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IV. Observation d'aphasie recueillie par le D' Gairdner

Attaque Diet suivie de perte de fe parole et d’un état comme cataleptique sans délire, sans coma el sans paralysie apparente ; retour de l'intelligence à un degré très prononcé, mais avec aphasie continue ; deux mois et demi après, mort succédant à un accès épile tique ; aucune lésion locale du cerveau, mais légers dépôts de granulations dans les petits vaisseaux de la pie-mère.

— J.-A. M..., %6 ans, jeune homme d’une bonne éducation, n'avait

pas paru malade d’une manière appréciable jusqu’au 9 août 1865, jour de son attaque. On ne sait rien d’important sur ses antécédents, sinon que depuis quelque temps, à la suite de contrariétés, il était devenu moins sociable, plus silencieux et plus inactif que de coutume ; mais ce n’était là que l’exagération de son caractère antérieur. Il avait également beaucoup abusé du tabac. Le 9 août il passa la soirée au salon avec toute sa famille, et le seul fait anormal que l’on ait observé pendant cette soirée a été qu’il avait laissé tomber du thé de sa tasse tenue avec la main droite. Était-ce là le résultat de l’inattention, d’une distraction ou l’avant-coureur de l'attaque ? c’est ce qu’il est difficile d'apprécier. Vers dix heures du soir, la famille se sépara, et il se retira dans sa chambre pour se coucher. Pendant toute la nuit, aucun fait n’attira sur lui l'attention ; mais le lendemain matin, à l’heure du déjeuner, comme on ne le vit pas paraître, on envoya la servante dans sa chambre, et on le trouva alors couché sur le sol, sans connaisance, la tête appuyée sur le bras gauche, avec quelques contusions sur le nez et les yeux, comme s’il était tombé sur le bord de son lit. On put supposer qu'il était resté dans cette

(1) Je regrette vivement de n'avoir pas eu le temps d'ajouter à ce mémoire la citation d'un travail que j'aurais eu grand plaisir à introduire dans le texte. On trouvera un cas remarquable d’aphasie, avec illusions de la vue et avec maladie du côté gauche du cerveau, dans le tome XLVI du Ædinburg medical and surgical Journal, p. 334, octobre 1836. M. Craigie, de Ratho, a fourni, dans cette observation, une multitude de détails ne le cédant en rien en intérêt à ceux des observations précé-

dentes, et en parfaite concordance avec les faits établis dans ce mémoire, Le Dr Craigie

y à aussi ajouté quelques remarques ayant de la valeur.

mi Fr. la veille au soir, puisque le lit n'avait pas été dé- Il était un peu refroidi; on le coucha, et il se ranima peu à Dear: Pendant la nuit l'intestin et la vessie s'étaient vidés spontanément. Visité, vers midi, le 10 août, par le D' Macferlane, il commen-

çait à reprendre un peu connaissance, et il ap P éciait qu'il y avait F4

LE plusieurs personnes auprès de lui, sans pouvoir encore cependant

reconnaître ces personnes. Regard égaré, les yeux largement ouverts et légèrement injectés, les pupilles se contractant librement ; pas de paralysie, pas de convulsions ; ni rigidité ni flaccidité exagérées des extrémités. Il ne parlait pas et ne faisait aucune tentative. pour

parler. Lorsqu'on lui adressait la parole, il ne ré pondait d'aucune RE. 7 façon et continuait à regarder autour de lui avec le ix fixes et .”

hagards. 5 Fa € ce.

Pendant toute la journée du 10 et la nuit suivante, l'état resta à peu près stationnaire; le pouls était à 80-85, et ne dépassa pas 90, ayant du reste sa plénitude ordinaire.

Le malade ne fit aucune tentative pour parler ni même pour émettre aucun son depuis l'accident : e’était là le symptôme le plus important. Il remuait les jambes librement et plusieurs fois même sortit du lit et put uriner. Les évacuations alvines eurent lieu plusieurs fois involontairement dans le lit à la suite d’un lavement purgatif ; pas de rougeur de la face, ni de chaleur fébrile; pas de pulsations exagérées des carotides, ni de plénitude des jugulaires ; aucun cri ni aucun signe de douleur ; respiration non gênée ; ni convulsions ni paralysie ; regard égaré, les yeux largement ouverts, suivant les mouvements de ceux qui entouraient son lit ainsi que la lumière, mais ne donnant pas d'autre preuve de connaissance. On ne s’aperçut

pas qu'il eût dormi un seul instant, quoique veillé avec beaucoup de “és.

