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CHAPITRE V

riIYSIOI.OGlE l'ATHOLOGIOLE DE LIVRESSK ALCOOLIQUE OU ALCOOLISATION' AICUV:.

!^ 1. — D'après les considérations qui préc(klent, on conçoit maintenant la distinction qu'il est nécessaire d'établir entre l'ivresse déterminée parles boissons spiritueuses et dépendant non-seulement de l'alcool, mais encore des divers principes enivrants contenus dans ces boissons, et l'ivresse spéciale qui résulte simplement de l'ingestion immodérée d'alcool pur et dilué. C'est à cette dernière seule que nous accordons la dénomination cViiIrooIisatinn.

Dans ces conditions, les troubles déli'rminés par l'ingestion d'alcool à doses antihygiéniques se rapprochent singulièrement des phénomènes qui surviennent dans l'économie sous l'influence de certains anesiliésiques (chloroforme, éther, eic-J-Vanesthésic alcoolique est démontrée par de nombreuses observalions (l); reste à déterminer les rapports plus ou moins intimes qu'elle présente avec l'aneslbèsic produite par le chloroforme et par l'éther.

Si l'on observe avec attention les troubles qui constituent l'ivresse et ceux que produit l'action du chloroforme ou df^

(l) Voy. Bouis?on, Trailé lliporique et praUqiie île la mélhode aneslkésique, p. 4iyj. — lîlaudiu, BuUeiuuh V Académie de médecine. Paris, 1817, t. \II.

rélhci', on est frappé de l'analogie qui existe entre ces deux ordres de phénomènes : aussi a-l-on été conduit à se demander si les mêmes ellets ne se rattachaient pas aux mêmes causes, et si l'anesthésie par le chloroforme et par l'éther n'était pas un simple état d'ivresse, CItlorofonnmKscli, comme disent les auteurs allemands.

Nous croyons utile de mettre en relief les j^oints communs que présente le tableau symptomatique de l'ivresse, de la cidoroformisation et de réthérisme, en comparant les trois observations suivantes, faites sur des chiens jiar L. Lallemand et Perrin :

PHYSIOLOGIE PATHOLOr.IQUr: DE L'IVRESSE. 209

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Ainsi, chez les animaux eomme chez l'homme, ralcool et les anesthésiques produisent des effets d'une analogie et «Tune similitude frappantes. Pourtant, quelques physiologistes ont admis que l'ivresse et l'éthérisme étaient deux états de nature différente. Ainsi, Douisson dit : « La différence entre l'ivrcsse et l'éthérisme n'est seulement pas de degré, elle est de nature; et quelque légitime que paraisse le rapprochement établi entre ces deux étals, il laissera toujours entre eux une différence mesurée par l'intervalle qui sépare un symptôme de sa cause. L'ivresse est un symptôme commun de la pénétration de l'alcool et des anesthésiques dans l'économie animale ; mais l'action intime n'est pas identique : Talcoolisation n!est pas l'éthérisme (1). »

Nous objecterons à Bouisson que, bien que le chloroforme et l'éther soient des agents dont la composition chimique diiïère, cependant ils produisent une anesthésie de même nature. « Ce qui produit l'ivresse dans les alcools, dit Guillemin(:2),ce sont les éthers, ou du moins les radicaux (l'éther qu'ils renferment : le chloroforme lui-même n'est qu'un élher. Si les principes de ces corps sont analogues, pourquoi nier l'analogie de leur action? Cette action varie, du reste, avec la nature du radical que renferme soit l'éther, soit l'alcool, soit tout autre agent anesthésique. Emploiet-on l'éther sulfurique pur, l'ivresse sera gaie, le sommeil profond; les divers principes contenus dans les eaux-de-vie, le vin, la bière, donneront une ivresse spéciale à chacune de ces substances : il n'est jiersonne qui n'ait établi ces différences. »

Enfin, on sait que L. Lallemand et Perrin ont tiré de leurs expériences sur l'action comparée de l'alcool et des anestliésiques, les conclusions suivantes :

(i) Bouisson, Mémoire sur réthérisation. Paris, 18i7. (2) Guillemin, De Vaclion des anesthésiques sur l'organisme humain, thèse de Strasbouri?, 18(38.

