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ACTION SUR L'APPAREIL DIGESTIF

d'un certain temps, de la sécheresse de la gorge et de la soif. Après quelques minutes de mastication, le résidu ne contient plus que la partie fibreuse des feuilles.

Il en est de la coca comme du tabac ; quand on n'y est pas habitué et quand on la chique à dose suffisante, elle peut produire des nausées, des vomissements, des défaillances (Moreno y Maïz).

Pendant la mastication, le goût est aboli et demeure obtus pendant un temps plus ou moins considérable (Demarle) .

Dans l'estomac, la coca développe un sentiment de chaleur et de plénitude qui semble diminuer la faim (Von Martius)(l), une sorte de bien-être qui dure tout le temps de la mastication (Rossier) (2), une augmentation de l'appétit (Demarle).

Quant à nous, après avoir mâché les feuilles de coca, nous avons toujours ressenti une impression désagréable, un dégoût pour les aliments, un sentiment de plénitude et de pesanteur dans l'estomac, accompagné de sécheresse et même de douleur de £>oroe.

Ces effets ont été tout autres quand nous ingérions, comme nous l'avons fait plus souvent, l'infusion assez concentrée de feuilles de coca ; nous avons éprouvé alors le bien-être et les sensations agréables que Rossier mentionne dans son travail.

Il faut, d'après nous, faire une grande distinction entre les effets produits par la mastication des feuilles et ceux déterminés par l'ingestion de l'infusion ; tandis que la mastication des feuilles ne déterminait guère chez nous que de la salivation et une saveur assez repoussante, l'infusion chaude et concentrée nous a toujours laissé une impression agréable, comparable à celle que détermine dans l'estomac l'ingestion d'un mélange de café et d'eau-de-vie.

(1) Von Martius, Sijstema maleriœ. medicœ hrasiliensis. Broch. in-S», 1843.

(2) Rossier, Sur l'action physiologique des feuilles de coca. (Echo médical suisse, avril 1861.)

364 LA COr,.\.

Nous îivons remarqué égalemcnl que la coca facililail ' beaucoup l'évacuation des selles et déterminait souvent <!(' la diarrhée, parfois quelques coliques.

On constate l'odeur de la plante dans les urines et dans les matières fécales.

!^ il. Action sur le système nerveux. — La coca a une action incontestable sur le système nerveux. Tous les auteurs le reconnaissent, mais les descriptions qu'ils en ont faites varient suivant chacun d'eux. Nous ne pouvons expliquer les différences et les contradictions qu'elles présentent, qu'en les rapportant à l'emploi de substances différentes dans les expériences instituées dans le but de déterminer les principaux effets de la plante péruvienne. Mantegazza (I) a décrit dans les termes les plus enthousiastes l'action merveilleuse de la coca sur le système nerveux, et le taldeau qu'il a traci'' des troubles suscités par l'ingestion de cette substance a paru tellement étrange et tellement exagéré, que certains observateurs c^) ont douté de la véracité des faits avancés par le médecin italien. Quelques-uns même, ayant voulu vérifier ses résultats par l'expérimentation physiologique, sont arrivés à des résultats tout différents.

Nous avons lu avec attention les principales descriptions des auteurs concernant les effets de la coca sur le système nerveux. Nous avons essayé de déterminer les points principaux sur lesquels toutes s'accordent, et nous avons présenté dans le tableau suivant les elYets les plus constants observés par les expérimentateurs, aussi bien chez l'homme que cliez les animaux.

(1) p. Mantegazza, Sulle virlu iijieniche e medicinnli délia coca. Milano, 1859. (Extrait des.lHH. unir, di Medicina, mars 1859.)

(2) Wœlher,riossier, Gosse, Demarle, Ueiss, Lippmann, Moreno vMaïz, etc., etc.