soin. Une ou deux fois, ayant été questionné à haute voix et d'une Fr manière positive, il fit un léger signe de tête affirmatif, mais n'employa aucun mot ni même aucun son inarticulé pour exprimer un F Æ désir quelconque. Dans deux ou trois occasions seulement, il parut sourire légèrement quand sa mère s’approcha de lui; ce fut là la manifestation la plus claire qu’il fit pour reconnaitre une personne. En résumé, il était dans un état cérébral qui ne peut être appelé coma, dans le sens rigoureux du mot, mais qui S'en PAPE C était plutôt un état d’étonnement ou de stupéfaction qu'une véritable

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9936 LA FONCTION DU LANGAGE ARTICULÉ ÿ F |

EE perte complète de connaissance ; respiration calme et naturelle, pouls tranquille, absence complète de fièvre et de délire, Jangue propre, pas de paralysie ni de convulsions, enfin connaissance non | complètement éteinte ; tous ces signes différencient cet état cérébra du véritable coma. : |

J-A. M... sortit peu à peu, sans nouvel accident, de ce singulier état cérébral de la manière suivante : Vers quatre heures du matin, le 14 août, lorsque je le quittai, il paraissait mieux comprendre ce qu’on lui disait et il semblait répondre un peu à certaines questions : par le regard et par des signes. Dans le cours de la matinée, il prononça le mot maman d’une manière très distincte, ce qui fut la première tentative pour proférer un mot depuis le commencement de sa maladie. Dans la journée, il répéta plusieurs fois le mot : non, non, comprenant évidemment le sens de ce mot et avec plus d'intelligence que le jour précédent. Lorsque je le revis dans l'après-midi, il üra la langue lorsque je lui demandai de le faire, mais très lentement et en quelque sorte par imitation, comme cela arrive souvent dans le délire febrile. Vers le même moment il sortit du lit de son propre mouvement, conformément à un instinct naturel et à une habitude ancienne, mais d’une façon tout automatique. Il prit spontanément le vase sous son lit et le soutint lui-même, quoique avec un peu d’assistance, jusqu'à ce qu'il eüt uriné. Ce fut là, je crois, la première manifestation d’une série de mouvements compliqués et coordonnés en vue d’un but, mais elle fut bientôt suivie par d’autres. Son lit fut fait à six heures ; il se leva, mit sa robe de chambre avec quelque secours, marcha jusqu'à son fauteuil, puis revint à son lit avec une incertitude dans la marche analogue à celle que l’on observe à la suite des maladies fébriles.

Pendant cette période, il prit des aliments facilement et même spontanément ; ses intestins furent régulièrement vidés par des purgatifs ; mais, prenant en considération l'absence complète d’excitation cérébrale, tout traitement actif fut suspendu après les premières trente-six heures, et on se borna à l’emploi de l’iodure de potassium, que l’on cessa après quelques jours.

Depuis cette époque, le rétablissement s’accomplit progressivement. J.-A. M... au bout de quelques jours, devint assez bien pour pouvoir quitter sa chambre et pour se rendre au cercle de sa famille,

int sa place habituelle au repas et même insistant pour jouir de - Rod ss maître de Ja maison, quoique M Le s inca-

fac on à . compris. On observa seulement qu'il n'existait = E i (comme chez beaucoup d'aphasiques) de disposition à se servir é mors ou 7 inexacts et sans signification, mais il ité d'émettre la plus simple brise ou le

ans les limites les plus étroites.

manque d’ idées ou de volonté : c'était certain pour chacun d’ après un ensemble de petits signes plus faciles à saisir qu'à sogneire e À une description. |

Dès le premier moment où il put s'asseoir devant sa fenêtre, il devint évident qu’il était dominé par le désir de sortir au dehors ; en eflet, aussitôt qu’il fut capable de trouver son chemin hors de la maison, il se mit immédiatement à la recherche de son fusil, de la poudre et du plomb, que l’on avait mis soigneusement hors de sa portée ; il parut très indigné de ce qu'ayant reconquis la plupart des privilèges de la santé, celui-là seul lui fut refusé, d'autant plus qu'à cette époque de l’année (19 août) il apercevait les chasseurs sortant au dehors, et il voyait rapporter des paquets de gibier. Il exprima son mécontentement aussi énergiquement que possible par des monosyllabes ou par des gestes expressifs ét presque menaçants pour ses amis et ses parents, qui avaient la difficile mission de veiller sur lui ; mais jamais cependant il ne parvint à prononcer les mots de fusil, de plomb, de poudre, ni à exprimer son désir par d’autres mots, tout en parvenant très bien à se faire comprendre.

