CONCLUSIONS DE LA PREMIÈRE PARTIE
I. — L'alcool vinique, suffisamment dilué et ingéré à doses hygiéniques, exerce sur l'organisme des effets physiologiques qui dépendent :
A. — De sa présence à Vétat libre dans le sang ;
B. — Des altérations (oxydation) qu'il subit dans l'économie.
A. — L'alcool libre dans le sang détermine :
a. Primitivement, une excitation du système cérébro-spinal, de la circulation et de la respiration; '
b. Secondairement, une excitation du système grand sympathique.
Il se distribue uniformément dans tous les tissus et s'élimine au bout d'un certain temps par les diverses sécrétions où l'on peut constater sa présence (gaz expirés, sueurs, urine).
Il enraye les oxydations intra-organiques et modère et ralentit la nutrition des éléments vivants :
1° En diminuant le courant endosmotique et par suite les échanges qui ont lieu entre les globules sanguins et le liquide réparateur (plasma), dans lequel ils tirent les matériaux et principalement l'oxygène nécessaire à leur entretien et à leur fonctionnement ; ;
îl'' En excitant le grand sympathique, dont les nerfs vasomoteurs agissent comme modérateurs des combustions intraorganiques et de la dénutrition.
Il agit comme agent frigorifique dans l'économie : a, en augmentant la quantité de chaleur perdue par la surface cutanée et par l'évaporation pulmonaire (refroidissement du sang produit par l'accélération de la circulation et de la
rospiralion et ri'limination rlc vapeurs alcooliquo>; par l'appareil respiraloirc); b. en diminiianl la quantité de chaleur produite parles oxydations intra-organiques (puisqu'il enraye la nutrition); c. en transformant en chaleur latente une certaine quantité de chaleur sensible dans r(''conomie, par suite de l'excitation artilicielle qu'il imprime au système nerveux etdc l'augmentation de force animale ou orp:anique que cette excitation détermine.
B. — La majeure partie de l'alcoul absorbé subit des allérations dans l'économie (puisqu'on ne la retrouve pas dans les sécrétions).
Cesalt('rations encore peu connues consistent probablement dans une oxydation plus ou moins complète des éléments combustibles (carbone et hydrogène) qui entrent dans la constitution de ce liquide. Elles doivent donc s'accompapner de production de chaleur; à ce titre, l'alcool est un aliuicnt calorifique ou tltermogène.
En détournant à ainsi son profit une partie de l'oxygène contenu dans le sang, il diminue la combustion des tissus vivants et constitue un véritable moyen ou ayent d'éparfjne pour l'organisme.
II. — Finalement, l'ingestion d'alcool vinique suffisamment dilué et à petite dose se traduit dans l'économie :
1" Par une excitation des fonctions animales, intellectuelles, sensitives et motrices, de la circulation et de la respiration, attribuable à l'alcool libre;
2" Par une diminution des fonctions végétatives (ralentissement de la nurition, diminution d'urée et de matières extractivcs dans les urines, épargne des tissus vivants), effets attribuables en même temps à l'alcool libre et à l'alcoo altéré dans l'économie:
3° Par une diminution de la température animale, qui s'explique par ce fait : que le surcroît de chaleur produilfe par l'alcool qui disparaît dans l'organisme est insuffi-
sant pour contre-balancer la perte et la dépense de calorique déterminée par l'alcool qui reste libre et inaltéré dans le sang.
L'alcool agit donc en même temps comme dispensateur de force nerveuse ou comme agent dynamique (partie libre) et comme source de cbaleur ou comme aliment calorifique (partie transformée).
N. B. — 11 est difficile de déterminer les effets physiologiques de l'alcool hydraté pur, car ce principe est associé, dans toutes les boissons fermentées et distillées où il figure, à une proportion plus ou moins grande de substances diverses, nécessairement mélangées avec lui pendant la préparation des nombreux esprits employés dans l'alimentation publique.
