III. — Diabète sucré
On sait que cette maladie n'est pas seulement caractérisée par la présence d'une notable quantité de sucre dans l'urine {glycosurie), mais encore par l'augmentation de la sécrétion urinaire (polynrie), et souvent par la perte d'une proportion considérable d'urée {azoturie), de créatinine et de cblorure de sodium. Comme le fait remarquer S. Jaccoud [(1) avec tant de raison, dans ces cas ce n'est pas seulement la glycosurie, c'est encore et surtout l'azoturie qui épuise le malade. Et quand les aliments digérés ne peuvent rendre compte de l'excès d'urée éliminée de l'organisme, il faut nécessairement que cette urée provienne de la désintégration des tissus; il y a autopliagie.
C'est alors que, suivant nous et comme nous l'avons constaté sur quelques malades, est applicable la médication tintidéperditrice , et devient précieux pour le diabétique
(1) Jacioutl, CUn'Kjue médicale de Jn Charilc, p. T'JO.
DIABÈTE SUCRÉ. i',)l
l'emploi des aliments et médicaments d'épargne, associés anx aliments toniques et réparateurs, et qui, ayant pour effet de rendre plus stables et moins caducs les éléments organiques, restreignent les déperditions azotées et diminuent le chiffre de l'urée, des principes minéraux (sulfates et chlorures) et des matières extractives éliminés par l'appareil urinaire.
Tels sont du moins les précieux résultats que nous avons constatés dans quelques cas, à la suite de l'emploi de la médication antidénutritive . L'observation suivante a été prise sur un diabétique qui est encore actuellement dans nos salles et chez lequel le traitement antidéperditeur employé par nous a été suivi d'une amélioration manifeste :
Hôpital (ht Val-de-Grûce. Salle 30, lit n° 35.
Observation de diabète sucré, avec azotiirie, déperditions organiques ronsidérables, amaigrissement et perte des forces.
Amélioration remarquable sous l'influence des médicaments d'épargne; diminution de l'urée, du glucose et des chlorures dans les urines; augmentation de poids du malade.
D*'*, 32 ans, soldat au t'"" régiment de zouaves, entre à l'iiôpital militaire du Val-de-Gràce le l'"" septembre IK73.
Cet fiomme, d'une eonstilution vigoureuse, d'un tempérament lymplialico-sanguin, à peau brune, a fait les campagnes d'Italie, du Mexique et de France, est resté pendant plusieurs mois en Allemagne après la bataille de Sedan, et a séjourné plusieurs années en .Mgérie. Malgré les fatigues qu'il a supportées, il a toujours présenté un état de santé satisfaisant, jusqu'au mois d'avril 1873, époque à laquelle il ressentit quelques malaises (affaiblissement, diminution des forces), coïncidant avec une exagération notable de la sécrétion urinaire. Il est entré le !2U avril 1S73 à riiùpital de Coléab, où la présence du sucre dans ses urines fut reconnue par le médecin traitant et où il fut traité pour diabète sucré par les alcalins (bicarbonate de soude). Son régime alimentaire ne fut point modifié.
Envoyé le 10 juillet de la même année en congé de convalescence, il vint à Paris, où, son état de santé laissant toujours à désirer, le décida à rentrer à l'bôpital du Val-de-Gràce.
Là, il fut soumis au régime ralionnellement et babituellement employé contre le diabète et tel qu'il a été indiqué par le professeur Bouchardat (abstinence des aliments féculents et sucrés, alimentation avec le pain de gluten, administration des alcalins, exercice, etc.).
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Pondant lout le temps que dura ce traitement, l'analyse des urines donna successivement les résultats suivants, que nous nous bornons à enregistrer :
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Comme on le voit dans le tableau piécêtleut, mal|;ré le traitement employé, il ne survintqu'une légère amélioration dans l'état du malade; la quantité d'urine én)ise dans les 'H'i heures et la proportion de glucose subirent, il est vrai, une diminution assez sensible; mais l'urée augmenta considérablement, et celte augmentation coïncida avec un amaigrissement rapide, comme le démontre la perte de poids accusée par le malade (de 521-'', 500 à 51ki' du U octobre au 23 octobre), avec une soif plus vive, un malaise plus prononcé, un amoindrissement progressif des forces et une tendance plus grande à rimmobilité et à la somnolence. En même temps, dans les derniers jours de septembre, le malade fut pris d'une petite toux, avec expectoration visqueuse et accompagnée d'oppression.
