LES BOISSONS AROMATIQUES
k" Maté;
5° Cacao; "
Au point de vue de leur pouvoir plastique, qui dépend évidemment de leur richesse en substances azotées, on peut ranger ces boissons dans l'ordre suivant :
1° Cacao;
2" Thé;
3° Maté;
4" Coca;
5° Café; ^ ^
Enfin, leur pouvoir calorifique résulte nécessairement des substances grasses qu'elles renferment ; à ce point de vue, il n'y a guère que le cacao qui, parmi ces boissons, grâce à la proportion considérable de corps gras qu'il contient, puisse jouer un certain rôle comme source de chaleur dans l'économie; quant aux autres boissons, la quantité de graisse contenue dans quelques-unes, dans le calé par exemple, est trop insignifiante pour qu'on puisse leur attribuer la moindre valeur comme aliments thermogènes.
§ 2. — Telles sont les propriétés physiologiques que présentent comme substances alimentaires les boissons aromatiques dont nous venons de faire l'étude. Mais à côté de ces effets bienfaisanls et uliles qu'elles déterminent dans l'organisme, il est intéressant de signaler ici les inconvénients et les dangers que peuvent présenter leur usage immodéré et leur consommation abusive.
On sait, en elVef, que l'ingestion d'une grande quantité d'une forte infusion de café ou de thé peut occasionner, chez les personnes nerveuses et qui ne sont pas habituées à ces boissons, des accidents qui constituent une véritable intoxication aiguë et qui se rapprochent singulièrement de ceux qui résultent de l'ivresse alcoohque. Ces accidents, signalés
par Michel Lévy, par .1. Col (1) et par d'autres observateurs, consistent dans un état passager d'exaltation cérébrale, avec délire, insomnie, céphalalgie, troubles de la vue, hallucinations, gêne de la respiration, palpitations de cœur, tremblement des mains et des pieds, etc.
On peut donc admettre une ivresse caféique tout à fait comparable à l'ivresse alcoolique, et dont les troubles s'expliquent suffisamment par l'action de la caféine ou de la théine, substances qui, comme nous l'avons vu, constituent de véritables poisons pour les animaux soumis à leur influence.
Si l'on tient compte de la richesse en caféine de certaines espèces de thé, on s'étonnera moins des quelques cas d'empoisonnement déterminés par l'ingestion immodérée de cette boisson aromatique et cités par le docteur Isnard.
Dans l'observation recueillie par ce médecin (^), c'était un homme de quarante ans auquel on avait administré 1 litre XjiL d'infusion de thé contenant 50 gr. de thé noir. Le malade présenta les symptômes suivants :
Exaltation cérébrale furieuse , violentes souffrances, crampes très-douloureuses ayant envahi successivement les mollets, les cuisses, les bras, les avant-bras, les mains et l'estomac; accélération du pouls et élévation de la température.
Ces symptômes ne s'améliorèrent qu'au bout de deux ou trois heures, à la suite de l'ingestion d'une potion opiacée, et disparurent complètement le lendemain après une transpiration excessive.
Nous n'ayons pas trouvé de cas d'empoisonnement analogue déterminé par le café; ce qui s'explique naturellement par la faible proportion de caféine que renferme cette der-
flj J. Col, Des effets funestes du café et du tlié prisen riuantité considérable. {Gazette médicale de Paris, 1833, p. 439.)
("2j Isnard, Ejfets toxiques du thé à hautes doses, sa valeur thérapeutique. (France médicale, 1865, p. 6ôr2.;
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nière boisson, comparativemenl à la richesse en théine que présente le thé.
On sait cependant que Payen, en tenant compte du poids de l'homme, a calculé qu'il ne faudrait pas moins de l kilogramme de thé en substance pour produire des accidents toxiques. Nous ne partageons pas complètement les opinions de cet auteur sur la complète innocuité que présenterait l'ingestion à haute dose d'une forte infusion de tlié, et d'après les résultats de l'analyse chimique qui indique dans certaines espèces de thé une richesse en caféine qui peut aller jusqu'à 5 pour 100, comme d'apiès les expériences aux- (juelles nous nous sommes livré nous-môme et qui nous ont révélé que 50 cenlig. de cet alcaloïde suflisaient pour produire chez l'homme des effets sensibles sur les grandes fonctions de l'organisme, nous pensons qu'on peut parfaitement admettre rinlluence toxique reconnue par Isnard, dans le cas que nous avons signalé plus haut.
