop peu connue, surtout dans les motifs qui ont inspiré les divers législateurs, et les lois des diflérents peuples sont trop variées à cet égard pour que chacun ne puisse pas y trouver des preuves à l'appui de la cause particulière qu'il veut défendre.
Devay, d’accord en cela avec Troplong, a cherché à prouver, par de nombreuses citations, que tous les peuples de la terre, aux diverses périodes de l’histoire, ont eu horreur des unions consanguines, et il à voulu tirer de ce sentiment universel un argument qui fût de nature à confirmer, par l'expérience des siècles, l'opinion qu'il à lui-même exprimée sur les dangers de tout ordre que présentent ces unions.
Boudin s’est efforcé également de s'appuyer sur l’histoire pour soutenir la même cause; il diffère néanmoins de Devay, en ce qu'il rapporte un grand nombre de passages tendant à démontrer l’extrème diversité des mœurs et des lois, sous ce rapport impor-
(1) Darwin, De l'origine des espèces, p. 156. (2) E. Faivre, Congrès de médecine de Lyon, Lyon, 1866.
tant, chez tous les peuples du monde depuis l'antiquité jusqu'aux temps modernes. La loi mosaïque elle-même se montre très tolérante à cet égard, puisqu'elle autorise non pas les mariages entre neveux et tantes, mais ceux entre oncles et nièces, et n’interdit que les deux premiers degrés de la consanguinité, c’est-à-dire l'inceste et les mariages entre frères et sœurs. C’est à la loi chrétienne seule que Boudin attribue le mérite d’avoir prohibé les mariages consanguins, d’abord jusqu’au 7° degré, puis jusqu'au 4 degré exclusivement.
La loi civile enfin, moins sévère que la loi religieuse, permet les mariages entre cousins germains, et l'Église elle-même, sans avoir changé le texte de ses règles canoniques, à considérablement diminué leur rigueur dans l'application, en accordant fréquemment des dispenses pour les mariages entre cousins germains et même pour ceux entre oncles et nièces ou neveux et tantes. Mais Dally, dans l'étude comparative qu'il a faite de ces diverses législations civiles et religieuses, a fait remarquer avec raison que ces prohibitions légales semblent avoir été basées sur des considérations sociales ou morales, beaucoup plus que sur des motifs hygiéniques ; par conséquent, elles ne peuvent, ni dans un sens ni dans l’autre, fournir aucun appui sérieux aux partisans ni aux adversaires des mariages CONSANnguins.
Les preuves puisées dans l'anthropologie, c'est-à-dire dans l'étude des races humaines, pourraient avoir une plus grande valeur, et l'on comprend parfaitement que les défenseurs des deux doctrines que nous examinons aient cherché des analogies et des preuves dans cet ordre de considérations ; mais ce sujet est trop vaste pour que nous puissions laborder ici incidemment. Nous l'avons à dessein laissé en dehors de notre cadre, parce qu'il mériterait à lui seul une étude particulière. Cependant, nous ne pouvons nous dispenser d'indiquer quelques-uns des points sur lesquels ont insisté les auteurs dont nous nous OCCupons.
Les adversaires des unions consanguines ont cherché un de leurs principaux arguments dans le fait généralement accepté de la décadence progressive des races royales et des castes aristocratique* par l’eflet des mariages entre proches parents. Sans doute la con: sanguinité peut jouer un rôle et entrer comme élément dans cettt dégénérescence successive des races royales et aristocratiques, €
dans l'extinction définitive de ces races; mais trop d'influences variées et des causes multiples coopèrent à ce résultat, pour que l'on puisse faire exactement la part qui revient à la Consanguinité dans l’ensemble complexe des circonstances qui concourent à cette décadence successive. Aussi les partisans de l'opinion opposée ontils pu facilement combattre cet argument historique en démontrant, d’une part, la longue durée de certaines aristocraties, malgré les
Causes nombreuses qui auraient dû contribuer à les faire périr, et la multiplicité des influences de milieu, de manière de vivre ou de maladies héréditaires qui, plus encore que la consanguinité, ont dû coopérer à cette déchéance des races aristocratiques dans les pays où elle s’est produite. L’argument anthropologique que les mêmes auteurs ont prétendu tirer de la dégradation ou de la dégénérescence successive de certaines peuplades isolées, vivant dans des localités tout à fait séparées, se recrutant elles-mêmes sans mélange avec les populations voisines, et se mariant entre elles, a eu le méme sort que celui qui S'appuyait sur les races aristocratiques. A côté de ces races abâtardies par l'effet de l'absence de croisement, telles que les cagots des Pyrénées, les crétins des Alpes, les races maudites, ete., citées par Devay, les adversaires de cette opinion, tels que Périer, Lagneau et Dally, ont relaté l’histoire d’autres races de l'Europe, ou de diverses parties du monde, vivant dans les mêmes conditions de séquestration et d'isolement des populations voisines, et qui ont conservé, malgré cette circonstance Capitale, toute leur pureté et toute leur vigueur primitives.
