EXPÉRIENCES
20 juillet 1(SG9. Ingestion de 150 grammes d'infusion de maté (20 gr. de maté pour 250 gr. d'eau) le soir à jeun.
Au bout de quelques minutes, excitation violente; léger mal de tète; sentiment de froid aux extrémités et dans la région lombaire; crampes d'estomac assez douloureuses; tension du ventre; borborygmes.
Quinze minutes après, je suis beaucoup plus calme et éprouve un certain bien-être. Je m'étends sur mon lit; je me sens heureux et suis satisfait de tout ici-bas.
Je reste plusieurs heures calme, immobile, agité de mille pensées agréables, sans pouvoir m' endormir, mais sans éprouver le malaise qui accompagne toujours l'absence de sommeil.
Enfin, à ces impressions plus ou moins vives, succède un sommeil très-paisible, et je me réveille le lendemain matin sans éprouver le plus léger mal de tête ni le moindre accablement...
Au bout de quelques jours, je n'ai plus éprouvé de troubles digestifs à la suite de l'ingestion du maté que je supportais facilement et que je buvais même avec un certain plaisir.
Ui LE MATÉ.
Mais j'ai toujours constaté chez moi cet état de satisfaction et de contentement de toutes choses, en l'absence de toute idée déHrante, ({ui caractérise l'action du maté.
On ne peut point attribuer ces eflets produits par l'infusion de maté à l'inlluence de la caféine contenue dans cette boisson et dont la proportion est assez faible; il vaut mieux, croyons-nous, en rechercher la cause dans les essences aromatiques que contient le liquide, et qui révèlent leur présence par l'odeur et la saveur spéciales qu'elles communiquent au maté, et par lesquelles on peut distinguer facilement cette dernière boisson de l'infusion de thé.
§ 3. Action sur la circulation, la respiration et la calorification. — Les elfels du maté sur l'appareil circulatoire se rapprochent singulièrement de ceux du thé et indiquent, comme pour celui-ci, une prédominance marquée de l'action des essences aromali(pies contenues dans cette boissson sur les effets de la cnféine qu'elle renferme. Les traces sphygmographiques suivants présentent, en effet, après l'inaeslion de l'infusion de maté, une accélération des battemonts du cœur, une augmentation de l'amplitude des oscillations et une diminution de la tension artérielle.
N° 1. — Nomme de 35 ans.
Pouls normal.
Pouls 15 Riitiules après l'ingestion de 60 gr. d'infusion de maté 15 gr. de maté pour 200 gr. d'eau.
Pouls 25 minutes après cette ingestion.
N" 2. — Homme de 30 ans.
Pouis normal.
Pouls 15 minutes après l'ingestion de 60 gr. de cette infusion.
N" 3. — Homme de 25 ans.
Pouls normal.
Pouls 15 minutes après l'ingestion de 00 gr. de cette infusiun.
La respiration éprouve, sous l'influence du maté, une excitation manifeste, qui se traduit par l'accélération des mouvements respiratoires. La calorification est également influencée par cette boisson, si l'on tient compte du léger refroidissement qui se traduit à la périphérie par l'abaissement du thermomètre, après l'ingestion de l'infusion froide, et que nous rapportons, comme pour le thé, à l'augmentation de l'expiration pulmonaire et à l'action frigorifique de la caféine.
§ A. Action sur la nutrition. — La plupart des auteurs qui ont écrit sur le maté se sont enthousiasmés pour l'influence que posséderait cette substance sur la nutrition et sur son utilité dans l'alimentation des ouvriers. Nous avons vu réloge que Mantegazza fait de cette boisson, comme moyen de supporter la fatigue et d'entretenir les forces musculaires. Martin de Moussy n'est pas moins exphcite à cet égard : si l'on en croit cet auteur (1), l'infusion de maté aide
(1^ Martin de Moussy,|/oc. cit., t. I, p. 505.
singulièrement le paysan ou le journalier argentin à supporter facilement, malgré les travaux continuels auxquels il se livre, le régime très-insuffisant et faiblement réparateur auquel il est habitué. Un morceau de viande rôtie en plein air, sans pain et souvent sans sel, ou bien du maïs bouilli dans l'eau avec un peu de graisse, tels sont les aliments qui constituent l'unique repas que prend le peo)i (journalier) chaque soir avant de se coucher; pendant la journée, quelques calebasses de maté suffisent à son alimentation.
§ 5. Conclusions. — Nous n'avons point fait d'expériences pour déterminer la valeur de ces allégations, mais si nous considérons, d'une part l'analogie que présentent le thé elle maté dans leurs éléments constituants et dans leurs principes actifs, d'une autre part la richesse que présente la dernière de ces boissons en essences aromatiques, enfin si nous tenons compte des résultats de nos expériences faites en 1869 et qui démontrent son rôle antidéperditeur, nous croyons devoir rattacher l'influence du maté sur la nutrition :
1° A l'excitation du système nerveux, d'où son j)ovvoir dynamique;
2° Au ralentissement de la dénutrition, d'où son pouvoir antidépenlileur ;
3" A l'assimilation des principes azotés qu'il renferme, d'oii son pouvoir plastique ou réparateur.
Nous ne connaissons à peu près rien des effets thérapeutiques du maté, et il n'y a guère que Mantegazza qui nous ait fourni quelques renseignements sur les vertus curatives attribuées à cette substance.
D'après Mérat et Delens (l), les Indiens du sud de l'Union
(Ij Dictionnaire de malière médicale, t. III, p. Ldl.
font le plus grand cas des feuilles grillées prises en infusion, et s'en servent comme d'un puissant diurétique contre les calculs, la colique néphrétique, la goutte, etc. Mantegazza (1), tout en refusant au maté cette propriété, pense que ce médicament n'est utile que comme excitant du système nerveux. A ce point de vue, il en a constaté souvent les heureux eftets dans la convalescence de la fièvre typhoïde et dans d'autres états morbides caractérise's par la torpeur ou l'inertie de l'appareil cérébro-spinal.
Quant à son emploi comme succédané de la noix vomique, dans les paralysies, il n'en a obtenu aucun résultat satisfaisant. Mais c'est un purgatif léger, qui agit en favorisant le mouvement péristaltique de l'intestin.
Enfin, il dissipe facilement l'insomnie déterminée chez certaines personnes par l'usage prolongé et l'abus du café.
(1; Maniogazza, Echo médical suisse, 1859, p. 588.