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La proportion des hommes et des femmes réunis est de :
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Le résultat des guérisons est d'autant plus favorable qu'il surpasse de 4,9 pour 400 celui constaté dans le rapport précédent, et que parmi les malades signalés comme non rétablis, il en est un certain nombre qui étaient très améliorés et qui même ont guéri après leur sortie.
Il résulte encore de cette statistique que parmi les hommes il y a eu plus de morts que de guérisons, et que l'inverse a eu lieu chez les femmes, résultat conforme à celui des rapports précédents.
Si l’on compare le nombre des aliénés à celui de la statistique générale, on trouve que la province de la Hollande septentrionale a fourni le plus grand nombre de malades, celle de Drenthe le moins considérable, et cela dans la proportion suivante :
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Ces nombres sont établis sur une proportion de 10,000 habitants. Sur ce même nombre, en envisageant le pays tout entier, on trouve la proportion suivante : en 1857, 6,08, en 1858, 6,09 et en 1859, 6,11.
Le rapport constate que l’état sanitaire des établissements est très favorable. Le plus grand nombre de maladies (surtout les fièvres intermittentes) a été observé à Amsterdam, Bois-le-Duc, Francker et Meerenberg.
Indépendamment des affections qui ne sont pas spécifiées, le rapport des inspecteurs attribue le décès principalement aux quatre causes suivantes : apoplexie, 15 pour 100; marasme, 54 pour 100; diarrhée, 27 pour 400 et phtisie, 19 pour 100. Ainsi, comme dans les cinq années précédentes, la mort par marasme surpasse de beaucoup le nombre des morts par toute autre cause non comprise dans cette statistique. Le nombre des morts par marasme et par phtisie est même plus élevé que dans les cinq années précédentes, tandis que c’est l'inverse pour les morts par apoplexie et diarrhée.
Les inspecteurs ont exigé des médecius de tous les asiles un rapport sur les divers moyens de traitement qu'ils ont employés. Tous ces rapports signalent la nécessité d’une prompte admission des malades dans les établissements.
A Bois-le-Duc, un homme, aliéné depuis dix ans, guérit après avoir éprouvé une violente fièvre catarrhale. À Zutphen, une femme se rétablit à la suite d’une fièvre intermittente. On cite également à Meerenberg plusieurs cas remarquables de ce genre. À Rotterdam, un homme aliéné depuis vingt et un ans, guérit après une attaque de choléra, et à Bois-le-Duc, un malade, qui était dans l'asile depuis quinze ans, guérit subitement sans aucune cause connue.
Après avoir signalé les avantages des diverses formes du traitement moral, et principalement du travail régulier, surtout utile dans les états mélancoliques, le rapport énumère les différents médicaments employés dans les asiles. En tête de ces médicaments figure le tartre stibié, destiné, selon les médecins hollandais, à tempérer la trop grande excitation du cerveau et à l'empêcher de dégénérer en une inflammation incurable de la substance corticale. À Utrecht, on cite un cas de stupidité, avec forte congestion passive du cerveau, guéri par ce moyen.
Le rapport vante l’iodure de potassium, comme médicament actif dans les cas de production pseudo-membraneuses dans le cerveau, même quand elles sont déjà accompagnées de symptômes de paralysie. À Deventer, un jeune homme de vingt ans, entièrement anesthésique et atteint d’attaques cataleptiques, guérit par l'emploi de ce médicament. Chez un malade avec idées de grandeurs (à Maestricht), sur lequel ce médicament n’avait pas eu d’action, le chlorure de potasse, suivi de l'emploi de l’acide phosphorique, produisit, dit-on, la guérison et même l'amélioration des attaques épileptiques auxquelles ce malade était sujet.
On fait un grand éloge de la digitale comme moyen débilitant, soit seule, soit mélangée au sel de nitre ou à l'acide phosphorique. Les opiaciés, ainsi que les sédatifs en général, conservent leur réputation, surtout dans les cas de mélancolie pour combattre l’anxiété précordiale. Maïs l’opium n’est pas seulement employé dans la mélancolie ; on a également obtenu des résultats favorables de son administration à haute dose, dans les cas de manie avec fureur, quand le teint est coloré, les yeux brillants, que les carotides battent avec violence, etc., etc. (A Mecrenberg on a employé jusqu’à 15 grains d’opium par jour.)
La lupuline, avec où sans camphre, a été utile dans tous les cas d’excitation génitale, et en particulier pour combattre la masturbation. Dans les agitations nerveuses, le camphre a été employé avec avantage, surtout dans les cas d’hystérie. Comme purgatif, on emploie principalement l'extrait d’aloès, mélangé tantôt avec la belladone, tantôt avec le tartre émétique, ou avec le borax en cas d'aménorrhée.