La même difficulté survint ensuite à l’occasion de sa boîte de cigares qui avait été mise de côté sur l’ordre des médecins, mais dont il obtint plus tard la restitution, avec de grandes manifestations de joie et de triomphe, quoique seulement dans la mesure restremte de deux cigares par jour.

Dans toutes ses altercations, qui étaient menées de sa part avec une grande persistance et qui exigeaient une grande fermeté, de là part de ceux qui étaient chargés de lui résister, il ne lui échappa jan aucune phrase, à l'exception des mots : J’ai besoin, où est-il?

a m'est égal, etc., avec quelques interjections ou exclamations,

ion ne provenait ni d’une ne À ni d'un.

qui n'étaient pas toujours très conformes au goût ou à l’étiquette, mais qui, Comme toutes celles qu'il parvenait à articuler, étaient constamment prononcées avec une netteté qui ne permettait pas de supposer chez lui l'existence d’une paralysie des organes de l’arüculation. | AUDE

Dans une ou deux occasions, on l’a entendu prononcer le nom de quelques objets, mais probablement, dans ce cas, il se bornait à le répéter après que d'autres personnes l'avaient proféré devant lui. Ainsi, en parlant d’un certain objet, il dit qu'il était dans le coin, mais on découvrit qu'il ne faisait que répéter comme un perroquet ce que venait de dire sa sœur. Dans une autre circonstance, il dési- . ÿna une personne qu'il n’avait vue qu’une ou deux fois par le nom de M. Thingumbab ; mais ceci aussi n’était qu’une répétition. Dans aucun cas, pendant toute sa maladie on ne constata qu’il pût prononcer un seul nom, même celui de ses amis les plus intimes, auxquels cependant il donnait tous les témoignages possibles de bienveillance et d'affection propres à démontrer qu'il les reconnaissait parfaitement. Il reconnaissait même des amis absents dans un album dé photographies ; mais dans aucun cas il ne les nommait, et il ne faisait même aucun effort pour arriver à prononcer leur nom. Lorsque des personnes qu'il connaissait plus ou moins intimement lui étaient nommées, il était bien rare qu'il comprit de qui on voulait lui parler, tandis que, lorsque la personne elle-même se présentait devant lui, il la reconnaissait parfaitement et lui faisait un accueil bienveillant et tout à fait en rapport avec la nature des relations qu'il avait avec elle. Il s’occupait du reste avec activité des choses et des personnes qui l’entouraient. Au bout de peu de temps, il devint même assez habile pour prendre part à la conversation & sa manière ; cela consistait à intercaler une phrase purement conventionnelle, composée de quelques mots seulement et accompagnée de quelques gestes et de quelques signes plus ou moins en rapport avec ce que l’on disait autour de lui : il suivait ainsi la conversation d’une manière très limitée, mais sans Jamais Y prendre une part spontanée au delà de ce qui vient d’être imdiqué.

Les détails qui précèdent suffisent pour établir clairement l’état de l'intelligence et de la parole chez ce malade si intéressant, mais j’eus l'idée de confirmer le pouvoir d'expression spontanée de sa pensée

par un autre procédé, c’est-à-dire à l’aide de l’ écriture. Il était indis- -pensable tout d’abord de s'assurer, autant que possible, de l'absence ‘de paralysie de la main droite, qui aurait pu s'opposer à cette forme de manifestation de la pensée. Rien dans ses mouvements ordinaires ne semblait indiquer chez lui cette paralysie, mais l'incident de la tasse de thé renversée le soir de la première attaque et quelques indi- très légères à une période plus avancée de la maladie pouaient faire croire à une légère faiblesse du côté droit ; néanmoins le malade put se servir de sa main droite pour écrire sans difficulté. (Voir le fac-simile de cette écriture.) Les premières lignes de cette feuille, sur laquelle il a cherché à écrire son nom et celui de sa sœur, défient certainement toute interprétation. On serait donc porté à les considérer comme des traits sans valeur échappés à une main paralytique ; mais on trouve dans les lignes 6 et 7, et surtout dans les n° {12 et 43, la preuve certaine que J.-A. M..., quoique incapable d'écrire spontanément en caractères intelligibles, était néanmoins en état, après un petit nombre d'essais de copier l'écriture placée Sous ses yeux avec assez de soin, et dans tous les cas d’une manière très lisible. Dans les n° 42 et 43 (dont la ligne supérieure est écrite par sa sœur et l'inférieure par lui-même), il est très évident pour un kil exercé qu'il a greffé en quelque sorte les caractères de sa propre icriture sur la copie qu'il a faite de celle de sa sœur (principalement lans les lettres J m y z et H), et je me suis assuré, par des lettres erites par lui-même avant sa maladie, que ce fait est bien exact.

