INGF.STA ET ALIMENTS
poralion aux dlémenls organi(jues, une rlal)oration spéciale provenant des sucs tligeslifs, comme lendraienl à le faire pressentir les drfinilions données par les physiologistes les plus autoris<''S ou les hygiénistes les plus recommandahles-: Milne Edwards, Londe, Michel Lévy, Motard, et plus récemment Oré ( I ). Car il existe certainement des suhstances alimentaires qui peuvent nourrir sans avoir auparavant subi ces modifications : telles sont les substances que Corvisart a distinguées sous la dénomination de nutriments et qui, introduites directement dans le sang, sont immédiatement assimilables.
Appliqué à la généralité des êtres organisés, le mot aliment ne comporte nullement l'idée que la substance soit introduite uniquement par le système digestif, car si, chez l'homme et chez les êtres les plus (Hevés de la série animale, l'estomac et l'intestin constituent la porte d'entrée des matériaux nutritifs, on sait que, chez beaucoup d'êtres organisés, les aliments peuvent pénétrer par d'autres voies (surface cutanée, etc.).
Comme il est possible d'introduire directement dans le liquide sanguin certaines substances qui, à la suite de préparations artificielles spéciales, peuvent concourir directement à la nutrition. Cl. Bernard admet que le caractère de l'aliment est de disparaître dans le sang, quand on l'injecte préalablement dissous dans le suc gastrique.
(1) Voici les principales définitions de l'aliment, que nous avons relevée? d^ns ces divers auteurs :
H. Jlilne Edwards appelle ainsi toute substance qui, introduite dans l'appareil digestif, sert à l'entretien de la vie.
Londe : toute substance qui, introduite dans les organes digestifs, est, après avoir été modifiée par ces organes, enlevée par les vaisseaux chylifères.
Magendie : toute substance qui, soumise à l'action des organes de la digestion, peut seule nourrir.
Michel Lévy : toute substance propre à régénérer les parties solides, solidifiables et extraclives du sang, et à entretenir la comliustion respiratoire.
A. Motard : toute substance qui, ingérée convenablement dans les voies di-
Mais à cette définition on pent faire une objection : c'est qu'on aurait tort de consid('rer le suc t^astrique comme un dissolvant général de toutes les substances alimentaires; on sait, en effet, qu'il est un grand nombre de ces substances sur lesquelles le suc gastrique n'a aucune influence : tels sont les féculents, les sucres, les corps gras. Et puis, comme Mialhe (1) le fait remarquer avec tant de raison, de ce que les sels de cuivre, après avoir été dissous dans le suc gastrique, olfrent la propriété de séjourner dans l'économie et de ne pas s'éliminer par les urines après leur introduction dans le sang, on ne peut conclure qu'ils soient nutritifs. D'un autre côté, il est certains aliments, comme le lait, ce liquide nutritif par excellence, qui n'ont pas besoin d'avoir été soumis à Faction du suc gastrique pour que, lorsqu'on les injecte dans le sang, leurs propriétés alimentaires soient utilisées.
Enfin, on peut encore moins admettre, bien que cette définition ait été donnée par Magendie, que le propre de l'aliment soit de pouvoir seul nourrir, car combien y a-t-il ilisubstances alimentaires qui puissent subvenir isuL'mi'nt aux besoins de la nutrition? Sauf le lait, il n'en existe pas.
§ 2. — Ainsi, dans la définition du mot aliment pris dans son acception la plus générale et la plus étendue, qui est en même temps la plus pliilosopbique et la plus naturelle, il n'est pas besoin de faire intervenir, croyons-nous, ni la voie
i^estives, a ainsi par elle-même la propriété d'entretenir l'existence, en réparant les perles constantes que font les organes.
Cl. Bernard : toute substance qui a la propriété de disparaître dans le sang quand en l'injecte préalablement dissoute dans le suc gastrique.
Mialhe : toute substance qui, introduite dans le tube digestif, va ultérieurement réparer les parties solides, solidifiables et extractives du sang, et concourt ainsi à l'entretien de la vie.
Oré : toute substance solide ou liquide qui, après avoir subi dans Tappareil digestif l'iniluence modificatrice des différents sucs avec lesquels elle se trouve en contact, devient apte à réparer les pertes de l'organisme, et concourt ainsi à son entretien et à son développement. iXouv. Dict, de Méd. et de Chir. prat., art. Aliment.)
(1; Mialhe, Traité de l'avl de formuler. Paris, 1815.
Î4 INGESTA ET ALIMENTS.
par laquelle la suhstancf alimentaire est introduite rlan> Torganisnic (appareil digestif, respiratoii'e ou cutané), ni les modifications diverses et plus ou moins variées que cette substance subit au sein de ces appareils avant son incorporation aux oigancs et aux tissus, pas plus qu'il n'est d'usage de tenir conq)le, dans celle définition, de la provenance, de la nature inorganique, organique ou organisée et des caractères pbysiques et cliiniiques de la substance nutritive. Ce qu'il est inij)ortant de considérer dans l'aliment, ce qui donne à ce terme sa véritable signification et sa principale valeur, comme findique du reste son élymologie {alerc, nouriir), c'est son rôle dans la nutrition.
Il est vrai qu'liabituellemcnt et aussitôt après son introduction dans l'c'-cononiie (inf/cstion), avant de faire partie intégrante du sang {.mnfjuifiailion), faliment a besoin de subir certaines modifications préalables {digestion), sous l'influence desquelles il arrive aux organes, dissous, altéré, sous forme de composé parfois essentiellement différent de ce ({u'il était primitivement. Mais quels que soient les cbangements et les transformations plus ou moins complexes qu'il éprouve avant de servir à la nutrition, sa destination est toujours la même; voilà pourquoi nous appliquerons la qualification à\diment à toute substance étrangère à féconomie, à tout ingesta qui sert habituellement ou est susceptible de servir soit à Ycittrctioi, soit au fonclionnemcnt des éléments vivants.