IS

^ /- '^ S ïf ;

366 LA r.OCA.

Un simple coup d'œil jeté sur le tableau précédent suflîl

pour se faire une idée de l'aotion de la coca sur le système nerveux : elle consiste :

I" Quand la substance est prise à petite dose, dans une excitation vive de l'appareil cérébro-spinal : augmentation de Tactivité et de l'énergie des mouvements musculaires et stimulation des facultés intellectuelles ;

2' A haute dose, dans le désordre et Tirrégularité delà locomotion, dans la perturbation des fonctions cérébro-spinales, dans un délire calme, heureux et tranquille, et enfin dans une paralysie et une aneslhésie plus ou moins complètes.

Tels sont, du reste, les effets que nous avons éprouvés nousmême en nous somnettant à plusieurs reprises, et dans des conditions difîérentes, à l'influence de la coca. Nous transcrivons ici les résultais d'une expérience faite sur nous-mème.

['2 juillet 1869. Ingestion de 150 grammes d'une infusion de coca, à jeun et dans l'après-midi. Pas d'effets notables.

Dix minutes après, nouvelle ingestion de 150 grammes. de la même infusion : excitation générale du système nerveux, offrant beaucoup d'analogie avec celle que détermine l'absorptitin d'un mélange de café et d'eau-de-vie. Stimulation des facultés cérébrales, disposition au travail et surtout à la fatigue corporelle, impatience et promptitude dans les mouvements, rapidité dans l'écriture. Je ne puis rester à la mémo place; je sens le besoin de sortir de mon cabinet, de marcher, de courir.

Dix minutes après, nouvelle ingestion de HX) grammes : excitation violente de l'imagination. Le besoin d'exercice augmente encore. Je m'aperçois que ma main tremble et que j'ai de la peine à écrire. J'éprouve des tremblements dans les jambes, des frissonnements dans le dos, et je ne puis i ester immobile. Il m'est arrivé plusieurs fois de prendre l'infusion de coca le soir, avant de me coucher, et j'ai toujours remarqué, une fois dans mon lit, un certain malaise produit

par le désir de me mouvoir. Ainsi, je trouve dans mes notes les lignes suivantes : « 15 juillet, onze heures du soir, .le me tourne, je me retourne sans cesse ; je suis mal à l'aise sur le côté gauche comme sur le côté droit... A certains moments, je crains de manquer d'équilibre et je crois être transporté dans l'espace... Je me lève, je marche à grands pas dans ma chambre; il me semble que je pourrais courir pendant longtemps... .le ressens dans toute ma personne une légèreté et une souplesse indéfinissables. »

Un quart d'heure après , ces impressions étaient ordinairement remplacées par de la lourdeur de tête, de la somnolence, de la tendance au repos et à l'immobilité. J'ai parfaitement constaté, comme Rossier, que « ce n'est pas alors la faculté de se mouvoir qui fait défaut, mais que c'est le besoin de vouloir qui manque ».

A quoi faut-il attribuer cette action énergique que l'infusion de coca exerce sur le système nerveux? Une grande partie de ces effets doivent être rapportés certainement à la cocaïne; tels sont particulièrement les troubles que cette boisson détermine du côté de l'appareil sensitivo-moteur, comme l'ont démontré les expériences instituées avec cet alcaloïde sur les animaux, par Moreno y Maïz et par Lippmann (1). Mais si l'on rapproche de ces troubles médullaires le tableau des phénomènes qui résultent chez l'homme de l'ingestion d'infusion de coca et dans lequel prédomine

(1) Voici les faits qui résultent de ces expériences et que nous avons constatés également :

A petites doses (0sr,005 à 0s'",0i5 en injection sous-cutanée), la cocaïne détermine une excitation de la motilité, produit des secousses dans les membres, de véritables convulsions cloniques et un peu d'exagération de la sensibilité.

A doses élevées (0sr,05), elle produit des tremblements convulsifs des màclioires, de violentes convulsions tétaniques dans les quatre membres ; tandis que la motricité persiste, comme on peut s'en assurer en soumettant les muscles (le l'animal mis en expérience à l'influence de l'excitation électrique, la sensibilité est abolie. L'anesthésie peut être complète et la mort se produire après un ralentissement considérable des battements du cœur. A ce point de vue, la cocaïne présente une certaine analogie avpc la strychnine (Lippmann).