Quant au maté, dont l'action nous a paru se rapprocher singulièrement de celle du thé, nous n'avons sruère constaté de dérangement des facultés intellectuelles sous rinlluence des doses auxquelles nous nous sommes soumis; la boisson prise à forte dose nous inspirait toujours une certaine répugnance et s'accompagnait, dans certains cas, de douleur à la région épigastrique, de nausées et de diarrhée. A la suite de l'ingestion immodérée de cetie boisson, les symptômes digestifs nous ont toujours semblé prédominants, tandis que les troubles détermines du côté du système nerveux n'étaient i[\ie secondaires.
La coca peut déterminer des eflets analogues ; l'ivresse cocaique a été signalée par la plupart des auteurs qui se sont occupés de l'étude de celte plante, et principalement par Pœppig et par Tschudy. Nous l'avons éprouvée nous-mème, sous l'influence d'une forte infusion de coca prise le soir à Jeun et avant de nous coucher; et nous avons pu nous con-
EFl'ETS PATHOLOGIQUES. 3tîr>
vaiiKTO que les impressions que l'on éprouve alors sont tout à fait comparables à celles que détermine l'ivresse alcoolique chez les individus qui ont le vin gai ; beaucoup d'insomnie, grande tendance au déplacement et à la marche, hallucinations agréables, pas de céphalalgie ni de courhalure, une fois l'ivresse passée, tels sont, comme on sait, les troubles que* nous avons constatés dans les expériences que nous avons faites sur nous-mème.
!^ 3. — A côté de cette intoxication aiguë déterminée par chacune des boissons aromatiques dont nous présentons l'étude, nous devons signaler une véritable intoxication chronique, qui survient lentement et progressivement chez les individus qui font un usage immodéré de ces diverses boissons, et qui se révèle par des désordres comparables à ceux qui constituent l'alcoolisme chronique.
On connaît les accusations plus ou moins fondées qui ont été dirigées contre le café. Sans partager la répugnance de M"^ de Sévigné pour celte boisson qu'elle accusait d'échauffer, de mettre le sang en mouvement et de produire l'amaigrissement; sans approuver le reproche que Tissot faisait à cette liqueur d'user rapidement les facultés intellectuelles et de produire une vieillesse prématurée et une mort rapide; enfin, sans accepter la croyance d'Hahrtemann, qui lui attribuait la fâcheuse influence d'exciter l'imagination aux dépens du jugement et de la mémoire, résultats que, disait-il, il avait observés chez ses compatriotes allemands, nous croyons pourtant que l'abus du café, comme de toutes les meilleures choses ici-bas, peut être suivi d'accidents capables de compromettre la santé et assez sérieux pour être rangés sous le titre de caféisme.
Ces accidents, sur lesquels J. Col a insisté dans son intéressant travail, sont les suivants : céphalalgie intense et opiniâtre, troubles de la vue, fourmillements du cuir chevelu, palpitations de cœur, tremblements, hypochondrie, amaigrissement, marasme.
Marvaid. — Aliments d'épargiie. 25
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11^ s'observent du reste assez rarement. Beaucoup plus communs sont les troubles qui résultent de l'usage immodéré du thé- c'est la Chine qui nous otïre les cas de théisme les plus nombreux et les mieux accusés, et qui som caraeténses
par les symptômes suivants :
Pincement et pesanteur à l'estomac, renvois, vomissements,
constipation habituelle, amaigrissement, faiblesse, pâleur des téguments; troubles du systè.ne nerveux: insomnie, convulsions, tremblements, imbécillité, narcotisme, etc.
Ouant au maté, dont la composition chimique et l'action ph^iolooique se rapprochent de celles du thé, les accidents que l'abus de cette boisson détermine doivent être compares
au théisme.