Parmi les ferrugineux, le pyrophosphate de fer et de soude a été
souvent employé avec succès, surtout par le médecin de Zutphen. Ce sel a un goût agréable, est pris facilement par les malades et mieux supporté par des estomacs faibles que les autres préparations ferrugineuses. |
Dans tous les cas de nutrition insuffisante et d’anémie, quelle que soit la forme de Ia maladie mentale, ce médicament est excellent ; trois femmes guérirent de stupidité, trois de manie furieuse, une de mélancolie hystérique, une autre femme guérit de mélancolie religieuse et une autre d'hallucinations. À cette forme d'administration des ferrugineux, on doit encore ajouter l’emploi de liodure de fer et de sulfate de fer qui ont également donné des résultats satisfaisants.
Dans les cas de débilité, ôn administre égale mentles toniques, tels que le quinquina, l’acide phosphorique, seul ou combiné. Dans des cas de stupidité, le quinquina fait merveille, selon le rapport de Meerenberg. ;
Comme emménagogue, on ordonne une infusion d'ipéca avec du borax et la poudre de Dower.
Parmi les médicaments externes, les bains figurent au premier rang ; dans l'excitation maniaque, bains tièdes, avec jets d’eau froide sur la tête et sur le dos. Cependant les bains ne doivent pas être appliqués dans tous les cas.
Le rapport termine ce chapitre par l’énumération des moyens employés contre l’épilepsie : oxyde de zinc, valérianate d’atropine, hydrocyanate de fer.
Ce qu’on a obtenu de mieux par l’oxyde de zinc, c'est la diminution des accès.
Les autopsies sont faites avec beaucoup de soin dans tous les asiles, surtout dans les établissements de Zutphen, de Meerenberg, d'Utrecht et de Dordrecht. (Les médecins hollandais sont somatistes et attachent une grande importance aux plus simples altérations découvertes dans le cerveau et dans les autres organes.)
Cette réunion de tous les rapports particuliers des médecins dans ie rapport général des inspecteurs, peut servir utilement la science, en portant à la connaissance de tous, les expériences individuelle faites par chacun des médecins dans les asiles qu'ils dirigent.
Service intérieur. — Plusieurs modifications ont eu lieu depuis
trois ans. Le directeur et la directrice d'Utrecht ont été remplacés! par un surveillant et une surveillante en chef, et l’on a conservé au médecin le ütre de médecin directeur. On éprouve de grandes difficultés à avoir de bons serviteurs et il y a des changements fréquents. La proportion des domestiques aux malades est de 1,5 dans les asiles, de Dordrecht et de Meerenberg, et de 1,13 dans celui de Bois-le-Due, qui est le moins favorisé sous ce rapport. Les inspecteurs donnent à tous les asiles des témoignages de satisfaction dans leur inspectioni actuelle, comme dans la précédente. Ils se sont surtout réjouis de la douceur qui préside aux soins donnés aux aliénés, du calme qui règne dans les asiles, et de la satisfaction et de la reconnaissance exprimées par les malades à leur sortie. Ils se félicitent également de ce que les exercices du culte sont introduits dans tous les établis: sements. Ils disent que les médecins n’ont qu'à se louer de ce nouvel
élément d'ordre et de discipline. Le nombre des malades qui y pren
nent part est considérable :
Hommes. Femmes.
Bois-le-Ducæ, 2. 3-27 PT re 150 178 LULPOCN ER ES 1 180 190 HOUCTUAITS Pr .. presque tous les malades, excepté les épileptiques et les idiots.
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Les exercices du culte n'ayant lieu tous les dimanches que dan: quelques établissements, plusieurs malades se rendent à l'église hors de la maison, ce qui a lieu surtout lorsque le nombre des indi vidus d’une secte est trop faible pour qu'on puisse leur faire un! église spéciale.
Quelques ministres du culte se plaignent de ce que leurs parole sont inutilement perdues ; mais leur découragement est combatti
par les médecins qui cherchent à leur faire comprendre le rôle utile qu'ils peuvent jouer auprès des aliénés.
Instruction. — Le rapport ne signale d'école pour les idiots, qu’à Meerenberg et à la Haye. Actuellement, il existe en outre une école à Dordrecht, et l’on se félicite des résultats inespérés qui y ont été obtenus.
Le travail est très largement appliqué. Dans les établissements qui possèdent de vastes potagers, ou qui sont situés hors des villes, presque tous les bras peuvent être employés au travail des champs.
Mais lorsque ce moven fait défaut, il est difficile de faire travailler tous les malades, surtout les hommes. On les occupe à tisser, à tresser des nattes, à confectionner des objets de vêtements, à faire de la charpente, de la menuiserie, de la peinture, à scier du bois et à tous les services intérieurs de la maison.
La promenade, la gymnastique, la musique, les jeux de toutes sortes, la lecture des journaux, tels sont les principaux moyens de distraction, employés pour faire oublier aux malades la privation de la liberté. |
Les moyens de contrainte consistent en chaises de force, camisoles, et entraves pour les pieds. Les médecins hollandais ne croient pas possible l'abolition complète des moyens de contrainte. Ils préfèrent l'usage modéré de ces moyens au placement des malades dans des cellules ; mais ils pensent que leur emploi doit être très rare et qu'il doit ne jamais durer plus longtemps que les accès euxmêmes.