:{t)8 I-A COCA.

prédomine une excitation plus ou moins violente des fonctions cérébrales et des facultés intolloctuelles, on ne peut expliquer ces phénomènes uniquement par l'iniluence dtla cocaïne, qui n'agit point ou très-faiblement sur le cerveau, mais en les rapportant aux principes aromatiques contenus dans l'infusion.

. §3. Arfion sur la circulation, la rcspiralion et la calorification. — Nous avons vu que les descriptions des auteurs contenaient les contradictions les plus étranges concernant l'action de la coca sur le système nerveux; nous ne nous étonnerons donc pas de retrouver ces mêmes contradictions dans l'étude des effets de la feuille péruvienne sur les principales fonctions qui dépendent de ce système.

En effet, tandis que, d'après Mantegazza, la coca produirait des palpitations de cœur et une accélération du pouls (13i pulsations par minute, le cliilTre normal étant de ()o), pour Rossier, cette accélération ne serait que temporaire et serait toujours suivie d'un ralentissement appréciable au bout de 5 minutes, d'autres fois au bout de 10 ou 15 minutes; de son côté, Reiss (1) soutient que le pouls reste invariable après la mastication des feuilles, - Pour résoudre ce problème, Demarle a institué des expériences qui confirment l'opinion de Rossier; sur un sujet qui présentait 80 pulsations par minute, le pouls tomba à 7^ sous l'influence de la coca, au bout de 40 minutes; à 68 au bout de l heure 1/3.

Le pouls de l'auteur présenta les modifications suivantes sous l'influence de 10 grammes de coca, pris en infusion froide dans 300 grammes d'eau :

Pouls normal 7G

Après -0 minutes 64

Après 1 heure 60

Durant 2 heures 68

Pendant toute la journée 72

(1) Reiss, Note sur l'emploi de la coca. {Bulletin de thérapeutique, 1866.)

ACTION sur; LA CIRCULATION. 369

D'un autre côîé, Lippmann insiste avec raison sur l'influence que possède toute boisson chaude sur l'accélération du pouls, et dont il faut tenir compte quand on prend l'infusion de coca à une température élevée. Il a lui-même remarqué que, tandis que l'infusion chaude proiluil une accélération du pouls, l'infusion froide n'agit aucunement sur celui-ci, fait qui a été également noté par Moreno y Maïz.

Nous avons dû vérilierces résultats; les tracés sphygmographiques suivants, que nous avons pris sur plusieurs individus soumis à l'action de la coca (Inl'usion froide), nous ont démontré, à la suite de l'ingestion de celle boisson aromatique, un certain ralentissement du pouls avec augmentation de la tension artérielle :

N° 1 . — Homme de 28 ans.

Pouls normal.

Pouls 5 minutes après l'ingestion de 60 gr. d'infusion de coca 15 ST. de coca sur 200 sv. d'eau.

Pouls 15 minutes après celle ingestion.

N° 2. — Homme de 28 ans.

Pouls normal.

Pouls 15 minutes ai.rùs l'incesliuii de GO sr. de la même infusion.

M.\Rv.\i.o. — Aliments d'épargne.

N° 3. — Homme de 35 ans.

Pouls normal.

Pouls 15 minutes après l'ingestion de 60 gr. de la même infusion.

Il nous a été facile de démonti-er que celte action de Finfusion de coca sur la circulation doit être rapportée à l'influence de la cocaïne que ce liquide contient. Comme nous avons pu nous en convaincre en employant cet alcaloïde sous forme d'injection sous-cutanée et à la dose de 1 à 5 millig., il détermine des effets tout à fait comparables à ceux delà caféine; environ dix minutes après son introduction dans l'organisme, il se produit une diminution du nombre des pulsations, de la petitesse du pouls, avec augmentation de la tension artérielle, comme on peut le constater par l'inspection des tracés suivants :

1" Pouls normal : 60 pulsations.

2'' Pouls 15 minutes après l'injection sous-cutanée de 5 milligr. de cocaïne. 56 pulsations

L'action de la coca sur la respiration a été peu étudiée. Quant à nous, ce qui nous a frappé le plus dans nos expériences, r/est l'irrégularité des mouvements respiratoires. Rarenr.enl nous avons trouvé la respiration accélérée : elle

A<;TI0N sur L'APPAREIL DE LA ChlNÉRATION. 371

est plus souvent ralentie; conclusion qui résulte également des observations de Demarle.

