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CHAPITRE PREMIER

VOIES d'introduction dans L'(tr,(;A.\TSME.

^ 1. Peau. — Appliqué sur la peau saine, Talcool produit d'abord une légère sensation de froid due à son évaporation rapide. Cette sensation, d'autant plus appréciable que l'air est plus chaud et plus agité, s'accompagne de la pâleur des téguments. Nous n'avons pas constaté, même avec de l'alcool à 00" c, d'irritation ni de chaleur do la partie avec laquelle ce liquide était en contact. Ce (lut a été pourtant signalé par quelques observateurs.

Sur le derme mis à nu, sur une muqueuse (conjonctive oculaire) ou sur une solution de continuité (plaie), l'alcool détermine une irritation plus ou moins violente, qui consiste en picotements, sensation de brûlure, contraction des capillaires sanguins et pâleur de la région, coagulation delà sérosité albumineuse et durcissement de la surface. Survient, comme phénomène consécutif, la dilatation des capillaires, accompagnée de chaleur et d'inllammation; il peut même en résulter un commencement de gangrène, quand l'alcool est suffisamment concentré (Gubler) (t).

(1) Gublcr, Commentaires thérapeutiques d» Coiler yiiéJicoriientarius , art. Alcool. 2'^ édition. Paris, 1871.

i.jO l •alcool.

On cile quelques exemples d'ivresse à lu suile de la simple application sur la peau de compresses imbibées d'eau-de-vie, d'eau de mélisse, d'alcool camphré ; mais il faul tenir compte, dans ces cas, de l'inhalation des vapeurs alcooliques (Racle) (1) et de leur absorption par les voies respiratoires.

§ 5. Séreuses. — L'injection de liquides alcooliques dans la plèvre et dans le péritoine a été, dans certains cas, suivie des mêmes elTets, comme cela a été démontré expérimentalement par Dayer (-2).

§ 3. Muqueuse pulmonaire. — L'alcool peut s'introduire dans les voies respiratoires sous deux états : a. à l'état liquide; b. à l'état do vapeur.

(/. — Les recherches récentes de P. Delmas et de L. Senlex (3) ont démontré que le poumon est, de tous les organes de l'économie, le plus apte à l'absorption. Divers expérimentateurs avaient reconnu, avant eux, la facilité et la rapidité étonnante avec lesquelles les liquides versés dans la trachée étaient absorbés. Ségalas (4) ayant injecté une certaine quantité d'alcool dans les bronches, avait constaté la disparition de ce liquide accompagnée des symptômes de l'ivresse ; il avait même cru remarquer que, malgré la section des nerfs vagues, ces phénomènes étaient survenus aussi vite que si l'alcool avait été introduit dans le sang. Mais Longet (5) a remarqué depuis que l'intoxication, après la section des pneumo-gaslriques, se manifeste beaucoup plus rapidement le premier jour do l'opération que le second et surtout que le troisième jour.

b. — C'est habituellement à l'état de vapeur que l'alcool

(1) Racle, De l'alcoolisinp, tliôsc d'agrcgatioii. Paris, 18G0.

(2) \oy. Dictionnaire de médecine et dechivurifie }ir(iti(jues, lX:2'J,t. I, p. 108.

(3) P. Delmas et L. Senlex, Recherclies expérimentales sur Vahsorption des liquides a la surface et dans la profondeur des voies respiratoires. Paris, 18C9.

(4| Ségalas, Arch. gén. de médecine, 1826, t. XII, p. 103. (5) Longet, Traité d'anatomie et de pltijsiolo(jie du système nerveux, t. II, p. 303. Paris, 18i"2.

VOIES D-INTHODUCTION DANS i;OR(.AMSMK. 1."

est absorbé par les poumons. H produit ■d\n>l l'ivresse, qui se développe parfois dans les caves où Ton transvase le vin et dans les ateliers où Ton travaille l'alcool (vernissage à Talcool).

