NÉCESSITÉ INSTINCTIVE
En Europe, laconsommalion du café dépasse 800 millions de kilogrammes (IJoussingaull).
Thé. — Les exportations de llic de la Chine, par le> navires anglais et américains et par les caravanes russes, dépassent, dans leur ensemble, 83 millions de kilogrammes (i).
L'Europe en consornme environ (')() millions de kilogrammes, dont 31 800 000 en Angleterre, .") 187 000 en Russie cl 2-20 000 en France (2).
Coca. — ■ Plus de 10 millions d'hommes en font usage, et la vente annuelle de cette substance s'élève à 30 millions de livres, représentant une somme de près de iO millions de notre monnaie (3).
Maté. — D'après les évaluations de Mantegazza, la consommation du maté s'élèverait à i)lusieurs millions. Le Paraguay seul en vend chaque année pour .") millions (M. Cervantes).
Cacao. — Au commencement de ce siècle, la consommalion annuelle du cacao en Europe pouvait être évalué*' à 11 .^OO OIKI kilogrammes (de llumboldl).
Les quantités de cacao arrivées en France en 1860 ont été de 10 009 880 kilograumies, en 1807 — M 4U000 ^ — en 1808 — 11720 218
En évaluant à 2 millions la quantité de cacao qui n'a fail que traverser notre pays, il reste environ 8 millions de kilogrammes de cette substance, ce qui fait 240 grammes dr cacao consommé par an, par chaque individu (Fonssagrives; (4).
fl) Voy. Revue des deux mondes, janvier 1860. (i) A. Motard, Tiaile d'Itijfjiene (jénèrale, i86S, f. h^^, p. .Sii (3i Lippmann, Elude sur la coca, llièsc do Strasbourg:, 180S. p. (1. (i) Voy. nicliomwire enrijclopédique des sciences médicales, t. XI, p. 3o0, art. C.xc.AO.
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§ .j. — Pourquoi cet usage général, pourquoi cette consommation croissante dans tous les pays du monde? Pourquoi [)lus de (300 millions d'individus de l'espèce humaine font-ils usage d'alcool? Pourquoi plus de 500 millions boivent-ils du thé? Pourquoi plus de 100 millions boivent-ils du café, environ 50 millions du chocolat, plus de 15 millions du maté, plus de 10 milHons de la coca?
Est-ce que cela n'indique })as un besoin réel dont il faut pourtant se rendre compte? Pourquoi l'emploi de la plupart de ces breuvages se propage-t-il avec tant d'insistance et de succî'S parmi les populations ouvrières, parmi les classes laborieuses, et principalement dans nos grandes cités? 11 se rapporte évidemment à un avantage quelconque, et ces boissons doivent avoir un rôle soit dans l'entretien et dans ia réparation des tissus, soit dans la production de la force organique et musculaire. Dien que ce rôle soit encore ignoré ou mis en doute par ia plupart des hygiénistes, nous pouvons affirmer qu'il existe et qu'il répond à un besoin universel.
îl y a., du reste, un reproche à faire aux hvgiéiiistes, c'est ( ravoir trop négligé le rôle utile de ces substances pour signaler les dangers et les inconvénients que détermine leur abus. Ainsi, c'est un tort, croyons-nous, d'avoir presque exclusivement considéré l'alcool comme la boisson de la paresse et de la débauche ; le tableau sombre et lugubre que présente toute cette pathologie alcoolique a singulièremenl contribué à faire oubher les services importants que les spiritueux rendent chaque jour dans l'alimentation publique. Quant à nous, nous sentons la nécessité de relever ces boissons (kl triste rôle qu'on leur attribue, en faisant ressortir leurs services comme soutiens de la misère et du travail.
Tout en reconnaissant ce qu'il y a de juste et de vrai dans le tableau de l'alcoolisme chronique, et en déplorant les doses effrayantes et incalculables de boissons spiritueuses
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qui se consomment dans nos grandes villes manulacturièrcs el dans nos cités populeuses, nous chercherons pourtant à démontrer les avantaiies de ces hoissons, nous négligerons le poison pour nous occuper surtout de Falirnent, et nous lâcherons d'expli([uer leur consommation étonnante eu insistant sur leurs propriétés utiles.
Le cale et le thé ont suhi les mêmes accusations que Talcool, hien ({ue leur influence pernicieuse sur l'organisme ait été à peine démontrée, et bien que les troubles et les lésions de l'alcoolisme chronique, sous ses différentes formes, ne soient pas applicables aux eirets les plus fâcheux que déterminent ces nouvelles boissons dans l'économie. Ainsi, Tissot a prétendu que le café diminuait la vie humaine, et encore aujourd'hui beaucoup de gens sont imbus de cette idée que le calé au lait est un poison; aussi c 'rtaines personnes timorées et méticuleuses se gardent bien d'absorber une seule goutte de la redoutable liqueur. De même, on a accusé le thé de déterminer des gastrites, des gastralgies, et de produire de la céphalalgie, de la migraine, des tremblements de tout le corps, etc.
Ces accusations n'ont pas empêché l'emploi de ces dangereuses substances; la vieille Europe a pris goût à ces innovations, et il n'y a pas parmi nous de réunion un peu gaie où l'on ne voie apparaître, sous les couleurs les plus séduisantes et décorés des étiquettes les })lus fallacieuses et les plus attrayantes, les prétendus poisons, qui viennent s'ajouter heureusement aux aliments habituels, et qui révèlent leurs elTets par des sensations plus ou moins agréables.
« On ne peut pas objecter, dit Letheby (1), que, paice ([u'on abuse de ces boissons, elles ne sont pas utiles dans l'économie du corps humain. Au contraire, puisqu'on en fait usage dans tous les temps, et qu'aucun liquide sucré
il) Loc. cit., p. !t4.
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OU SUC do fruit niùr ne peut être exposé à l'air sans éprouver une fermentation s|)onlanéc et presque immédiate, c'est une preuve frappante que les liqueurs fermentées ont une df'slinalion utile. Elles ne peuvent entrer dans la composilion des tissus, mais elles stimulent les énergies de l'organisme et en augmentent l'activité. 11 ne suffit pas de conserver ce qu'on peut ai)peler les briques et les marl.'res de r(''dilice humain, ni d'enlretcnii- les mouvements concrets de noire machine: il y a des l'ormes moins communes de l.i malière et des manifestations plus élevées de la force qui sont en jeu dans notre existence, et le penchant de l'humanité pour des breuvages tels que ceux dont nous [)arlons, peut avoir pour but quebjue chose de plus dans l'alimentation du système, peut-être, par exemple, d'élever les âmes audessus des détails infimes et grossiers de ce monde vulgaire. »
Ces lignes montrent cumliien une nouvelle étude de ces boissons privilégiées est nécessaire ; nous avons osé l'entre- |irendre, heureux si nous parvenons à jeter quelque lumière sur cette importante (p.iestion qui intéresse à la fois la physiologie et l'hygiène, puisqu'elle se ratt:iche à l'étude des Ithénoinènes intimes de la nutrition, et constitue en même temps un des sujets les plus intéressants de l'alimentation publique.