C'est à tort que Mantegazza a prétendu que de fortes doses de coca déterminaient une fièvre passagère avec augmentation de la chaleur et accélération des mouvements respiratoires.

Il est vrai qu'il a constaté chez un sujet, après l'absorption de cette boisson, 37", 5 à la paume de la main et 38% 5 sous la langue. Mais on peut attribuer cette élévation de chaleur à ce que l'auteur a fait usage d'infusions chaudes... Quoi qu'il en soit, il est permis de douter de la valeur de ces résultats, quand on les compare à ceux qu'ont obtenus Demarle et Moreno y Maïz dans leurs expériences.

Quant à nous, employant l'infusion de coca à la température ordinaire, nous avons toujours noté, quelque temps après l'ingestion, un faible abaissement de la chaleur organique.

§ i. Action sur V appareil de la (jénération. — C'est à la tradition, autant qu'aux résultats de l'expérience, qu'il faut attribuer la réputation d'aphrodisiaque attribuée à la coca.

Cette plante, si préconisée à cause de cette propriété chez les anciens habitants du Pérou, où Vénus était représentée dans les figurines avec une feuille de coca dans la main, exerce pourtant une action réelle sur l'appareil génital. Nous nous en rapportons peu, il est vrai, aux faits cités par Unanué (1), de « coqueros arrivés à quatre-vingts ans, et cependant capables de prouesses que ne renieraient pas les jeunes gens dans la vigueur de l'âge ». Mais les expériences que nous avons faites nous ont démontré l'influence de la coca sur les organes génitaux, qu'elle excite à la façon du café, et plus que cette dernière boisson. Et c'est à tort, croyonsnous, que Moreno y Maïz (îii) a mis en doute cette propriété aphrodisiaque.

(1) H. Uiianué, Diserlacio sobre e! aspecto, cultiva, coinercio y virtudes délia famosa planta del Peru nombrada Coca. Lima, 1794.

(2) Lac. cit., p. 65.

§ 5. Adioii sur la nuirition. — Il serait beaucoup trop long de rapporter ici les récits étranges qui ont été publiés par les voyageurs, et où sont longuement décrits les cflels merveilleux de la coca sur la nutrition. Nous nous bornerons donc seulement à exposer les faits les plus remarquables qui tendent à démontrer le pouvoir alimentaire de cette plante, nous réservant ensuite de les discuter etde les comparer aux l'ésultats de nos propres expériences, pour en lirer quelques conclusions utiles.

Ce sont surtout les explorateurs du Pérou qui ont exalté les propriétés nutritives et reconstituantes de la coca. C'est Tsdiudy (1) qui raconte qu'un Indien fit un travail pénible, pendant cinq jours et cinq nuits, en ne dormant que deux heures par nuit, sans prendre d'autre nourriture qu'une i/'2 once espagnole (14 grammes) de feuilles de coca qu'il chiquait toutes les deux ou trois heures. D'après cet auteur, le même Indien aurait fait ensuite :^3 lieues à pied, en chiquant la coca, et ne se serait arrêté que pour préparer sa chique.

C'est Unanué qui cite un autre Indien, courrier de Chiquisaco à la Paz (dont la dislance est de plus de 100 lieues), qui n'emportait chaque fois, pour toute nourriture, qu'un kilogramme de maïs torréfié Ou de pommes de terre gelées et séchées, et sa provision de coca. Aussi, pour cet auteur, la coca « est la plante la plus tonique du régné végétal ».'

« Les Indiens qui en font usage, dit Yaldez y Palacios (:2), peuvent résister aux travaux les plus forts des mines, non moins qu'aux exhalaisons métalliques pernicieuses, sans repos et sans aucune précaution contre les intempéries du climat; soutenus par la coca, ils font des centaines de lieues, à pied, courant aussi vite qu'un cheval. »

(I) Tscliudy, rieiseskh<en ans Peni, lit den Jahren 1838-42, t. II. Saint- Gallcn, 1846.