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(( 1° L'alcool et les anesthésiqiies exercent sur le système nerveux cérébro-spinal une action spéciale tout à fait caractéristique ;

» ^° Ils produisent, en premier lieu, une excitation plus ou moins marquée, suivant leur nature. La durée do la période d'excitation paraît être en rapport avec la solubilité et la volatilité de cliacun d'eux ;

» o" Par leur action progressive, ils suspendent ensuite et finissent par abolir la sensibilité et la motricité du système nerveux (1). »

Ces conclusions n'ont plus besoin d'être justifiées; depuis la publication du remarquable travail de Lallemand, Perrin et Duroy, elles ont, pour ainsi dire, été consacrées par les physiologistes les plus éminents, par le premier de tous, VA. Bernard, qui, dans des leçons remarquables faites il y a quatre ans au collège de France, les a développées, et, par une série d'expériences nouvelles, en a démontré la justesse et la vérité Ç2),

Il est parfaitement prouvé aujourd'hui que alcoolisation, et élhcrisme sont deux états dont les conditions palhogéniques sont identiques et dont l'expression symptomatique est analogue ; à part quelques légères ditïérenccs que nous comprenons facilement, l'influence de l'alcool et de l'éther sur les centres nerveux se traduit par la même série de phénomènes qui aboutissent toujours au même résultat : Xancstliésie.

Faire la physiologie pathologique de l'ivresse, c'est faire celle de l'anesthésie.

§ :3. — La méthode suivie par Flourens (.'3) et Longet (4) pour expliquer l'anesthésie consiste à é'tudier, chez un ani-

(1) Loc. cit., p. \'li.

(2) CI. Bernard, De l'aneslhésie (Rente des cours seienliftques, 18(V,I,)

(3) Flourens, Recherches expérlmenlales sur les propriétés et tes fonctions du .sijstème nerveux dans les animaux vertébrés, 2^ édit , p. 102.

(1) Longet, Expériences relatives aux effets de l'inhalation de l'éther sulfurique sur le sijstéme nerveux. (Archiv. gén. de médecine, mars 1847.)

"21-2 L'MXOOL.

iiKil quelconque, les diiïi'ients symptùmos qui se manifestent sous r influence de la substance anestliésique, et à les comparer à ce (|ui Si' passe chez un aulie animal de la même esp(ke a}»rcs l'ablation dr tel ou tel set^ment des centres nerveux.

Le premier de ces physiologistes a conclu, de la similitude des symptômes observés chez les animaux alcoolisés et clu'Z ceux auxquels ou enlève le cervelet, que l'alcool. agit })lus jiarticulièrement sur ce dernier organe. Cependant il avait remarqué lui-même que la concordance n'avait pas été parlaite, car l'ablation du cervelet n'était jamais suivie de la perte des facultés intellectuelles, fait qui s'observe, comme on sait, dans la dernière période de l'intoxication alcoolique aiguë.

On comprend, du reste, que cette étude comparée des eflels déterminés par un anestliésique et par l'ablation de tel ou tel segment de substance nerveuse, ne pouvait se faire avec fruit qu'à une condition, c'était que le rôle pliysiologique de chacun de ces segments fût nettement d(''t<'rmini''.

Cette étude, entreprise parles savants que nous avons cités plus haut, se continue encore aujourd'hui dans le laboratoire de l'illustre physiologiste, qui lui consacre son génie et ses infatigables recherches. Nous savons, en effet, que Cl. Bernard a trouvé, dans eei'tains agents chimiques et toxiques, un précieux moyen d'analyse physiologique, grâce auquel nous pouvons aujourd'hui déterminer dans les centres nerveux le si(''ge d'un certain nombre de facultés, et espérer, plus tard, pouvoir ainsi les localiser toutes.

v^ o. — Comment se i)roduit l'ivresse? A quoi faul-il altri buer les troubles du système nerveux que détermine l'ingestion immodérée d'alcool? Sont-ils dus simplement à l'excitation des extrémités des nerfs de la muqueuse stomacale avec laquelle ce liquide est en contaet, et à un simple phénomène réflexe produit par cette excitation, ou bien doit-on les expli-

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quer par l'action directe exercée sur les éléments nerveux (ux-rnèmes par l'alcool absorb(!' dans la circulation et transporté dans l'économie?