Périer, suivi en cela par Dally et plusieurs autres membres de la Société d'anthropologie, est même allé plus loin; il a soutenu que les races pures, c’est-à-dire celles qui se perpétuent par ellesmêmes, sans aucun mélange avec des races voisines, conservent mieux leur beauté, leur force et leur type primitif, avec toutes les qualités qui les distinguent, que les races croisées, qui finissent tôt ou tard par dépérir et par déchoir. Mais c’est là une question trop difficile et trop étendue pour pouvoir être abordée, avec une entière connaissance de cause, dans l’état actuel de la science. Les documents exacts et rigoureux nous manquent encore trop complètement relativement aux diverses peuplades vivant sur les différents points du globe, pour que ce sujet puisse être sérieusement
étudié, même au point de vue anthropologique. À os forte raison, est-il impossible aujourd’hui de déterminer, au milieu des causes si nombreuses qui contribuent à l’abâtardissement et à la dégénérescence des races humaines, causes celimatologiques, telluriques,: morales ou héréditaires, quelle part l’on doit attribuer à la one guinité dans ce résultat complexe et définitif. La race juive a tour à tour servi d'argument aux adversaires comme aux défenseurs des unions consanguines. HE LPS Les juifs représentent en effet, en quelque sorte, le type des races pures. Ils se sont perpétués, depuis des siècles, presque sans se. confondre avec les populations au sein desquelles ils ont vécu, et ils ont conservé, malgré cela, leur fécondité et leur vigueur premières. Cet exemple si remarquable a été souvent cité par les partisans des races pures et des unions consanguines en faveur de leur thèse. Néanmoins, les adversaires s’en sont emparés à leur tour pour le retourner contre leurs contradicteurs. Devay a commencé par soutenir que la race juive avait réellement perdu de sa beauté et de sa force primitives. Mais d’abord on peut contester le fait lui-même ; de plus, en le supposant établi, on pourrait, ainsi que le fait remarquer avec raison Dally, lui donner plusieurs interprétations. On pourrait dire, en premier lieu, que toutes les races, sans exception, sont susceptibles de dégénérer peu à peu, et que, dans tous les cas, celle-ci aurait duré bien longtemps. On pourrait dire encore que cette déchéance de la race juive, si elle a eu lieu réellement, pourrait être attribuée à des causes multiples, et en particulier aux localités variées dans lesquelles elle vit, aux influences de climat ou de milieu moral. Enfin on pourrait encore soutenir que la race juive ne s’est légèrement modifiée en Europe que depuis qu’elle a commencé à s’allier de temps en temps avec d’autres races, et depuis que les barrières infranchissables qui la séparaient autrefois des populations voisines se sont peu à peu abaissées par l’effet des progrès de la civilisation. Aussi Boudin ne prétend-il pas que la race juive ait dégénéré dans son ensemble ; il a au contraire proclamé, plus qu'aucun autre (1), le cosmopolitisme des juifs, leur aptitude merveilleuse à s'adapter à tous les climats, la vigueur exceptionnelle de leur race,
* (1) Voir Boudin, Traité de géographie et destatistique médicales, t. II, p. 128.
et il à ainsi fourni lui-même des arguments à ses adversaires, qui n’ont pas manqué de s’en servir contre Rp ce n’est pas au point de vue des races pures que Boudin a cité les juifs dans ses sta- tistiques et qu’il a cru trouver chez eux des preuves en faveur de . sa thèse. Il s’est appuyé sur la fréquence plus grande des mariages Consanguins chez les juifs, par suite de la tolérance de la loi mosaïque, pour expliquer certaines infirmités ou maladies qu'il trouvait us fréquentes chez eux, et en particulier la surdi-mutité et l’aliénaientale. Nous vons rapporté quelques-unes de ces statistiques ; es semblent en effet établir ce fait capital, qui est du reste confirmé par le travail du D’ Liebreich sur le nombre considérable des sourds-muets parmi les juifs de Berlin et sur la coïncidence de la rétinite pigmentaire avec la surdi-mutité (1). Le D' Dally a contesté, avec raison, l'importance de la statistique de Boudin rela- tivement aux juifs sourds-muets, car elle repose sur un trop petit nombre de faits pour avoir une véritable valeur; mais il n’en est pas de même, ce me semble, de celle du D' Liebreich, qui paraît basée sur des faits plus nombreux.
Néanmoins, de nouvelles recherches sont encore indispensables pour établir avec certitude le fait si important de la fréquence plus grande {de la surdi-mutité chez les juifs, de même que celle de l’aliénation mentale, constatée également dans plusieurs contrées de l'Allemagne, et attribuée par le D° Martini, comme par Boudin, aux mariages entre proches parents, plus fréquents parmi les
juifs que pag les chrétiens (2). PES