‹ Les aliénés voyageursChapitre 4 sur 21 · FUGUES ET VOYAGES ACCOMPLIS PAR LES DÉLIRANTS · texte numérisé non relu

FUGUES ET VOYAGES ACCOMPLIS PAR LES DÉLIRANTS

D’après Littré, le mot délire viendrait de delirare, qui veut dire s’écarter du sillon, de, de et lira, sillon. Le délirant serait donc celui qui sort de la voie commune et s’écarte des règles de la raison. A moins cependant qu’on ne fasse venir le mot de XTjpoç niaiserie, bagatelle, jeux d*enfant avec de augmentatif.

Le délire est plutôt un symptôme qu’une maladie. Nous n’avons pas la prétention de donner une définition du délire qui presque toujours s’ignore lui-même. Van Swieten, Cullén, Pitcairn, J. Franck, Esquirol, Chomel, l’ont défini chacun à sa manière. Quant à Georget, Ad. Foville, MM. Bail et Ritti, ils s’abstiennent, estimant que ce symptôme est un protée aux formes d’autant plus insaisissables qu’il y a des délires avec conscience comme dans la folie du doute, l’agoraphobie, la claustrophobie, les impulsions intellectuelles, etc.

Le jugement dévoyé paraît être la cause des actes absurdes commis par les délirants. La représentation est normale au début, les malades voient et entendent comme tout le monde, les organes des sens n’étant pas intéressés comme chez les hallucinés, où la représentation l’emporte d’emblée sur le jugement. Chez les délirants, celui-ci est le premier atteint, et comme il accorde à une représentation plus de valeur qu elle n’en doit posséder il arrive un moment où elle 1 emporte sur toutes les autres par répétition. Un beau jour, une idée

venue généralement du milieu dans lequel ils vivent, frappe l’esprit de ces [malades. Si elle a rapport au spectacle du vice, on a un réformateur; à la méchanceté humaine, un civilisateur; à un effort de travail à éviter, un inventeur, etc... Remarquons en passant que ces malades ont généralement reçu une instruction rudimentaire. Ce sont des employés, des ouvriers, n’ayant pu s’élever au-dessus de la classe dans laquelle ils sont nés.

Prise au début de sa manifestation, l’idée folle pourrait être chassée, et en cela le milieu dans lequel vit le sujet a une très grande importance ; à défaut d’un bon milieu, le jugement peut réagir. Quel est celui d’entre nous qui n’a jamais vu passer dans son esprit une idée bizarre, baroque, folle pour tout dire ? Il y aurait un livre intéressant à écrire sur cette matière.

Chez l’homme sain, l’équilibre existe entre toutes les représentations. Mais qu’une idée revienne souvent d’abord fugitive, elle prendra plus de consistance, elle s’imposera, le mal empirera et la balance penchera du côté de la folie ; le point de départ seul est faux. On connaît les conclusions de Leuret à ce sujet qui, ayant pris l’idée la plus folle et l’ayant comparée avec celles qui courent le monde, n’y trouve pas de différence.

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