Maintenant il sera admis facilement qu'aucune théorie basée sur la jaralysie de la main ne pourrait rendre compte de ce fait, que les ignatures, depuis le n° 4 jusqu’au n° 11, sont tout à fait illisibles, andis que ce même malade a pu, après un petit nombre d'essais, crire en copiant avec le degré de netteté qu'indiquent les n°° 12 t 15.

La terminaison de ce cas fut malheureuse ; quoique ne devant pas urprendre par elle-même, elle fut msi adé sous le rapport du mps où elle se produisit. Le 29 octobre, au matin, J.-A. M... s était vé et habillé comme à l'ordinaire. Il faut remarquer toutefois que, épuis quelques jours, ou même quelques semaines, ses parents vaient cru observer chez lui un degré continu de faiblesse (n° arripe” jusqu à la paralysie) dans le côté droit du corps. Ilest pos-

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Fe # 540 LA FONCTION DU LANGAGE ARTICULÉ

sible en eflet qu ‘il ait existé une aggravation de l’état nerveul appréciable pour les yeux exercés re personnes qui vivaient Co! stamment avec lui, et à peine sensible pour les autres. Quoi qu'il « soit, ce symptôme, s'il existait, n’était pas assez prononcé pour l'en pêcher de faire ses promenades ordinaires, et même on avait obser -que, depuis sa maladie, ses promenades étaient devenues plus lo: gues qu auparavant. On lui avait même permis de faire quelqu visites chez des amis intimes en compagnie de sa mère : un jour, avait exprimé le désir d’aller à l’église avec sa famille en s’écriant longtemps. longtemps ! comme s’il avait eu conscience d’un deva non accompli.

Le matin ci-dessus mentionné, environ deux mois après la pre miere attaque de sa maladie, il se trouvait à sa fenêtre pendant qu sa famille était réunie pour déjeuner. Tout à coup on le vit tombe et, peu d’instants après, son corps était agité par des convulsion qui, d’après la description qui nous fut donnée, étaient de nat épileptique. Dans l'après-midi, M. le D' Macfarlane le vit dans u état comateux, mais sans convulsions ; il ne se releva plus de« coma et rendit le dernier soupir le 34 octobre au matin.

L’autopsie du corps ayant été autorisée, j'étais très désireux d bien constater l’état du cerveau et je convoquai à cette séance] D' Moore et le D' Macfarlane, qui malheureusement ne purent y à: sister. Avec l’aide de mon ami le D° Cumming, la tête fut soigneuse ment ouverte et le cerveau fut étudié avec le soin le plus minutieux y compris l’examen microscopique de la substance grise et blanch dans environ douze points différents.

Dans cet examen, nous ne trouvâmes aucune trace de ramolliss ment, de tumeur, ni de toute autre lésion appréciable par les sen: si ce n’est une congestion générale et diffuse des vaisseaux de la pic mère. Les circonvolutions ne furent pas, il est vrai, étudiées ave l'œil exercé d’un anatomiste très expérimenté et plus au couran que moi de toutes les recherches modernes, mais j'ai fait un asse grand nombre d'autopsies d’aflections cérébrales pour pouvoir ce pendant affirmer avec confiance le fait ci-dessus mentionné.

Dañs l'examen microscopique, un seul fait mérite d’être mentionné Les artères microscopiques de la pie-mère, examinées presque par tout, étaient plus ou moins entourées d’un dépôt granulé analogue

LA FONCTION DU D 1 ANCAËE noie celui qui existe si féérsieift dans les cas de Ilissement du cerveau, surtout à un âge avancé. Cependant, dans aucun oint, ce dépôt n'existait à un degré plus prononcé que celui F constater dans des cerveaux ayant toujours fonctionné et la seule circonstance qui donne à ce fait une impo qu'ordinaire, c’est l’âge du malade, qui n’était pas celui des dégénéscences athéromateuses, et l absence de toute trace de maladie dans S vaisseaux plus larges de la scissure de Sylvius ou di centre de Villis. |

Le thorax et l'abdomen n'ont pas été examinés.

