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OBSERVATION IV

Due à Legrand du Saulx-e.

Sommaire : -Erotomane. — Voyages. — Poursuite après un jeune homme.

Sophie appartient à une famille d’ouvriers où la morale la plus sévère a été la règle constante, et cependant, bien avant l’âge de la puberté, on remarquait chez elle une précocité qui obligeait à une surveillance active, et qui même était allée assez loin pour que son p>ère dût lui faire sentir toute son autorité. Menstruée avant l’âge de 15 ans, Sophie sentit se développer en elle des besoins plus précis et mieux déterminés, et dès qu’elle put se soustraire à la surveillance de

(I) In Ann. Méd. Psychologiques, de la Clausirophahie, par B. Bail, 1879. — 6® série, t. 2.

ses parents, elle saisit la première occasion qui se présenta de goûter un plaisir qui, suivant sa propre expression, dépassa de beaucoup ce qu’elle s’en était promis, A partir de ce moment, le besoin devint plus énergique, et ses parents lui devinrent d’autant plus odieux que leur présence s’opposait à ce que ses rapports sexuels fussent aussi fréquents. Elle vint s’installer dans une autre ville, où elle put tout à son aise multiplier les relations qui constituent dès lors le mobile de son existence. Si, d’un côté, la satiété résulte des rapprochements fréquents avec le même individu, la promiscuité avec plusieurs la trouve constamment insatiable, et elle raconte elle-même comment dans la même journée elle passait successivement dans les bras de 3 ou 4 hommes, vis-à-vis desquels elle déployait une ardeur sans cesse renaissante. Autant son bonheur était grand quand elle était satisfaite, autant elle souffrait quand elle devait se résigner à une privation de courte durée. Après quelques mois, elle dut changer de résidence pour fuir ses parents qui avaient découvert sa retraite. Elle alla à Lyon où elle se livra aux mêmes désordres avec un entrain d’autant plus marqué qu’elle y avait pour compagnes deux jeunes parentes, mais elle quitta bientôt celles-ci, parce qu’elles apportaient dans cette débauche un sentimentalisme qui lui déplaisait.

Pour un moment, cette situation semble se modifier sous l’influence d’une grossesse, et sa liaison avec un jeune homme prit alors un caractère tel, que cette affection mutuelle les conduisit à se marier. Cqtte union fut heureuse pendant près de 3 ans ; toute trace du passé semblait effacée, lorsque Sophie se fit de nouveau remarquer par une lésion profonde de ses sentiments affectifs ; on la vit de nouveau quitter son domicile, parcourir le pays, reprendre ses premières habitudes, céder à ses premiers entraînements. Un jour, elle rencontre un jeune homme auquel elle n’adresse pas la parole ; elle lui écrit plus tard pour lui exprimer le regret de ne pas s’être rencontrée avec lui pendant la nuit. Des enfants, qu’elle avait vivement désirés sur l’assurance que l’allaitement serait une source de nouvelles jouissances, considérés pour elle comme une entrave à la satisfaction de son instinct, sont de sa part l’objet des plus mauvais traitements qui compromettent leur existence; elle vend diverses pièces de son mobilier pour satisfaire ses goûts de voyage, et c’est après l’avoir poursuivie pendant plusieurs jours dans ce vagabondage d’un nouveau genre

qu’on se décida à l’isoler. Ces faits embrassent une période de plus de 6 ans (i).

Sophie quitte ses parentes qui étaient trop sentimentales. Le sentimentalisme s’acquiert et exclut généralement l’acte brutal provoqué par le besoin instinctif. Pourtant elle est surprise un jour, elle aime et se marie. Mais la représentation instinctive l’emporte bientôt, et elle court de nouveau le pays à la poursuite d’un jeune homme.

La Pellagre peut être aussi la cause de fugues accomplies sous l’influence du délire que provoque cette maladie. Nous relatons ci-dessous une observation fort intéressante que nous donnons entièrement, car elle peut servir aussi au diagnostic différentiel entre la manie et l’entérite chronique.

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