Voici les symptômes que présentait ce diabétique le 23 octobre 1873, époque à laquelle nous fûmes chargé du service de la salle où il était en traitement :
Homme débilité et amaigri; face colorée, luisante, congestionnée; langue blanche; saveur sucrée permanente, soif vive et insatiable ; appétit considérablement exagéré ; peau sèche et colorée ; jamais de transpirations. Desquamation épithélialesur les bras et les avanl-bras.
Intelligence nette et conservée, mais un peu de somnolence et tendance à l'immobilité. Faiblesse générale, sentiment de courbatuie dans la région lombaire et engourdissement dans les articulations.
Petite toux, survenant surtout le matin, un peu d'oppression et de dyspnée. Submatité sous la clavicule droite, où l'on constate un peu d'obscurité de la respiration, avec exagération de la résonnance (Je la voix, mais pas de craquements.
Expectoration visqueuse assez abondante. Caractère triste et morose; le malade parle peu et dort d'un sommeil lourd et profond.
Pas d'antécédents de tuberculose ni de goutte dans sa famille.
Pouls lent, faible et régulier; 64 pulsations. Température au-dessous de la normale, variant entre 3(i",l et 37°.
En présence du peu de succès qu'avaient présenté les moyens hygiéniques et thérapeutiques employés antérieurement contre son affection, nous eûmes recours aux médicaments antidéperditeurs, que nous prescrivîmes dès le 24 octobre.
Afin de pouvoir déterminer d'une façon précise et exacte les effets de celte nouvelle médication sur l'état général du sujet soumis à notre observation, nous avons eu soin de prendre à plusieurs reprises et de noter exactement :
1° Le poids des aliments et des boissons absorbés quotidiennement ;
2° Le poids des matières fécales éliminées dans les 2i heures;
3° La quantité des urines émises dans le même temps ;
4° La température dans l'aisselle malin et soir.
En outre, chaque semaine, nous avons fait faire l'analyse chimique des urines, de façon à pouvoir déterminer exactement les quantités d'urée, de glucose et de chlorures éhmiaéês dans les 24 heures. Cette
\[)i APPLICATIONS A I.A THÉIIAPEUTIQLE.
analyse était précédée de la détermination du poids du malade, faite au moyen d'une bascule placée dans nos salles et dans des conditions aussi identiques que possible.
Voici les résultats que nous avons ainsi obtenus :
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Il est utile d'insister sur les inodilieations intéressantes survenues dans la composition des urines sous l'influence des agents antidéperditeurs, comme le démontre l'examen des chiffres qui iigurent dans le tableau précédent; d'abord nous constatons une réduction très-sensible dans la sécrétion urinaire, réduction qui a coïncidé du reste avec une diminution de la soif chez le malade soumis à notre observation. La proportion de glucose subit un abaissement assez sensible (de lo7s'',50 à 104); mais les éléments qui éprouvent la diminution la plus considérable sont sans contredit l'urée, qui descend en huit jours de i(J4s'',50 à (35s'',00, et le chlorure de sodium, qui dans le même temps décroît de 'i5s'',0r> à 8^''VjO. Cette diminution dans les déperditions organiques (urée et chlorures), présenti'e par le malade, coïncide naturellement avec une augmentation de poids qui s'élève en quinze jours à 2'', 500, nous remarquons que la boulimie diminue, et que les digestions deviennent plus faciles; en même temps le malade présente une aptitude plus grande à la marche et au mouvement.
Tous ces symptômes indiquent donc une amélioration sensible sous l'influence des médicaments d'épargne.
Comme les fonctions digestives avaient repris leur activité et leur régularité, que le malade se plaignait beaucoup de l'uniformité de sa nourriture et surtout de son pain de gluten, et qu'il réclamait une ration de pain ordinaire, fions cédâmes à ses instances et le soumîmes à un régime mixte, d'où n'étaient point exclus les féculents et les substances sucrées; nous eûmes soin pourtant de continuer l'administration des aliments antidéperditeurs employés pendant la période précédente. Voici les résultats que nous avons obtenus à la suite de ce nouveau traitement :
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