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CHAPITRE III

§ 1". — Le nialé ou thé du Paracjuay est une boisson qui provient de rinfusion des^ feuilles et des extrémités des rameaux d'un arbrisseau élégant, qui pousse dans l'Amérique méridionale, principalement au Paraguay, dans la conl'édération argentine et au Brésil, Yllex paraguai/ensis, de la famille des aquifolaciées (Richard).

Il a été encore moins étudié que la coca en France et en Europe, où il est à peu près inconnu. Les Génois et les Espagnols seuls en font quelquefois usage. Aussi, l'étude physiologique et thérapeutique de cette substance active est encore à faire. Les auteurs de traités de matière médi- <:'ale, qui rattachent le maté à l'étude du thé, considèrent, il est vrai, ces deux substances comme ayant les mêmes effets sur l'organisme sain et malade, . parce que toutes les deux contiennent le même principe actif, la théine; mais là se bornent les indications qu'ils nous fournissent.

Le maté, très-rare en France et introuvable dans les pharmacies (i), n'a point encore été appliqué au traitement de certaines affections dans les hôpitaux, pas plus qu'il n'a été expérimenté sur l'homme sain ou sur les animaux. C'est

(I) Le maté et la coca Jont nous avons fait usage dans nos expériences nous ont été procurés par un de nos amis, M. J. Teilliet, pliarmacion à Ivry-sur- Seinc (près Paris).

dire que son élude a été complètement négligée par la clinique comme par rcxpérimcntalion thérapeutique.

Nous avons dû faire un grand nombre d'expériences pour déterminer les effets physiologiques et la valeur médicinale d'une substance oubliée au milieu des nombreux agents de la thérapeutique, et presque inconnue du monde médical.

Nous empruntons au savant ouvrage de Martin de Moussy (l) et au mémoire de .Mantegazza (2) les détails suivants sur l'histoire botanique et commerciale du maté, ainsi que sur la préparation de cette boisson aromatique.

§ 2. Histoire botanique et commerciale. — Le maté (Ilex paraguaycnsis, de CandoUe; lier mate, Auguste Saint- Hilaire; Psorulea glandulosa, Linné) est un arbrisseau de la (imiille des Ilicinées, de la taille et du port de l'oranger, et très-élégant.

Ses feuilles sont ovales, oblongues et lancéolées, d'un vert foncé, d'un éclat métallique avec des nervures très-marquées. Les fleurs, peu apparentes, donnent naissance à des baies rougeàtres, pédiculées, réunies par bouquets axillaires et contenant de petites graines pourvues d'un albumen charnu.

On connaît encore le maté sous les noms divers de thé du Paraguay, thé dea jésuites; mais c'est à tort qu'on l'a rapportés! longtemps au Cassica parar/ua,-d VEri/tro.rt/lum peruvianum ou au Boralea globutosa (:]).

Les Espagnols apprirent à connaître le maté par les naturels du pays, qui en absorbaient l'infusion très-chaude et sucrée au moyen d'un petit chalumeau.

Depuis l'époque de la conquête du Pérou, l'usage de cette boisson se répandit de plus en plus. Aujourd'hui, l'on con-

(1) Martin de Moussy, Dcsciiplion (jéofjraithiqne et xlalistiiiiie de la confélération arcjentine. Paris, 1800, t. I, p. i:28 et siiiv.

(2) P. Mantegazza, Ga^. nied. Hat. Lombardia, JSô!), iv^ II.

(H) 3Ierat et Delens, Dictionnaire de matière médicale, 1831, t. III. p. 590.

HISTOIRK BOTANIQIE ET COMMERCIALE. 335

somme le maté dans le Paraguay, dans la confédération argentine, sur la côte orientale de l'Uruguay, un peu moins au Brésil, au Chili, au Pérou, dans la république de Bolivie, et peut-être aussi dans quelques autres Etats de l'Amérique centrale.

Tandis que l'importation de cette plante est presque nulle en Europe, sa consommation en Amérique s'élève à plusieurs millions. Le Paraguay seul vend chaque année pour cinq millions de maté et de tabac, et le maté entre pour la plus grande part dans cette somme considérable (Cervantes).

Voici, d'après Mantegazza, la manière dont on récolte et dont on prépare les feuilles de maté pour servir à l'alimentation :

« Dans le Paraguay, dit-il, le gouvernement, qui est le maître de tout, et qui a le droit d'autoriser toute espèce d'industrie, se réserve l'intérieur du pays, qui est garni de bois où l'on trouve beaucoup d'ilex. Là, au milieu de ces forêts épaisses, une petite troupe d'ouvriers se fraye un passage avec la hache et se met au travail. Ces hommes sont presque nus, exposés à une chaleur insupportable, aux piqûres des moustiques, aux morsures des serpents et aux attaques des jaguars.

» Les branches du mat/' sont abattues et lia<hées sans précaution, ce qui a peu d'inconvénient au point de vue

de la récolte suivante, car la végétation est très-active et les .arbrisseaux repoussent très-vite; de plus, il existe des forêts

vierges composées d'ilex, et qui s'étendent à plusieurs

lieues.

» Les rameaux, garnis de leurs feuilles et souvent de

leurs petites baies, sont placés sur un espace de six pieds

carrés environ. On allume du feu dans le voisinage, de

manière à leur faire subir une première torréfaction; cette

première opération se nomme ^«^rt«c«.

33t; LE MATÉ.

» Non loin do là, un ouvrier, le ycrhalero (rôcolteur de ycrba), entasse mollement les fagots sur une sorte de cage en bambous {tacaara), haute de trois à quatre mètres, solidement construite Glnommèc nimada. On allume au-dessous un feu modéré, de façon à ce que la chaleur et la fumée sèchent graduellement la yerba ([ui y est entassée.

Dans cette seconde opération, qu'on appelle harbacira, les feuilles et les ramuscules, qui ont été séparés, dans la première opération, des rameaux plus forts, subissent une torréfaction particulière qui développe le principe aromatique du maté,

» Ces opérations se font d'une façon si grossière et si imparfaite que souvent les flammes atteignent les feuilles du maté et y mettent le feu : aussi faut-il éteindr instant ce commencement d'incendie. »

D'après Martin de Moussy, il impoite beaucoup que les menus bois et les herbes dont on alimente le feu soient d'une bonne qualité et renferment beaucoup de principes aromatiques, car la qualité de la yerba d/'pend en grande partie de la torréfaction qu'on lui iïiit subir.

Quand le maté présente un degré de dessiccation suffisant, les feuilles et les extrémités des branches sont réduites en poudre grossière au moyen d'un moulin broyeur constitué par une simple meule en pierre, placée de champ, qui tourne dans une auge pratiquée dans le sol et dont le fond présente une résistance suffisante.

La poudre une fois préparée est renfermée dans des sacs en peaux de bœuf taillées en forme de carrés et cousues sur les côtés. Ces peaux, ramollies d'avance dans l'eau, se laissent distendre par la yerba qu'on y empile fortement de manière à former ime sorte de gros oreiller appelé suron, que l'on coud avec une forte lanière de cuir. En se séchant, la peau se contracte et exerce une pression extrêmement forte sur cette poudre, qui se trouve alors par-

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