La première opinion, adoptée par quelques physiologistes, par Ortila (1), par Brodie r2), a été détendue dans ces derniers tenq)S par Marcel (.j), qui a clierclK' à la vérifier par un certain nombre d'expériences laites sur les animaux. Ces expériences comprennent trois séries : dans la première série, Marcel di'termine l'action de l'alcool sur l'animal à l'ét-at normal (grenouilles et chiens); dans la deuxième, qui porte seulement sur des grenouilles, il coupe les nerfs des parties en contact avec l'alcool, sans interrompre la circulation; dans la Iroisième, il intercepte la circulation des parties en contact avec l'alcool, en laissant intactes leurs communications nerveuses avec la moelle ('pinière. Voici quels ont été les résultats de ces observations :

Quand on plonge les pattes postérieures d'une grenouille dans de l'alcool, il survient souvent, aussitôt après l'immersion, une perturbation soudaine (a sclioch) caractérisée par une diminution, quelquefois par un arrêt de la molililé et de la sensibilité dans les parties en contact avec l'alcool; dans tous les cas, l'animal cesse de respirer et perd complètement sa sensibilité dans une période qui varie de 10 à l.j minutes.

(Juand on fait la même expérience sur une autre grenouille, chez laquelle on a eu soin d'interrompre la communication des membres post('iieurs avec les centres nerveux, au moyen de la section des nerfs, la circulation continuant à se faire, on ne constate point de choc (comme dans l'expérience précédente); en même temps, l'insensibilité et l'arrêt de la

(1) Orlîla, Traité de toxicologie, i^ édition, t. III.

(i) Brôilie, Journal de médecine de Leroux, Corvi.sart et Boycr, 1813. . (3) Marcel, On chronic alcoholic intoxication. London, 1803, et Med. Times and Ga-^ette, 18G0. (Revue critique (/«/îv .4 rd(. (jén. de médecine, 1860, p. 77 et suiv.)

i\i L'ALCOOL.

resjtiralion n'ont guère lieu qu'au bout de 15 à 2.S minutes.

Eulin, lorsqu'on opère sui une troisième grenouille chez laquelle on a eu soin d'interrompre le cours du sang entre les parties en contact avec l'alcool et les centres nerveux, les nerfs étant conservés, la sensibilité et la respiration se maintiennent de A à 18 heures a})rès Fimmersion des membres postérieurs dans l'alcool; elles persistent pendant M heures et au delà chez les grenouilles soumises à la même opération, mais dont les extrémités postérieures n'ont pas été plongées dans ce liquide.

Marcel expérimenta é'galement sur des chiens ; ayant lié l'aorte thoracique, il remarqua que l'ingestion d'alcool à doses considérables, dans l'estomac de ces animaux, ne déterminait que quelques légers vomissements, sans provoquer le moindre symptôme d'intoxication alcoolique. A peine la ligature fut-elle enlevée et la circulation rétablie, qu'on vit apparaître les signes caractéristiques de l'empoisonnement, et la mort survint au bout de quelques instants.

Marcel a tiré de ses expériences les conclusions suivantes :

L'alcool absorbé dans l'économie porte son action sur les centres nerveux principalement par l'intermédiaire de la circulation, mais non pas exclusivement par elle.

11 exerce, en effet, une action très-légère mais réelle sur les centres nerveux par l'intermédiaire des nerfs, indépendamment de la circulation, action qui se traduit au bout d'un certain temps par la suspension temporaire de la sensibilité et de la motilité, avec conservation de la respiration.

Les observations de Marcel, tout en montrant combien est insignifiante l'influence réflexe exercée par l'alcool sur les centres nerveux, sont favorables à la seconde théorie, qui attribue l'ivresse à l'action directe exercée par l'alcool en nature sur les éléments nerveux. Celle-ci a été acceptée et défendue par Lallomand et Perrin (1), qui expliquent l'action de l'al-

(I) Lallemand et ?cvrin. Traité d'anesthésie chirurgicale. Viivis, 18G3, p. 213»

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