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CAS D'APHASIE, AVEC HÉMIPLÉGIE DROITE

motilité du bras était elle-même un peu améliorée, puisqu'il pouvait porter la main jusqu'à la bouche, mais la main était presque sans mouvements possibles. La parole aussi avait fait quelques progrès; le malade pouvait prononcer quelques monosyilabes, tels que: Non, noou (neuf), dous (deux), un.

Quand on le fit compter jusqu’à dix, il comptait bien avec les doigts, mais il ne coordonnait pas les mots avec les nombres et il y" intercalait toujours les syllabes «quo ! I avait fait de notables progrès dans l'écriture avee la main gauche ; souvent, il s’occupait. tout seul à écrire sur un registre les sommes qu'il avait reçues. Par-. tout, dans sa chambre, on trouvait de nombreuses feuilles d'écriture qu'il avait copiées pour s'exercer spontanément ; il ne pouvait faire que des reçus ou des quittances et ne pouvait encore écrire sous la dictée, ni chiffres, ni phrases, mais on ne sait pas s’il aurait été capable de le faire de la main droite avant sa maladie. |

En résumé, dit notre honorable confrère, malgré la perte de la parole, ce malade a conservé en grande partie son intelligence et sa volonté. Il sait vouloir et ne pas vouloir. Il à le souvenir de ses affaires pécuniaires personnelles ; il sait qu'un tel l’a payé et que tel autre lui doit encore; il en tient note exactement lui-même; il fait les principales opérations arithmétiques et compte parfaitement sur ses doigts.

Une dernière preuve de la persistance de son intelligence, c’est la ténacité qu’il met à vouloir écrire de la main gauche. De plus, il sort tous les jours de chez lui, se promène, va au café, paie sa consommation sans se tromper ; il se met volontiers à côté de ceux qui jouent aux cartes, les approuve ou les désapprouve ethasarde même quelques conseils par signes. !l joue lui-même le bézigue et se défend bien, sans oublier les points. Enfin, il s’entretient par signes avec ses voisins, signes qui tous témoignent de la conservation de son intelligence.

Tels sont les faits consignés dans le rapport qui nous a été communiqué par le docteur Michel. Ils peuvent nous servir d'éléments pour apprécier l’état mental du nommé Laurent, et pour juger si la demande d'interdiction dirigée contre lui par divers membres de sa famille est suffisamment justifiée.

Eh bien, après avoir mürement examiné les faits ci-dessus énoncés

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et les avoir comparés avec d'autres tout à fait analogues déjà connus dans la science, nous n'hésitons pas à nous ranger à l'opinion de notre honorable confrère. Dans notre pensée, le nommé L... a pu sans doute baisser intellectuellement depuis l'attaque d’hémorragie cérébrale qui l’a frappé en même temps d’'hémiplégie et de perte de la parole, mais son intelligence, manifestée par les diverses intonations de la voix, par une mimique expressive et par l'écriture accomplie de la main gauche, est encore suffisante pour qu'on puisse affirmer qu'il comprend bien mieux les choses qu'il ne peut les exprimer, et dès lors le considérer comme capable de gérer luimême ses affaires, en parfaite connaissance de cause.

Ce fait d’aphasie est tout à fait un cas type. Il est conforme à la description classique de l’aphasie, telle qu’on a appris à la connaitre depuis quelques années. Il rentre complètement dans la règle la plus habituelle des faits d’aphasie avec hémiplégie droite, conservation de quelques syllabes toujours les mêmes (les seules que le malade puisse articuler), et avec conservation partielle aussi de la faculté d'écrire. En effet, ce malade peut encore copier un modèle mis sous ses yeux, mais il ne peut plus écrire sous la dictée, ni des phrases ni des chiffres; il ne peut guère non plus écrire spontanément de mémoire, excepté pour signer son nom, ou pour faire un reçu ou une quittance. Or, la possibilité de faire comprendre sa pensée par les intonations variées données aux quelques syllabes qu’il peut encore articuler, ainsi que par une mimique vive et animée de la tête et du bras gauche; la persistance qu'il met à s'exercer à écrire de la main gauche; la faculté qu’il conserve d’additionner les chiffres écrits, de compter sur ses doigts, de se rappeler les sommes qui lui sont payées ou qui lui sont dues, et de les écrire exactement sur son registre ; l'aptitude à exprimer par signes ses idées et ses volontés, soit à sa femme (qui, par habitude, le comprend mieux que les autres, et traduit son langage en sa présence, avec son approbation ou son improbation selon les cas), soit à ses amis qui le comprennent également et qu'il comprend à son tour ; le fait de payer sa consommation dans un café, d'approuver ou de désapprouver ceux qui Jouent aux cartes en sa présence et d'y jouer lui-même, sans se tromper et en comptant très bien les points, tous cés faits, selon nous, démontrent, chez le nommé L..., la persistance de l’intelli-

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