CHAPITRE IX
§ 4 . — L'alcool à petites doses est diurétique, fait qui avait été constaté par Maurice Perrin (1) et par nous-même (2), et qui a été confirmé plus tard par de nouvelles expériences instituées par Rabuteau (3).
La méthode suivie par cet observateur consiste à mesurer toutes les heures le volume des urines éliminées : 1° après l'ingestion d'une quantité déterminée d'eau; 2" après l'ingestion d'un même volume d'alcool ; et à comparer ensuite les nombres ainsi obtenus. Voici quels ont été les résultats de ses expériences :
Lifiuide iiiÊréré à 8 heures du matin, ^'''"^'^ éliminées
à une dose de 100 cent. cul)es.
8 h. à 11 h. du matin.
1i mai 1870. Eau ; . . 97 c. cubes.
15 — — Cognac de 8 à 9 h., 470 c. cubes. \
de 9 à 10 h. '260 ( j^-iy de 10 à 11 h. 90 ) "
16 mai — Eau 110
17 Cognac de 8 à 0 h. 4-'20 c. cubes.
de 9 à 10 h. 205 ) gg^ delOàllh. 7-2 \
18 mai — Eau 102
19 Cognac de 8 à 9 h. 315 c. cubes.
de 9 à 10 h. 170 ' / 520 delOàllh. 35 j
(1) Maurice Perrin, Du rôle des boissons alcooliques à petites doses dans la nutrition, mémoire cité.
(2) A. Marvaud, r.licob/, son action pluisiologique, son utilité et ses applications en litjgiene et en tliérapeutique, p. (Jil.
(^) Rabuteau, De quelques propriétés nouvelles ou peu connues de l'alcool devin. {Union médicale, 1870, p. 151.)
On peut conclure de tes chilTres (|ue sous riniluence de 100 cent, cubes d'eau-de-vie à .]()", les quantités d'urine éliminées ont été cincj ou six fois plus fortes que sous Tinlluence de 100 cent, cubes d'eau.
^2. — L'alcool exerce en même temps une action spéciale sur la composition des urines, dont il diminue les principaux matériaux éliminés de l'économie, et })rincipalement l'urée, comme l'avaient reconnu avant nous Bôcker etE. Smitb. Les observations de Maurice Perrin sont contraires à ces résultats; car, dans dix expériences comparatives, où le dosage fut pratiqué sur les urines de 24 heures, avec le nitrite de mercure, par le procédé de Millon, cet auteur signale plutôt «ne légère augmentation d'urée et la rapporte, non à une modification de composition des urines, mais tout simplement à l'augmentation de leur quantité. L'alcool serait donc, d'après lui, sans action sur la désassimilation des principes protéiques, et agirait uniquement en impressionnant les nerfs des reins et en excitant la sécrétion urinaire (1).
Les résultats si contradictoires qu'a obtenus M. Perrin, quand on les compare aux faits qui ont été relevés par Bôcker et E. Smith, s'expliquent tout naturellement, croyonsnous, si l'on tient compte de la nature ditïérente des boissons soumises à l'expérimentation par ces divers auteurs.
Au lieu d'employer l'alcool ou l'eau-de-vie à faible dose et diluée, M. Perrin a expérimenté sur des liqueurs complexes (vins rouges, vins blancs, bières), douées de propriélés toniques et reconstituantes, et dans lesquelles l'analyse chimique révèle, comme on sait, la présence de substances plus ou moins riches en azote. Avec de telles boissons, l'augmentation de la richesse des urines en urée est bien naturelle; elle se produit là comme après l'ingestion de toute sub-
(1) M. Perrin, Du rùle des boissons alcooliques à petites doses dans la nutrition, mémoire cité.