I. —Utilité contre radynamie et certaines formes de délire
§ 1. — C'est principalement comme excitants généraux du système nerveux que T alcool et les boissons aromatiques (café, thé) sont préconisés habituellement en thérapeutique. A ce titre, tous les cliniciens vantent leurs heureux effets pour combattre cette série de troubles divers que Brown rapportait à l'rtsi/iéïiie et Vinel kVadynainie, et que Trousseau considérait comme représentant l'aflaiblissement uniforme et simultané de tous les systèmes de l'économie (1).
Grâce à l'excitation prompte, vive et instantanée que ces boissons déterminent vers le système cérébro-spinal, et que personne ne peut mettre en doute, résulte une influence plus grande de ce système sur les appareils qu'il anime.
On s'accorde donc à reconnaître leur utilité dans certains états torpides où leur ingestion est rapidement suivie d'un réveil soudain des forces vitales et d'un surcroît d'exaltation et d'énergie des diverses fonctions animales. D'où leurs indications généralement acceptées dans les syncopes, les pertes de connaissance qui résultent ^d'un affaiblissement général de l'organisme ou qui surviennent cà la suite d'une forte hémorrhagie ou d'une perturbation violente du système nerveux (commotion, état de torpeur ou de som-
(1) Trousseau et Pidoux, Traité de maiiére médicale et de thérapeutique, t. Il, 7o édit., p. 706.
452 APPLICATIONS A LA THÉR A I' EITI QIE.
nolonce); dans tous les (Hats d'atonie, de langueur et d'épuisement, dans les affections a frifjore, dans la période de dépression ou de concentration (Gubler); dans l'algidité, soit consécutive à l'action prolongée du froid, soit due à un arrêt subit dans les oxydations organiques et dans les échanges respiratoires (choléra), entin dans l'adynaniie survenant pendant le cours ou le déclin d'une affection longuect profondément débilitante (pneumonie, fièvre typhoïde, etc.).
Outre l'adynamic, Trousseau admet qu'un autre état })eut être avantageusement combattu surtout par les alcooliques : nous voulons parler de Vatnxie, caractérisée dans certaines maladies par du délire, de l'agitation, de l'insomnie, des troubles nerveux plus ou moins intenses, et qui dans d'autres se rapproche singulièrement de la maliguifé, sibien que, pour l'illustre clinicien derHôtel-I)ieii,ces deux états peuvent être confondus ensemble.
Il est vrai qu'avant Trousseau, les auteurs avaient insisté sur la valour de l'alcool contre le délire de la pneumonie et avaient nott'' que ce symptôme si grave pouvait, dans certains cas, se dissiper sous l'influence d'une simple dose d'eau-de-vie ; mais on ne s'expliquait pas nettement cet effet surprenant.
Yan Swieten et Chomcl avaient donné le précepte de donner de l'alcool aux ivrognes atteints de maladies aiguës, pour combattre le délire si commun chez eux. Cette pratique avait été suivie par leurs successeurs, et on en avait reconnu les excellents résultats, sans déterminer nettement la tolé- .rance et les effets de l'eau-de-vie dans ces cas.
Il n'y a guère que dans ces derniers temps que des recherches nouvelles, ayant déterminé les conditions étiologiques du délire, ont montré que l'on devait attribuer cet état à des lésions organiques dilfôrentes et même opposées des centres nerveux. On sait, en effet, que le délire n'a pas nécessairement [lour cause un état concesLif ou inilainmatoire des
rriLIïK CONTl'.E l/ADYNAMIE. ioZ
organes centraux de Tinnervation, mais qu'il peut être dû à l'anémie cérébrale.
C'est ainsi que Trousseau (1) })ut considérer dans la pneumonie plusieurs sortes de délires, dont quelques-uns sont, d'après lui, justiciables de la médication stimulante.
11 fut un des premiers à insister sur l'utilité du musc, des toniques et des excitants dans le délire ataxique ou nerveux , cas où, le cerveau étant privé de la quantité de sang nécessaire à son fonctionnement normal, l'alcool rend des services incontestables parral'tlux sanguin qu'il détermine vers l'encépliale.
Après lui, Béhier appela l'attention sur le délire nerveux de l'érysipèle et sur l'action curative déterminée par les spilitueux contre cette complication.
Plus récemment, Gubler (:2), tout en signalant comme dangereuse l'administration des alcooliques, quand on soupçonne une plilegmasie ou une congestion cérébrale, par exemple dans le délire qui s'^iccompagne de rougeur de la lace, de diminution des pupilles, d'injection des scléroti- ({ues, indique leur utilité, au contraire, dans le délire nerveux, où la lace est }iàl<', la j»u})ille moyenne ou largement (lilat.'v.
Aus.>,i, l'on s'accorde aujourd'hui, pour prescrire ou défendre les alcooliques dans les maladies aiguës, à tenir compte de l'état gt-m'-ral, de l'excitation circulatoire, et surtout de la clialeur morbide que le malade présente. Lorsque avec le délin^ on constate un pouls petit et faible, une respiration lente et dil'licile, la df'pression des forces, le refroidissement di' la peau, on recourt aux spiritueux avec confiance, car dans ces cas ils remplissent une-double indication en faisant cesser du même coup le délire et l'adynamie. Ouant à « la fièvre inflammatoire franche et intense, caractérisée, non-
(1) Loc. cit., p. i48.
(2) Gubler, Commentaires thérapeittitiiies du Codex, 2'- édition, 1.S74.
iôi APPLICATIONS A LA TIIÉP, APEl TIQIE.
seuloment par l'accélération du pouls et l'exaltation de la tenipéraliiro, mais encore })ar l'excès de la combustion respiratoire, la dénutrition rapide et l'extrême abondance de l'urée et des produits de la dénutrition dans la sécrétion rénale » (Gubler), on la considère comme une contre-indication formelle de l'emploi des pi'éparalions alcooliques. Xous comptons bientôt démontrer au lecteur combien sont peu fondées les terreurs et les préventions que suscite encore dans l'esprit delà plupart des cliniciens l'administration des agents stimulants chez les malades atteints d'affections phlegmasiques et fébriles.
L'utilité des boissons spiritueuses et aromatiques contre l'adynamie et contre le délire nerveux est trop évidente pour qu'on puisse la mettre en doute. A titre de stimulants généraux, elles rencontrent dans une foule de maladies des indications certaines que nous sommes le premier à reconnaître et à utiliser.
Mais nous croyons que la-médication stimulante comporte d'autres indications, sur lesquelles nous nous faisons un devoir d'appeler ici l'attention des praticiens.
§ :2. — Il y a un fait qui nous a frappé depuis longtemps à propos des propriétés que Ton attribue généralement aux agents excitants, c'est que l'on considère l'excitation déterminée à la suite de leur application sur l'organisme ou de leur introduction dans l'économie comme s'étendant non-seulement aux fonctions animales (sensibilité, intelligence, volonté), mais encore aux fonctions organiques (nutrition, calorification, circulation, etc.).
Ainsi, Barbier (d'Amiens) (1) considère les stimulants comme déterminant l'excitation de toutes les fonctions, même de la nutrition (augmentation de la masse du sang, plénitude du pouls, rougeur de la face, complcxion plétho-
(l) Barbier, Traité de matière médicale et de thérapeutique, '2'^ édit., 18:24, t. I. p. 235.