(2j Cité par Morcno y Maïî.

ACTION SLR LA NUTRITIO-X. 373

D'après Stevenson, avec une bonne provision de coca, les naturels peuvent rester quatre à cinq jours sans prendre d'autre nourriture, même en travaillant sans interruption.

Enfin, Pœppig, Scherzer, Angrand, etc., citent des faits analogues.

Plusieurs auteurs attribuent uniquement à l'action excitante de la coca sur le système nerveux son influence sur la nutrition.

Ainsi, Angrand (1) la considère « comme une occupation pour les nerfs » ; Weddell (2), « comme un excitant spécial dont l'action, au lieu d'être localisée, comme celle du café et du thé, est diffuse et se porte sur le système nerveux en général, où se produit une stimulation soutenue, très-propre à donner, à ceux qui en sont l'objet, cette résistance attribuée à tort à des propriétés nutritives particulières. » Rciss croit qu'elle ne peut pas remplacer la nourriture, mais (.( qu'elle en atténue parfaitement la privation, en soutenant l'activité et les forces musculaires >).

Enfin, Moreno y Maïz restreint encore le rôle de la coca en l'envisageant comme un trompc-la-faim et non connue un aliment capable de la satisfaire (3).

Il est certain que sous l'influence do cette boisson se manifeste une excitation du système nerveux que nous avons, du reste, étudiée plus haut. A ce titre, elle peut donc agir indireclement sur la nutrition.

Mais si cette excitation peut tout au plus expliquer une énergie momentanée dans les mouvements, elle est complètement insufiisante pour rendre compte de cette résistance prolongée à la fatigue et à la marche, sur laquelle les auteurs ont tant insisté.

(1) Angrand, Xote sur la coca, dans le Pérou, avant la conquête espagnole. Paris, 18."j8.

(2) Weddell, Voijage dans le nord de la Bolivie, etc., 1853.

(3) L(3c. cit., p. 5'Jelsuiv.

Quant aux principes nutritifs contenus dans la coca, on ne peut nier leur importance ; l'analyse démontre, en eflel, dans les feuilles et surtout dans la cocaïne, une forte proportion d'azote unie à des substances hydrocarbonées assimilables. Mais quand on envisage la faible quantité de feuilles de coca qui servent à l'alimentation des Indiens, on voit qu'il n'est pas possible de prendre uniquement en considération la proportion de matières azotées contenue dans ces feuilles pour expliquer le pouvoir nutritif qu'elles possèdent.

Les résultats des expériences entreprises par les pliysioloiiistes sont tout à fait contraires à cotte explication. En effet. Cl. Bernard, dans le but de déterminer expérimentalement la valeur alimentaire de la coca, laissa à jeun, pendant deux jours, deux jeunes lapins d'environ six semaines, de même force et de même grosseur.

Il fit absorber au premier 2 grammes d'extrait de coca; au second :2 grammes d'extrait de réglisse.

Les deux lapins moururent en même temps, deux jours après cette ingestion, c'est-à-dire quati'e jours après avoir été privés de nourriture.

Demarle fit la même expérience avec deux jeunes chats de la même portée, sevrés de leur mère et nourris depuis plusieurs jours avec du lait ordinaire bouilli. Il leur donna la coca en poudre à doses croissantes (3 grammes le premier jour pour les deux, en augmentant de 50 centigrammes pour chacun tous les deux jours), dans de la colle d'amidon mêlée d'abord avec du lait et du sucre, mais dans laquelle on diminua successivement le lait et le sucre, de manière à con stituer, au bout de peu de temps, une alimentation composée presque exclusivement de coca.

Dès la fin de la première semaine, ils présentèrent tous les deux de la torpeur et de l'affaiblissement, ainsi que de la répugnance pour la coca, qu'on était obligé de leur faire avaler à l'aide d'une cuiller.

ACTION SUR LA NUTRITION. 37r.

Ils moururent, l'un le treizième, l'autre le dix-septième jour; le premier avait consommé 36 à 40 grammes de coca; le second, environ 70 grammes (en moyenne ï gr. par jour).