Mesnet cite un négociant en alcools, dont le logement était placé au-dessus d'un magasin d'eaux-de-vie, et qui éprouvait toutes les nuits les symptômes de l'ivresse, dus à l'action des vapeurs alcooliques qui passaient à travers les fentes d'un mauvais plancher. Au bout do dix-huit mois, cet homme présenta les symptômes de la paralysie générale aiguë. Il est probable que le sujet en question avait ('gaiement tontiaitc des habitudes alcooUques.

Enfin, nous mentionnerons les expériences d'Orfila (I), dans lesquelles ce chimiste empoisonnait ùe^ chiens en leur faisant inspirer de l'air chargé de vapeurs alcooliques.

§ -4. Muqueuse digcsiire. — Pour l'homme, dans les conditions habituelles de la vie, la principale voie d'absorption de l'alcool est la nuiqueuse digcstive. Si Ton tenait uniquement compte des lois de l'endosmose établies par Dutrochet (^), il semblerait que cette absorption dût être difficile, car l'alcool ne mouille pas la nmqueuse intestinale, et les rapports de sa chaleur spécifique avec celle du sérum sanguin ne sont pas favorables à son passage à travers les parois vasculaires. Cependant cette absorption est bien réelle; elle est certainement fovorisée par l'avidité que l'alcool i)résente pour l'eau, ce qui explique la rapidité avec laquelle il pénètre dans l'économie et la facilité avec laquelle il se répartit uniformément dans tous les organes.

Appliqué sur la haujue, l'alcool à UO" centigrades présente une saveur piquante, chaude, un peu sucrée, laissant à sa suite une im[u'essiitu (h' luùhuv plus ou ruoins

(Ij Oifila, Traité de to.iicoiofjie, i"-' édilion, 1. 11.

(-2) Dutrochet, Mémoire pour servir à l'Itistoire analomiqn'' et phymlogique Jes végétaux et des animaux. Paris, 1837, t. l'^'', p. 13.

durable, qui s'accompagne de la turgesi-ence des papilles linguales ol de salivation. Ces etïets sont beaucoup plus faibles quand l'alcool est dilué.

Dans Y estomac^ il détermine une irritation plus ou moins vive de la muqueuse, irritation qui s'accompagne d'une sensation de brûlure à Tépigastre (Gubler). Les expériences d'Orfila, confirmées par les recherches plus récentes de .lacobi (i), indiquent une inflammation très-vive de l'estomac, caractérisée par le ratatinementetla friabilité de la muqueuse, quelquefois par des ecchymoses et des iniiltrations sanguines dans les parois de cet organe. Ces lésions peuvent même s'observer jusque dans l'intestin grêle.

S'il est à un degré de spirituosité assez élevé (comme cela a lieu quand il est ingéré sous forme d'eau-de-vie), l'alcool, substance très-avide d'eau, dessèche la muqueuse stomacale et présente, au bout de peu de temps de séjour dans l'estomac, un degré d'hydratation que F. Iheck (^) évalue à H" c. C'est ce qui rend compte des inconvénients (sécheresse de la gorge, ardeur à l'estomac, dyspepsie, etc.) que l'on attribue justement aux liqueurs fortes et aux vins trop alcoolisés. Voilà pourquoi nous croyons devoir condamner, au nom de l'hygiène, l'ingestion même modérée de toute boisson spiritueuse dont la richesse alcoolique est supérieure à H" c. (eau-de-vie, kirsch, vermouth, bitter, curaçao), surtout quand celte ingestion a lieu le matin, à jeun, et ne s'accompagne pas d'une alimentation sufhsante capable d'empêcher les effets plus ou moins irritants et corrosifs déterminés par la présence dans l'estomac d'un liquide aussi avide d'eau. Du reste, comme l'a fait remarquer avec beaucoup de raison Maurice Perrin (:]), il faut bien se garder d'attribuer unique-

(Ii Deutsch Klinik, 1857, u»' ii, -26 et suiv.

{•2} Voy. F. Hœck, Mémoire sur les causes des effets, bienfaisant)' et des effets nuisibles des boissons spirilueuses. Bruxelles, 1871.

(:)) Voy. Dictionnaire ennjclopédique des sciences médicales, t. II, p. 570, art. .\lcool (physiologie i.

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