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* $ m2 2 4 y. ?. + D42 CAS D APHASIE, AVEC HÉMIPLÉGIE DROITE %: | À 6 XIV

CAS D'APHASIE, AVEC HÉMIPLÉGIE DROITE, POUR LEQUEL ON DEMANDE L’INTERDICTION (1) :

Le docteur L. Michel, de Cavaillon (Vaucluse), a communiqué à la: Société de médecine légale un fait très intéressant, pour lequel il a été consulté comme expert et a émis un avis qu'il soumet à notre appréciation, espérant que l'opinion exprimée par la Société lui viendra en aide, auprès du tribunal, dans cette affaire délicate.

Î s’agit d’un cas d’aphasie, avec hémiplégie droite, chez un individu de soixante-deux ans, que sa famille voudrait faire interdire. Notre confrère demande si ce malade ne conservait pas assez d’intelligence pour pouvoir gérer lui-même ses affaires.

Voici, Messieurs, le résumé des faits tels qu'ils résultent dela communication de notre honorable confrère.

Le nommé L..., âgé de soixante-deux ans, demeurant à Cavaillon (Vaucluse), ayant acquis quelque fortune dans l'exercice de sa profession de tanneur, a été frappé, il y a plus d’un an, d’une attaque. d'hémorragie cérébrale, avec hémiplégie droite et aphasie complète. Après quelques mois de traitement et une saison à Balarue, il s'est trouvé mieux ; il apu marcher, en traînant la jambe, mais le bras droit est resté inerte et la perte de la parole a continué à être complète.

Au mois de janvier 1868, notre honorable confrère, le docteur Michel, le vit pour la première fois. Le malade pouvait alors marcher avec l’aide d’une canne; le bras paralysé commençait à faire quelques mouvements, mais le malade ne pouvait encore prononcer que les sons : O, o, aqui. A tout ce qu’on lui disait, il répondait par

(1) Société de médecine légale, séance du 23 novembre 1868, et Annales d'hygiène, 1869, 2e Série, t. XXXI, p. 430.

Y À : 3 à. 2 A Li « CAS D 'APHASIE, AVEC HÉMIPLÉGIE DROITE 543 6 1 à . à” #1

| | , À mêmes syllabes, mais il parvenait assez bien à se faire com- . prendre, en articulant ces lettres avec des intonations diverses et à l'aide de signes très expressifs exécutés avec la tête ou avec la main gauche. Sa femme, plus habituée que d’autres à son langage, traduisait ce qu’il voulait dire, et lorsque, par hasard, elle interprétait mal … Sa pensée, il manifestait de l'irritation et cherchait à se faire mieux mprendre par des gestes plus expressifs. dE n le soumit alors à plusieurs épreuves destinées à Juger du degré e Conservation de son intelligence. On lui expliqua, par exemple, qu'il y avait avantage pour lui à faire payer ses locataires par mois, au lieu de leur laisser accumuler leur dette pendant six mois ; il indiqua très clairement qu'il avait bien compris ce conseil, qu’il l’approuvait complètement et il déclara même à sa femme que dorénavant il désirait qu’il en fût ainsi. De plus, on lui fit compter plusieurs sommes, soit en or, soit en argent, et il y réussit parfaitement, chose que, du reste, il avait déjà faite, quelque temps auparavant, chez son notaire. | Depuis qu'il est levé, ne pouvant plus écrire de la main droite, il s’est exercé à écrire de la main gauche, et il y a assez bien réussi. On parvient ainsi à lui faire écrire ou nommer des chiffres et à copier un imprimé. Il additionne très bien les chiffres, mais il ne peut écrire spontanément sans copier; il a besoin d’un modèle. Néanmoins, pour apprécier avec vérité ce fait capital, il importe de tenir compte de ce qu'il n’a jamais bien su écrire et de la difficulté qu'il éprouve à bien former les caractères avec la main gauche. Après cet examen, le docteur Michel fit un premier certificat dans lequel il constatait que l'intelligence, peut-être un peu paresseuse de L..., était néanmoins intacte et que, s’il éprouvait de grandes dif- . ficultés à s’exprimer par la parole, il pouvait du moins parvenir par divers moyens à faire comprendre sa pensée ; que dès lors il devait être considéré comme en état de gérer ses affaires, ce qu'il avait du reste prouvé tout récemment d’une manière évidente par la vente de deux chevaux, dont il avait lui-même très bien débattu la valeur. | Le docteur Michel fit à ce malade une seconde visite au mois de mai 1868. Les mouvements de la jambe étaient alors devenus plus faciles ; le malade pouvait marcher dans la maison sans canne; Ja

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