Demarle observa les mêmes phénomènes sur une poule et sur un lapin de forte taille, soumis à la coca; ces deux animaux étaient sur le point de mourir d'inanition quand ils furent rendus à leur alimentation habituelle.

« S'il faut faire de la coca un aliment, ajoute Demarle, j'en ferai un aliment respiratoire, que je placerai à côté du café et du ihé, quoique beaucoup au-dessus d'eux, et je croirai être dans le vrai en disant qu'elle est, comme eux, un aliment insuffisant. »

Moreno y Maïz arrive aux mêmes résultats, et ses expériences démontrent que l'alimentation par la coca, loin de prolonger la vie, semble au contraire hâter la mort.

1" Deux pigeons sont soumis à la même heure à la diète; on donne à l'un une pilule de 0s'',05 d'extrait de coca, à l'autre une pilule d'extrait de réglisse qu'il ne mange qu'en partie. Tous les deux meurent (rente-lrois heures après le début de l'expérience : ils avaient perdu une égale quantité de poids; celui qui était soumis au régime de la coca succombe un quart d'heure avant le second, dans les convulsions et avec un opislhotonos marqué.

2" Deux rats blancs sont soumis au régime journalier suivant :

Le premier. ^Le second.

Fromage 5 grammes. Fromage 7 grammes.

Extrait de coca ... 2 —

Le premier meurt 5 jours après le commencement de l'expérience; le second lui survit. Le premier perd 61 grammes de son poids ; l'autre n'en perd que 44 grammes, c'est-àdire J 7 de moins.

Tous ces faits nous semblent suffisants pour démontrer que la coca ne possède pas de valeur bien appréciable comme aliment plastique ou réparateur.

Enfui kl coca peut agir sur la nulrilion à un dernier point de vue, c'est comme aliment d'épargne.

Cette propriété a été affirmée par Gosse (1), d'après lequel la coca prévient les perles matérielles incessantes que subit l'organisme, de manière à rendre moins nécessaire sa réparation immédiate et absolue, a Cette réparation, dit-il, n'ayant pas besoin d'être aussi considérable, on conçoit que la portion de la matière extractivesoluble des feuilles, toute faible qu'elle soit, unefois assimilée, puisse suffire jusqu'à un certain point, et pour un temps limité, à maintenir l'équilibre. »

Demarle, plaçant la coca à coté du café et du tbé, f envisage comme un aliment d'épargne, mais, de même que ces dernières boissons, insuffisant à la nutrition.

Telle est également l'opinion de Lippmann, qui considère cette substance <( comme ralentissant les décompositions organiques et rendant moins fréquent le besoin d'assimiler ».

Nos expériences confirment ces derniers faits, et l'influence que nous a semblé exercer la coca sur la composition des urines démontre suffisamment son rôle anlidéperditeur. Elles ont de plus démontré que cette influence doit être rapportée à la cocaïne, qui passe inaltérée dans les urines, comme fa constaté Moreno y Maïz, et dont f ingestion s'accompagne, ainsi que nous favons reconnu sur nous-même, de la diminution de l'urée et des matières exlraclives éliminées par la sécrétion rénale (i).

(I) Gosse, Monographie de l'Enjlhro.rulum coca. Bruxelles, 1862.

(i) Dans une thèse soutenue en ISÔO devant la faculté de médecine de Paris, r.azeau (voy. Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1870, p. 801) a rapporté quelques expéiiences faites .sur lui-niènic et d'après lesquelles la coca, loin de ralentir et d'entraver la dénutrition, auf;incnterait au contraire les oxydations organiques et activerait la désassimilafion des tissus. A la suite de ringestion de cette substance, cet observateur aurait constaté, en effet, sur luimême une augmentation dans la projiorlion d'urée élinn'née par les urines, une certaine élévation de la température et de l'accélération du ]iouls.

