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Il L'écriture chez les aphasiques.
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she petit otre de faits bien observés que nous possédons, concernant l'écriture chez les aphasiques, concordent en général avec - la théorie que nous avons exposée précédemment. Malgré quelques observations exceptionnelles dignes d'attention, dans lesquelles on rapporte, sur la foi de sérieuses autorités, que des individus atteints d’aphasie ont été néanmoins capables d'exprimer leurs pensées par l'écriture, les faits habituels sont certainement contraires à cette assertion. En thèse générale, les aphasiques écrivent au moins aussi mal qu'ils parlent, et ceux qui ne peuvent pas du tout parler sont également incapables d'écrire.
Deux circonstances semblent, il est vrai, contredire l'exactitude de cette proposition ainsi formulée: la première, c'est que dans l’aphasie il y à habituellement paralysie de la main droite qui sert à écrire, et la seconde, c'est que, dans des cas d’aphasie réelle ou supposée, il pourrait exister une > paralysie des organes de larticula-
tion des sons qui laisserait néanmoins la main libre d'exprimer les pensées. Sans doute on a observé des cas dans lesquels des individus, en apparence aphasiques, ont conservé la faculté d'écrire avec la main gauche, et même, dans quelques circonstances, avec la main paralysée, de manière à être parfaitement compris et même à faire des affaires ; mais les faits d’une nature opposée sont à mon sens tellement clairs et concluants, que (dans l’état actuel de mes connaissances) je suis conduit à l’une ou à l’autre de ces deux suppositions, pour me rendre compte de ces faits exceptionnels : ou bien ces cas, considérés comme exemples d’aphasie avec conservation du pouvoir de l'écriture, n'étaient pas des faits d’aphasie vraie, mais des cas de paralysie subite et compliquée des organes de l'articulation des sons; ou bien nous devons admettre deux espèces parfaitement distinctes d’aphasie, dont l’une seulement affecterait ce qu'on peut appeler l’idéation du langage, tandis que l'autre attein drait d’une façon encore imparfaitement étudiée, mais peut-être différente de la paralysie proprement dite, l'innervation du langage, ds | ou plutôt de la parole, en laissant son idéation d’une part, et son expression mécanique à l’aide de l'écriture d'autre part, absolument % L ou presque complètement indemnes. Le D° Sanders et d'autres auteurs comparent cette dernière classe de faits à ceux beaucoup Ali à mieux Connus sous le nom de crampe des écrivains, dans lesquels 4 la parole reste intacte, tandis que le pouvoir de l'écriture a disparu.
Je ne veux pas poursuivre plus loin, pour le moment, celte ques- + tion douteuse. J'ai voulu seulement faire observer que, pour ma part, je suis très disposé à admettre que toute aphasie véritable implique nécessairement la perte de l'idée du langage et frappe ainsi dans sa racine aussi bien le pouvoir de l'écriture que celui de la parole. Il existe, en effet, un assez grand nombre de faits de. cette espèce pour prouver qu'il en est quelquefois ainsi et pour justifier notre manière de voir, qui consiste à limiter à cet ordre de faits la définition de l’aphasie, ou bien à la subdiviser en deux espèces bien distinctes, différant non seulement par le degré, mais
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. par la nature. vd RS 1: ;
Je puis offrir ici au publie médical un spécimen très remarquable de l'écriture d’un aphasique de la première catégorie, c'est-à-dire de celle où l’idéation du langage est affectée. {Voir la planche ci-après.) ?
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La simple inspection de ce spécimen d'écriture en dit plus que je ne pourrais en dire moi-même. Cependant je dois expliquer ici plus exactement ce que j'entends par l’idéation du langage, et soumettre ce terme à l’examen de personnes plus compétentes que moi dans la psychologie et la philosophie.
La pensée ou l’idée qui tend à l'expression verbale n'était pas absente chez cet individu : j'en ai eu les preuves les plus claires et les plus multipliées par un grand nombre de circonstances dont quelques-unes se trouvent relatées dans l’observation publiée à la fin de ce mémoire. L'idéation, considérée en général (si tant est que l’on admette cette expression), n’était donc pas troublée dans son essence; la fonction mécanique nécessaire pour diriger la plume dans la formation des lettres n'était pas non plus supprimée, comme vous en serez bientôt convaincus. Mais, entre ces deux termes, c’est-à-dire entre l’idée qui tend à s’incorporer dans un mot et ce mot lui-même, il y avait un intervalle que cette personne ne pouvait franchir qu'avec les plus grandes difficultés et dans une mesure très restreinte, et elle ne pouvait pas plus vaincre cet obstacle dans la parole que dans l’écriture, et pas plus dans l'écriture que dans la parole. Ces deux genres d'efforts de sa part conduisaient à la même conclusion relativement à son état mental, à savoir que, tandis que l'idée tendant à son expression existait, ainsi que le pouvoir mécanique de coordination de l'effort musculaire pour parler ou pour écrire, il y avait néanmoins quelque chose qui manquait entre les deux, et ce quelque chose était, je crois, l’idée du mot lui-même considéré simplement comme symbole de la pensée, indépendamment de son expression verbale ou écrite. Voyons, en eflet, combien cette écriture est caractéristique et en parfaite harmonie avec ce que j'ai maintenant à vous dire de l’état mental de cet individu que je viens d'essayer de définir.