Parmi ces substances, les plus importantes sont sans contredit des huiles essentielles (alcool amylique, éthylique, etc.) et des éthers (aînanthique, citrique, malique, tartrique, racémique, caprylique, etc.), qui, bien que la plupart encore mal déterminés et peu étudiés par les physiologistes, ne révèlent pas moins leur présence et leur activité par une odeur et une saveur particulières, qu'ils communiquent aux liqueurs spiritueuses dans lesquelles ils figurent en proportion plus ou moins forte, et par une action physiologique spéciale, entrevue il est vrai depuis quelque temps, mais à laquelle on n'a pas fait une part suffisante dans fexplication des troubles et des désordres du système nerveux qui caractérisent l'ivresse alcoolique.
Malheureusement f expérimentation physiologique n'a pas encore déterminé d'une façon nelte et précise les effets sur l'organisme sain de chacun de ces divers principes, de façon à pouvoir leur rapporter les variétés qui s'observent dans le tableau de l'ivresse alcoolique, suivant la boisson spirilueuse qui a été ingérée. Cependant, si l'on tient compte des différences considérables qui se manifestent dans le pouvoir eni-
Marvaud. — Aliments d'épargne. 19
vrant de l'alcool et dans les caractères de réljriéb'' que ce liquide produit, suivant sa pureté, sa nature et sa provenance, c'est-à-dire suivant son association à tels ou tels principes plus ou moins actifs, on est bien forcé d'admettre que ces diiïérences ne peuvent provenir de l'action même de l'alcool vinique, corps organique dont la composition chimique est bien définie (C^IPO"'), mais bien de l'action des substances étrangères (huiles essentielles et éthers) associées à ce principe et qui viennent, par leur présence et leur action spéciale, influencer, modifier ou masquer ses elîets physiologiques.
Et comme l'influence de ces substances étrangères à l'alcool se manifeste principalement dans les effets que les liqueurs spiritueuses exercent sur les fonctions cérébrales et sur les facultés intellectuelles (effets céphaliques), c'est en grande partie à cette influence que nous croyons devoir attribuer les phénomènes plus ou moins marqués d'excitation ou de perturbation cérébrale, d'ébriosité et d'ivresse, si variables dans leur intensité et dans leur expression symptomatique, qui surgissent dans l'économie consécutivement à l'ingestion des diverses boissons alcooliques.
111. — L'alcool vinique, à doses antihygiéniques, peut déterminer dans VoTf^anisme des effets pathologiques qui surviennent, les uns immédiatement après son ingestion immodérée, les autres progressivement et lentement, sous l'influence de sa consommation habituelle et prolongée.
1° Les premiers consistent dans des troubles du système nerveux, qui constituent l'alcoolisation aiguë et qui comprennent trois phases : surexcitation , perturbation et destruction des fonctions de l'axe cérébro-spinal; effets tout à fait comparables à ceux qui résultent de l'action de certains anesthésiques (chloroforme, éther, etc.).
L'alcoolisation aiguë doit être distinguée de Mivresse qui survient ordinairement à la suite de l'ingestion immodérée
(les boissons spiritueuses et qui affecte une allure variable et des caractères différents suivant la nature de la boisson incriminée et suivant les divers principes irritants (alcool amyliquo, huiles essentielles, etc.), ou anesthésiques (hydrocarbures, éthers, etc.) contenus dans les liqueurs fermentées et distillées employées par l'homme ; le pouvoir enivrant de celles-ci dépendant non-seulement de leur richesse alcoolique, mais encore de leur provenance et de leur pureté, et des divers principes étrangers à l'alcool qu'elles peuvent renfermer.
L'alcool à hautes doses peut déterminer la mort; celle-ci a lieu tantôt par la paralysie progressive du système cérébrospinal, comme pour les anesthésiques (chloroforme, étliei"), tantôt par une sorte de sidération brusque et de commotion du système nerveux (quand l'alcool est ingéré à doses considérables et très-concentré).
2" Les effets pathologiques qui proviennent de l'usage prolongé et immodéré de l'alcool vinique, dont l'ensemble paraît être le résultat d'une intoxication lente et progressive, -et qui constituent Y alcoolisation chronique, consistent dans un affaiblissement plus ou moins marqué des fonctions animales (intelligence, sensibihté, motilité) et dans un ralentissement des fonctions végétatives (paralysie du grand sympathique, difticulté du renouvellement du sang dans les organes et dans les tissus, ralentissement de la nutrition, dégénérescence graisseuse des éléments organiques).