Malgré ces rcsnllals contraires aux nôtres et à ceux de Demarle et de

§ G. — En résumé, nous croyons devoir attribuer l'influence de la coca dans la nutrition :

1" A Texcitation qu'elle détermine du coté du système nerveux cérébro-spinal, grâce à la cocaïne qu'elle renferme et qui agit spécialement sur le pouvoir excito-moteur de la moelle et qui augmente principalement la motilité, et grâce aux essences aromatiques développées dans l'infusion et auxquelles on peut rapporter les effets cépbaliqucs qui surviennent à la suite de son ingestion (pouvoir dynamique);

2° Aux principes azotés que cette boisson contient et qui expliquent son pouvoir réparateur ou plastique;

.j" Au ralentissement de la dénutrition, dû à l'influence de la cocaïne (pouvoir antidéperdileur).

Malgré la réputation considérable dont jouit la coca en Amérique comme substance médicamenteuse; bien que cette plante soit devenue une sorte de panacée universelle au Pérou et en Bolivie, où elle est préconisée aussi bien en application externe contre les plaies, les ulcères et les fractures, qu'à l'intérieur, sous forme d'infusion, contre les maladies les plus dissemblables, il faut avouer qu'elle n'a encore été que bien

Lippinann, il est di-sposL' à attribuer à la coca un pouvoir alimentaire considérable, en s'appuyant sur ce fait qu'il put lui-iiième, grâce à l'ingestion (le U) à "20 grammes de poudre de cetti' substance, supporter facilement une iliète de trois jours. 11 pense que rintluencc remarquable que présente la coca cliez les individus soumis à l'abstinence ou à un régime alimentaire insuffisant, peut s'expliquer en admettant qu'elle favorise les phénomènes de l'autophagisme et peut aider puissamment Torganismc à subsister alors aux dépens de sa propre substance.

Il nous est impossible d'admettre une semblable explication si contraire aux lois physiologiques, et qui ne tendrait à rien moins qu'à faire considérer l'augmentation du mouvement de dénutrition comme une condition favorable à l'entretien des tissus vivants et au maintien de leur activité et de leur fonctionnement.

peu employée en Europe, et que son usage est aujourd'hui exceptionnel dans les hôpitaux.

Pourtant, quelques vulgarisateurs, parmi lesquels nous citerons Unanué et Bolognesi en Amérique, Mantegazza en Italie, Martius et Reiss en Allemagne, Demarle en France, ont étudié l'influence de cette plante dans plusieurs affections (i).

Bien que ces essais thérapeutiques soient encore trop peu nombreux pour qu'on puisse juger de la valeur médicamenteuse de la coca, ils doivent suffire cependant pour placer cette substance dans le cadre de la matière médicale.

Nous savons trop combien il faut se tenir en garde contre l'engouement et l'admiration qui accueillent presque toujours un médicament nouveau, pour nous arrêter longtemps aux affections contre lesquelles la coca a été préconisée.

Nous ne ferons donc que mentionner : les résultats heureux obtenus par le docteur Sch^valk, par l'emploi de cette substance dans la pneumonie; les publications de Mantegazza, sur ses effets meiTcilleux dans les cas d'irritation spinale, de convulsions idiopatliiques, d'hypochondrie, d'aliénation mentale; son influence favorable, signalée par les médecins américains, contre le rhumatisme et les fièvres intermittentes, etc.

Il résulte de l'examen minutieux que nous avons fait des publications qui signalent les principaux effets thérapeutiques de la coca, que cette substance peut être employée :

r Comme sfoyiiachiquc; c'est à ce titre qu'elle est utile dans les dyspepsies, contre les gastralgies les plus rebelles (Unanué), contre la gastrodynie, le pyrosis (Frankl, Walter, Bolognesi, Demarle) (ce dernier, atteint de pyrosis depuis longtemps, dut sa guérison à la mastication de feuilles de coca); contre les indigestions, l'iiypochondrie (Martin de Moussy, von Martius, Mantegazza);

2° Comme excitant du système nerveux, la coca a été l'objet de quelques essais à l'hospice de Bicêtre, de la part de Gosse, qui Ta employée avec succès contre les paralysies musculaires;

3" Comme médicament antidésassimilateur, elle a une utilité incontestable, signalée depuis quelque temps, dans tous les états morbides où l'économie est débilitée, où il y a allanguissement des fonctions, affaiblissement des organes, atonie des appareils et des éléments organiques, en un mot, diminution de la vitalité.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir cette substance préconisée par les auteurs contre la chlorose avec ses accidents variés (leucorrhée, hystérie, troubles névralgiques), contre les pertes séminales, les incontinences d'urine, et contre certains états diathésiques ou cachectiques (scrofule, syphilis, tuberculose, cachexie palustre), où, d'après Mantegazza, Reiss, Demarle et autres, elle aurait eu quelques succès.