Nous n'avons, il est vrai, comme renseignements sur ses effets pernicieux, que les lettres de Mantegazza, mais cellesci suffisent pour nous éclairer à ce sujet.
Dans la confédération argentine, l'abus du maté détermine, d'après .et auteur, une sorte de gastralgie qu'il décrit longuement dans une de ses lettres, sous le nom de cjastralgia matka (gastralgie du maté).
Mantegazza affirme même avoir connu beaucoup de personnes, en Amérique, qui, à la suite de l'usage immodéré du maté (;30 à 40 grammes en infusion par jour), étaient plonoéesdansun état d'abattement, de prostration et d'abrutissement tel qu'elles ne pouvaient faire que trois choses: absorber du maté, manger et dormir.
Restent à étudier les accidents que détermine l'abus de a coca chez les Indiens; ils ont été décrits par Pœppig, sous e nom de cachexie cocalienne, et par Moreno y Maiz, sous la dénomination plus heureuse de cocaisme; peut-être Tschudy les a-t-il un peu exagérés.
Quoi qu'il en soit, les cogneras ou personnes qui font une orande consommation de coca présentent les symptômes suivants :
Dyspepsie, amaigrissement, insomnie et anémie incurables, vieillesse prématurée, hallucinations passagères, hypochondrie, affaiblissement, œdème, ascite, douleurs des membres et marasme qui conduit à la mort.
« On les reconnaît à première vue, dit Tschudy, à leur teint terreux, à leurs yeux ternes et caves, à leurs dents verdâtres •et encroûtées, à la fétidité de leur haleine, à leur caractère méfiant et irrésolu. »
D'après le récit de la plupart des auteurs qui se sont occupés de la question, dit Moreno y Maïz (l), la coca à haute dose semble à la longue affaiblir les facultés intellectuelles et diminuer l'énergie vitale, probablement par une espèce (l'épuisement consécutif aux excitations trop nombreuses et trop répétées qu'elle leur fait subir. On trouve, il est vrai, des faits contradictoires à ceux que nous venons de citer. Ainsi Tschudy, Mantegazza et Unanué rapportent plusieurs exemples de longévité observés chez les Indiens qui mâchent la coca; il est probable que ces individus s'étaient tenus à un usage modéré de cette substance et avaient ainsi évité les inconvénients qui résultent de son abus. »
Nous n'aurons pas de peine à démontrer combien, dans leur expression symptomatique, le caféisme et le cocaïsme se rapprochent de l'alcoolisme chronique. Ils présentent comme ce dernier deux catégories d'accidents :
1" Les uns, qui résultent des troubles apportés à la digestion et à la nutrition, par suite de l'abus d'une substance plus ou moins active sur l'appareil gastro-intestinal et sur les sucs digestifs; d'où gastralgie, nausées, vomissements, dyspepsie, et consécutivement amaigrissement plus ou moins considérable ;
2° Les autres, qui se manifestent du côté du système nerveux et qui accusent une débilité, une sorte d'atonie plus ou moins marquée de l'excitabilité, et dus à l'excitation trop vive
(I) I.oc. cit., p. 50.
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et trop soutenue des éléments vivants, d'après cette grande oi de la physiologie que toute stimulation immodérée ou prolongée du système nerveux est suivie inévitablement, et au bout d'un certain temps, de la dépression ou de l'afiaiblissement de ce système; c'est ainsi qu'on explique ce fait intéressant et qui se remarque pour tous les modificateurs nervins, dont l'action est diflV'rente et même contraire suivant l'intensité et la durée de leur action sur les éléments nerveux impressionnés; si bien qu'un de nos maîtres a pu dire avec raison : « Le vin qui éveille lecerveau à doses modérées est le même qui, avec quelques verres de plus, jette l'homme ivremort, et la foudre qui paralyse le mouvement est la même chose que l'électricité qui guérit la paralysie ! » ( 1 ).
(l; Hirtz, art. Dir.iTAi.E, youveau Dictionnaire de médecine et de cliirunjie pratiques, t. XI, p.^oO.