II. — La calorification
^ l. — Ce serait sortir des limites de notre travail que d"énumérer les différentes opinions qui ont été émises avant Lavoisierpour expliquer la chaleur animale. Ce grand chimiste, rn découvrant, en 1777, que « l'air pur, en passant à travers /es poumons, éprouve tine déeomposition analofjue à celle qui il lieu dans la combustion du charbon (1) y>, et quelques années plus lard, que « la respiration nestquu)ie combustion lente de carbone et d'hi/drogcne,cjui est semblable en tout à celle qui s'opère dans une lampe ou dans une bougie allumées, et quà ce point de vite les animaux qui respirent sont de véritables combustibles qui brûlent et se consument (2) », fut le fondateur d'une théorie qui, malgré les légères modifications qu'elle a dû nécessairement subii- en face de nouvelles découvertes, est encore la plus satisfaisante et la plus rationnelle pour expliquer la température propre aux êtres vivants.
On attribue à tort à Lavoisier Terreur d'avoir pensé que la chaleur organique se produisait exclusivement dans les poumons; car ce savant avait également tenu compte des oxydations qui s'opèrent dans toute l'économie, et avait nettement indiqué le rôle de l'hydrogène, aussi bien que du carbone, dans la combustion des divers cléments organiques.
respoiulrail donc à un seul ordre des mouvenienls par lesquels s"o|iùre la rotalion pcrpéluellc de la matière, et ne comprendrait qu'un seul terme, Vassiui il a lion.
Il nous a semblé plus conforme aux lois physiologiques et naturelles d'envisager, à l'exemple de Littré et Robin, deux actes dans la nutrition, l'assimilation et la désassimilation. « La nutrition, disent en effet ces savants auteurs (voy. Dictionnaire de médecine, 13c cdilion, art. Nutrition, p. 1045), est la propriété vilale naturellement la plus simple, puisqu'elle consiste uniquement dans le fait continu de combinaison (assiniilalion) et de décomposition {désassimilation) siumllanécs des principes immédiats constituant la substance organisée. I)
(1) \o\. Mémoires de l'Académie royale des sciences de Paris, Mil, p. 183.
(2) Id.] 1789, p. Ô66.
1(» I.NGESTA tT ALIME.NTS.
On peut dire que depuis son apparition la théorie de Lavoisier a acquis chaque jour une nouvelle consécration à mesure que ces deux sciences, qui devraient toujours marcher à cùlc l'une de l'autre, la physiologie et la chimie, oui porté la lumière sur l'étude si dilhcile et si obscure des phénomènes intimes de la nuliilion.
C'est surtout aux savants hanyais, c'est à Dulong- et Despretz, à Doussingault, à (javarict, à llognault, à IJéclard, à Bcrlhelot, à Cl. Bernard, que revient l'honneur d'avoir continué l'œuvre de leur grand compatriote, dans cet important [iroblémo de chimie j)hysiologique.
Leurs travaux sont dignes de la découverte qui les a dirigés ; contentons-nous d'en énumérer les précieux résultats : le double rôle de l'oxygène au point de vue de la combustion du carbone et de l'hydrogène contenus dans l'économie a été démontré scientifiquement, et la chaleur delà combustion développée par ces deux corps a été ligoureusemcnt déterminée (Dulong etDespretz); les règles qui doivent présideià l'alimentation ont été nettement établies, et, grâce à une nouvelle méthode, on a pu calculer le bilan de l'organisme, ses recettes et ses dépenses (Doussingault); les modifications que subissent les aliments respiratoires suus l'influence de l'oxygène ont été rigoureusement précisées, et la chaleur de combustion des substances alimentaires, corps composés en général, a été trouvée diftërente de la somme des chaleurs de combustion de leurs éléments composants (Regnault, Cavarret, Berlhelot); les déchets et les résidus provenant du fonctionnement des organes et de la combustion des tissus ont été soumis à une analyse plus exacte, et la question des transformations qui s'exécutent au sein des éléments organiques a été ainsi singulièrement élucidée (Becquerel et Cl. Bernaid). Ainsi a été confirmée la pensée de Lavoisier ivlativement au rôle calorifique des transformations chimiques qui se passent au sein des éléments vivants.
LEUR KOLi: DANS LA C.ALO R II" I CATION. Il
Ce n'est pas tout. Tandis que, depuis longtemps, on avait attribué aux phénomènes qui se manitestenl dans l'économie une certaine influence comme source de calorique, les habiles recherches de Ilirn, Heidenhain, Fick, llclmholtz, etc., instituées dans le but de fonder la tliéorie mécanique de la chaleur, ont établi, comme nous l'avons dit, dans les corps bruts et dans les corps vivants, entre le calorique et le mouvement, des rapports tels qu'il est nécessaire d'envisager ceux-ci comme la manifestation d'une seule et même force.
Deux ordres de phénomènes constituent donc les sources , de la chaleur animale : des phcnonicnes chimiques et des phénomènes 7ïi€ca niques ; nous allons les étudier séparément.