Mentionnons encore l'emploi de la coca comme dentifrice. D'après Juliani, Unanué, Mantegazza, elle conserverait les dents en prévenant et en calmant les douleurs, et combattrait l'engorgement des gencives, surtout l'engorgement scorbutique et la stomatite aphtheuse. Elle est, de plus, diaphorétigue et laxative. Enfin, elle favoriserait la sécrélion du lait, si nous en croyons Reiss, qui prétend que les nourrices en sont très-friandes au Pérou.

CHAIMTKfc: VI

EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET PATHOLOGIQUES RÉSULTANT DE l'aCTION PROLONGÉE ET IMMODÉRÉE DES BOISSONS AROMATIQUES.

^ l . — ■ Un certain nombre de faits ressortent de l'étude piécédente des boissons aromatiques (et spéciab-ment de nos i-echerches), concernant l'action spéciale exercée dans l'organisme sain par chacun de leurs principes actifs.

Un premier point sur lequel nous devons appeler l'attention du lecteur, c'est la nécessité de la torréfactiou, opération préliminaire à laquelle sont soumises, comme nous l'avons vu, toutes les substances employées à la préparation des boissons aromatiques, et qui est indispensable, puisque, comme l'ont démontré nos expériences, elle est une condition nécessaire au développement des essences aromatiques qui interviennent si utilement et si puissamment dans la production des effets intellectuels exercés par ces boissons artilicielles. D'un autre côté, il est établi maintenant que malgré les modifications que subissent alors ces substances, la torréfaction n'a point d'influence sur la proportion des alcaloïdes qu'elles renferment et qui persistent dans les boissons aromatiques.

D'après ces considérations, il serait inutile d'insister longuement sur l'importance qu'il faut attribuer à une torréfaction convenable, au point de vue des propriétés physiologiques et excitantes des boissons dont nous avons à faire l'étude, fait parfaitement connu dans la pratique, mais qu'on ne s'expliquait pas suffisamment avant les recherches que nous avons mentionnées.

De plus, l'élude précédente, en établissant que les effets cérébraux et l'influence sur les facultés intellectuelles [des boissons aromatiques doivent être attribués principalement aux essences volatiles contenues dans chacune de ces boissons, nous permettent de signaler ce fait intéressant que parmi ces dernières, celles qui contiennent ces essences en proportion la plus forte doivent être, en môme temps, celles qui agissent avecle plus d'intensité sur l'encéphale et qui déterminent les troubles intellectuels les plus marqués. C'est, en effet, ce qu'indiquent l'observation et la pratique, quand on compare, au point de vue de leur influence sur les facultés cérébrales, les boissons aromatiques dont nous avons à faire l'élude. A ce point de vue, on peut les classer dans l'ordre suivant, qui exprime en même temps leur richesse en essences aromatiques et leur pouvoir cépJialique :

i" Maté; 2^ Café; 3" Thé; A" Coca; 5° Cacao;

D'un autre côté, nous avons \ti que toutes les boissons aromatiques dont nous avons présenté l'étude dans ce travail contiennent un alcaloïde particulier (caféine ou cocaïne) dont l'influence sur le pouvoir excito-moleur de la moelle est manifeste et se traduit, d'un côté par une augmentation do la motilité, surtout sensible pour la cocaïne, d'un autre côté par un certain ralentissement de la dénutrition. Au point de vue de leur rôle antidéperdileur, on peut donc les classer dans l'ordre suivant, qui indique en même temps rintensilé plus ou moins grande de leurs effets médullaires :

1° Coca; -2" Thé; 3" Café;

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