[n'y a aucun doute relativement à ce que cette personne avait l'intention d'exprimer sur ce papier ; il est certain qu’elle essayait sérieusement, et avec une véritable énergie de volonté, d'exprimer son propre nom et celui de sa sœur dans les cinq premières lignes de ces caractères hiéroglyphiques incompréhensibles. (Voir la planche, de n° 4 à n°5.) Vous essaierez, mais vous n’y parviendrez pas (car je l’ai tenté bien souvent avec diverses personnes), de décou-
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Spécimen d'écriture d’un aphasique, faite moitié sous la dictée et moitié en copiant.
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vrir dans ces lignes le nom de mon pauvre ami. S'il en était autrement, je n'aurais pas consenti à mettre ce papier sous les yeux des lecteurs. Je ne dirai donc pas quel est son nom ; je ferai seulement remarquer que Cest à peine si, dans ces cinq premières lignes, Je puis trouver la moindre trace des lettres qui le composent; dans l’une d’entre elles il y a comme une tentative pour tracer la lettre initiale correctement placée, et dans l’autre elle est transposée. 41 est clair que le malade était à la recherche de son nom dans les profondeurs de sa conscience, avec la forte persuasion qu'il parviendrait à le découvrir, mais qu'il n’y est pas parvenu, et pas même assez pour qu'aucun de vous puisse déviner quel pouvait être ce nom.
Je vous dirai pourtant quelque chose de plus. Son nom de baptême était James, et l’un des deux autres noms commence par un 4. À l’aide de ces renseignements, vous découvrirez, je crois, le Jet l’A, et vous aurez peut-être un indice de la troisième lettre: initiale; mais vous ne parviendrez pas à trouver le reste du nom, et pour les raisons ci-dessus indiquées je ne le dirai pas.
I convient d'observer surtout les faits caractéristiques suivants dans l'écrit ci-joint. Dans une ou deux de ses parties, il y a une tendance singulière à la répétition de la lettre 4; dans la première ligne, il y a évidemment un. effort énergique pour commencer par læ lettre J, dont on peut remarquer la trace brisée tout à COUp et non terminée; puis vient un trait, ensuite un À très bien écrit, enfin un , ou peut-être une nouvelle tentative pour faire un J, puis un autre À, et après ces diverses lettres, plusieurs hiéroglyphes inintelligibles, parmi lesquels pourtant la lettre & revient encore une fois ou même plus souvent.
Dans la seconde ligne, il y a un essai encore plus imparfait que dans la première pour former un J, et ensuite des caractères inintelligibles, avec quelque chose qui ressemble à un & dans le milieu, et un autre tout à fait distinct à la fin.
Dans la troisième ligne, on observe deux À se suivant au commencement et peut-être deux ou trois autres encore au milieu des traits hiéroglyphiques.
Dans la quatrième ligne, on voit un grand A bien formé, qui se trouve au niveau de la troisième ligne, et quelques traces d’autres 4.
Dans la cinquième, on constate à peine quelque trait reconnais-
sable, excepté peut-être un J au commencement, avec des traits.
dirigés en haut et en bas, qui peuvent passer pour un m OU un 7. J'ai dit qu'il y avait un À comme lettre initiale de l’un des trois noms. De plus, on trouve quelques tentatives pour faire un à, et il y à en effet un petit ? dans le nom. Ces traits ne sont donc nullement arbitraires ; ils représentent évidemment des tentatives persistantes et l’on pourrait dire obstinées, pour trouver une voie à travers des difficultés pratiquement insurmontables, et arriver à une claire expression de la pensée ; ils conservent des traces suffisantes de la faculté disparue, pour nous conduire, je crois, à une conclusion légitime relativement à ce que ce malade a réellement perdu. Ceci résulte encore plus clairement d’autres spécimens de l'écriture de ce pauvre monsieur que j'ai en ma possession, mais que je ne puis livrer à la publicité, parce qu'ils diraient plus qu'il ne m'est permis de faire connaître. Quelques fragments choisis sont cependant indiqués sur la planche en fac-simile, et de ces fragments on peut déduire ce fait général que, lorsque l'écriture est à un degré quelconque intelligible, c’est qu’elle à été faite en copiant. (Voir n° 6-43.) Cependant plusieurs de ces spécimens, que j'ai sous les yeux, . prouvent que, même lorsque quelque chose de distinet était obtenu par ce procédé, le retrait de la copie entrainait immédiatement le > retour de l'écriture à l'état de chaos. | .. Les parents, si soigneux et si affectueux de ce pauvre monsieur, essayèrent du reste de lui enseigner à écrire jusqu'à ce qu'il fût devenu clair pour eux que toute tentative de ce genre était sans » résultat et que lui-même fût découragé et ne voulûüt plus essayer davantage. Dans le cours de ‘ces divers essais, intoxication (si l’on peut ainsi parler) de son cerveau par la lettre À est de plus en plus évidente. Ainsi, il commence le mot James par Aa dans plusieurs circonstances, et il le termine soit par des caractères inintelligibles, soit par quelque chose d’analogue à sa véritable terminaison ; il commence presque toujours également le second nom par À ou Aa, et le troisième fréquemment aussi de la même manière. . Ces spécimens ont été écrits, pour la plupart, sous l'œil d’un tuteur et dictés en quelque sorte lettre par lettre par une personne ui faisait tout en réalité, excepté de tenir la plume pour le malade. nfin, un jour, nous avons obtenu un véritable triomphe ; le malade