1" Phénomènes chimiques. — Ils ont certainement le plus grand rôle dans la production de la chaleur animale et donnent lieu, comme principaux résidus, à de l'acide carbonique et à de l'urée, qui s'éliminent par les divers appareils sécrétoires de l'économie et qui figurent au nombre de^ excréta. C'est une véritable oxydation, qui s'exerce sous l'influence de l'oxygène fourni par l'air extérieur, d'une part sur les éléments organiques eux-mêmes, d'une autre part sur certains éléments étrangers à l'économie et qui pénètrent dans le sang parmi les ingcsta.
Comme ces derniers présentent généralement avec les éléments organiques une analogie et même une identité de- structure et de composition remarquables, que les uns et les autres sont des composés ternaires ou quaternaires formés par la combinaison du carbone, de l'hydrogène, de l'azote et de l'oxygène, on comprend la difficulté que doit éprouver le physiologiste quand il cherche à déterminer quelle est la véritable source de la chaleur vitale, et quels sont en définitive les matériaux qui constituent les combustibles de l'économie, soit les éléments organiques^ soit les ingesta, soit même les uns et les autres.
12 INGKSTA KT ALI.MKMS.
Tel est le grand problème de cliimie .inimale qui, dans ces derniers temps, a donné lieu à tant de discussions passionnées et à tant de recherches intéressantes. En avons-nous aujourd'hui la solution? Il seiait téméraire, croyons-nous, de répondre à cette question par ralliniiative, malgré toutes les raisons qu'on peut alléguer pour éclairer et expliquer ce point encore si obscur et si discuté de la science.
Cependant, il Aiut avouer que les recherches de la physiologie et de la chimie modernes tendent à restreindre de plus en plus le rôle calorifique des humeurs et des tissus qui forment })ailie intégrante de l'organisme, pour i-altacher presque exilusivement la production de la chaleur animale au }wu voir llicnno(i(' ne iWin certain nombre d'ingesta, dont la combustion au sein de l'économie s'efiectue sous l'action de l'oxygène, sans compter que les excréta eux-mêmes, qui représentent les déchets des éléments organiques éprouvent également dans le sang un degré plus avancé et plus complet d'oxydation, qui n'est peut-être pas sans inlluemMî--sur la calorilkation.
On sait aujourd'hui que la machine humaine ne se compose pas d'éléments aussi fragiles, aussi caducs et aussi facilement oxydables et destructibles (pi'on se l'imaginait à une certaine époque; c'était certainement une grande erreur de la part de Liebig, quand ce grand chimiste, considérant la vie comme la résultante nécessaire de la destruction et de l'usure des tissus vivants, admettait que détérioration du corps et activité vitale constituaient deux phénomènes indissolublement liés l'un à l'autre, si bien que le second devait être considéré comme l'effet du premier. C'est avec raison que l'on a cherché à établir un parallèle saisissant entre le mécanisme que présentent les grands appareils organiques et les machines à vapeur employées dans l'industrie, et que l'on a distingué pour les uns et pour les autres la matière qui fonctionne et la force qui assure son fonctionnement,
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d'une part l'éléniont organisé et la chaleur organique, d'une autre part le moteur et le calorirpie qui se développe dans le foyer alimenté par le combustible. Il y a pourtant entre la machine humaine et la machine à vapeur une difîérence remarquable ; c'est que, tandis que la machine à vapeur s'use et se détériore par l'action de la chaleur qui la fait mouvoir et du ti'avail qu'elle produit, l'appareil organisé, loin d'être endommagé par suite de l'activité qu'il développe, se perfectionne au contraire et atteint un degré plus élevé de puissance et de force sous l'influence de son simple fonctionnement. C'est ainsi que le muscle, qui s'atrophie dans l'inaction, acquiert une énergie plus considf'rable quand il est soumis à un exercice convenable et modéré ; il en est de même de tous les appareils organiques, dont le fonctionnement est une conà\[ion sine quâ non de leur entretien, et qui perdent leurs propriétés les plus importantes à la suite d'un repos excessif ou trop prolongé.
Pour la machine animale comme pour la machine h vapeur, la détermination du travail produit ne peut résulter de la quantité des déchets et des pertes éprouvés par les appareils ou par les différentes pièces qui entrent dans leur composition (car l'usure de ces appareils et de ces pièces est excessivement variable et dépend principalement de conditions le plus souvent étrangères à leur fonctionnement, par .exemple de leur composition, de leur structure, de leur agencement, etc.); pour l'une comme pour l'autre, la mensuration exacte de la force développée en un temps donné doit reposer soit sur la proportion des matériaux ou des combustibles qu'elles ont utilisés pour leur travail, soit sur la proportion des déchets et des résidus qui proviennent de leur consommation.
Il est un autre point du problème de la calorification que nous voulons étudier ici, c'est celui qui concerne l'influence du système nerveux sur celte grande fonction. Jusque