La nourrilure est en général très suffisante. Dans quelques établissements, elle est même luxueuse pour les classes supérieures, et très convenable pour les classes inférieures. On a augmenté généralement la quantité de viande et de lard. Une fois par semaine on sert du poisson. Dans quelques asiles, on donne deux fois par semaine de la bière.
En général, la figure des malades indique s'ils sont mieux nourris dans l’asile que chez eux.
Sous le rapport des habillements et du couchage, les inspecteurs ont trouvé des améliorations depuis trois ans, mais ils signalent encore quelques lacunes. Dans certains asiles, et principalement à Meerenberg, où se trouve le plus grand nombre d’épileptiques, il y
a des lits matelassés en cuir, pour protéger ces malades pendant leurs attaques.
Le chauffage se fait principalement avec des poêles, excepté à Rotterdam, où la chaleur est conduite par des tuyaux à eau chaude, et à Mecrenberg où elle est amenée par des tuyaux de vapeur ; mais l'expérience a prouvé que, lorsque la température extérieure est très basse, ce mode de chauffage est insuffisant et qu'il faut y suppléer par des poêles.
Excepté dans les asiles de Zutphen, de Maestricht, de Francker, et en partie dans celui d'Amsterdam, l'éclairage se fait au gaz, ce qui est une très grande amélioration.
Il resterait à parler de quatre établissements (Bois-le-Duc, Bockel, Nimègue et Grubbenhorste) qui, à la fin de 1859, contenaient un total de 63 aliénés; mais ces établissements sont temporaires et doivent être remplacés un jour par des asiles plus considérables. Les inspecteurs cependant se plaisent à rendre justice aux directeurs de ces asiles, qui ont fait tous leurs efforts pour faire le bien dans ces mauvaises localités.
En terminant ce travail, nous sommes heureux de pouvoir féliciter la Hollande des progrès incessants de ses asiles et des soins assidus que médecins et administrateurs s'efforcent de donner aux aliénés. Dans quelques endroits, des défauts inhérents aux localités, ou à quelques parties de leur organisation, s’opposent encore au développement continu du progrès ; mais le gouvernement, les directeurs et les médecins sont tous animés d’un même zèle qui ne peut qu'amener les plus heureux résultats.
LES LÉGISLATIONS ÉTRANGÈRES SUR LES ALIÈNÉS ET LES RÉFORMES PROPOSÉES A LA LOI DE 1838 (1)
En présence des attaques si violentes et si injustes dont la loi de 1838 sur les aliénés est aujourd'hui l’objet, il nous a paru intéressant de rechercher quelles sont les dispositions des lois actuellement en vigueur dans les différents pays de l’Europe, sur les points principalement attaqués dans la loi de 1838, c’est-à-dire relativement aux conditions d'admission et à la surveillance des asiles d’aliénés, et d'examiner ensuite la valeur comparative des moyens proposés pour remédier aux prétendues lacunes que cette loi présenterait à ces divers points de vue.
Ce sujet peut paraître, au premier abord, entièrement étranger à nos études médicales. Mais les médecins ne doivent pas oublier que, dans la polémique si ardente soulevée aujourd'hui à l’occasion de la loi des aliénés, ce sont leurs droits, leur compétence, et jusqu'à leur honnêteté qui sont sérieusement contestés, et que Îles restrictions dont on prétend à l'avenir entourer leurs prérogatives seraient aussi nuisibles à la dignité et à la considération du corps médical qu’à la guérison des aliénés et à la sécurité publique.
Or, puisqu'on conteste nos droits, dans une question où ils sont pourtant incontestables, il importe de les revendiquer hautement, en défendant une loi qui les consacre et en montrant aux médecins eux-mêmes, quelquefois trop disposés à les méconnaitre, les inconvénients graves qui résulteraient, dans la pratique, des diverses modifications proposées à cette loi bienfaisante.
(1) Extrait des Archives générales de Médecine, octobre 1869.
Cette étude, qui se lie de la façon la plus étroite aux droits et aux devoirs des médecins, n’est donc pas déplacée dans ce recueil et a, du reste, un véritable intérêt d'actualité.
Nous diviserons ce travail en deux parties.
Dans la première, nous analyserons rapidement les dispositions des lois étrangères, qui concernent l'admission des aliénés dans les asiles et la surveillance de ces établissements.
Dans la seconde partie, nous discuterons la valeur des moyens proposés pour remédier aux prétendus abus de la loi française, moyens qui ont leurs analogues dans quelques-unes des prescriptions des lois des divers pays de l'Europe. Nous chercherons à montrer que ces moyens, mis en avant dans le but de remédier à des inconvénients supposés, en entraineraient de plus graves encore, et que, sous prétexte de protéger la liberté individuelle des gens sains d'esprits qui n’est pas menacée, ils nuiraient à la fois au traitement des aliénés, au secret des familles et à la sécurité publique.
Enfin, nous terminerons ce travail en proposant, comme seule réforme importante à cette loi tant décriée, la nomination d’une commission permanente chargée de la surveillance des asiles d’aliénés.