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ést arrivé à écrire son propre nom et celui d'un ou deux de ses: parents, mais voici comment : le nom était mis sous ses veux, : comme un modèle, en caractères très nets et très distincts, et il le: copiait absolument comme on copierait de l’hébreu, du sanserit ou du chinois, si l’on savait seulement qu'il existe des lettres dans ces: langues et que l’on doit les imiter trait par trait, ou bien (pour! rester plus complètement d'accord avec les faits) comme un homme: pourrait copier une langue qu’il aurait connue autrefois, mais qu'il aurait complètement oubliée, la main conservant, malgré tout, un. certain degré de science mécanique indépendamment du cerveau. L'écriture ainsi produite est cependant très lisible et même hardie ; elle ne ressemble en rien aux caractères tremblés et incertains que l'on voit dans les premières lignes, et elle répond ainsi complètement à l’objection qui pourrait être faite qu'il existerait peut-être dans ce cas une paralysie de la faculté d'écrire au point de vue mécanique. En somme, le véritable état de ce malade se résume dans ce fait qu'il pouvait parfaitement écrire en copiant, pourvu qu’il voulût s’en donner la peine, mais qu’il ne pouvait pas arriver à penser en écrivant ; il ne pouvait pas, même pour deux ou trois lettres seulement, lier le symbole à l'idée symbolisée dans un mot, et toutes les tentatives faites ponr l’amener à ce résultat aboutissaient seulement à une répétition sans aucun sens de plusieurs lettres 4, suivies de quelques essais pour former un J, un ?, un m, un n et une multitude de traits incompréhensibles.
Mais ce qui rend ce cas plus curieux encore, c’est que ce monsieur, qui était incapable de réunir trois lettres l’une après l'autre en écrivant, qui ne pouvait parler qu'à l’aide de fragments de phrases à peine intelligibles, qui, en outre, était hors d’état de lire aucune ligne de l'écriture d’une autre personne (autant que nous avons pu le constater) soit en impression, soit en manuscrit, qui, par conséquent, était aussi complètement privé que possible de la faculté d'employer l'écriture à un usage quelconque, avait néanmoins conservé la conscience parfaite des ressemblances les plus délicates et les plus indescriptibles qui existent entre une écriture et une autre. Il nous fut parfaitement démontré, dans le cours de nos observations réitérées, qu'il appréciait très exactement certains caractères spéciaux de l'écriture envisagée comme simple dessin
fait avec la plume, tandis que l'écriture, considérée comme symbole lisible et comme indication des idées, n’était pour lui qu’un pur amas de caractères indéchiffrables. C’est là certainement le fait le plus étrange; on pourrait se croire en droit d’en contester l'exactitude, et pourtant j'ai eu l’occasion d'en vérifier la réalité, et l’occasion la plus convaincante que lon püût rencontrer.
. Voici l’anecdote telle qu'elle m'a été racontée : On avait reçu une lettre de son jeune frère qui était parti en affaires et dont l'écriture était devenue par cela même plus ferme et plus assurée, puisqu'il était passé rapidement de la condition d'un écolier à celle d’un homme occupé d’affaires de commerce. Dans cette période de transition, cette écriture était devenue plus analogue qu’autrefois à l'ancienne écriture de notre malade lui-même. Cette lettre fut mise entre ses mains par sa mére, et, à peine l’eut-il aperçue que sa figure fut comme illuminée par la surprise et qu'il rendit brusquement la lettre en s’écriant : Mais c’est moi-même !
Nous devons encore noter le fait suivant : Ce monsieur fut surpris un jour parcourant rapidement une portion de liste qui avait été mise entre ses mains dans le but d'apprécier son pouvoir de juger les nombres ; car il avait été autrefois un bon comptable. Généraleent cet essai demeurait sans résultat; son esprit était aussi bien fermé au symbolisme des nombres qu’au symbolisme des mots. Mais une fois cependant, dans un intervalle relativement lucide, il fixa son regard sur des traits assez compliqués, c'est-à-dire sur le chiffre 2,764, et s’écria tout à coup, une ou deux fois: Deux mille, deux mille, — c'est absurde ! I avait ainsi remarqué le caractère général du chiffre, mais il n'avait pu parvenir à le détailler davantage, et pourtant, quoiqu'il ne pût pas lire le chiffre 2,764 sur une feuille de papier, ce monsieur pouvait très bien lire les marques inscrites sur un dé à jouer, et il pouvait diriger les mouvements correspondants sur la table d’un jeu de trictrac, sans entrainer de graves erreurs pour les deux joueurs.