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élat-major — ceux-ci se dirigeant sur ^'illc^s-CoUerets, disaient-ils — partirent dans raprès-niiili, ou le 31 de très bonne heure. Seuls restèrent quel- (jues Anglais du génie, chargés de missions dont ils s'acquittèrent vers onze heures. On entendit à ce moment deux sourdes 'détonations : c'était le pont en face la rue Solférino, souvenir du roi Louis XV, et celui du chemin de fer de Soissons (jui sautaient. L'opération fut d'ailleurs admirablement réussie. Les dernières troupes alliées quittèrent la ville qu'avaient abandonnée, au cours des deux dernières journées, presque tous ceux qui avaient l'intention de se sauver et qui n'avaient pas pu le faire auparavant. Le dernier train quitta la gare le 30 août au soir : le 31 au matin le service était arrêté ; il resta encore pas mal de gens (jui auraient bien voulu s'en aller.
Le même jour, 31, les Allemands entrèrent dans Compiègne par deux côtés diflérents^ carie j)Ont de Choisy n'ayant pas été détruit, leurs troupes de cavalerie avaient passé la rivière à cet endroit. Deux officiers de hussards allemands venant de Margny traversèrent l'Oise dans une barque, et, sans aucune escorte, vinrent en parlementaires à la mairie. Chose extraordinaire et qu'on a peine à croire quand on ne l'a pas vue, ces Allemands furent acclamés par la population massée rue Solférino. On les avait pris, à cause de
leurs tO(jues en peau de mouton, pour des oiïlciers cosaques, et ils firent leur entrée dans la ville ■ — assez amusés, semblaient-ils — aux cris répétés de : « Vive la Russie ! »
Avant d'aller plus loin, il faut indiquer à quels éléments peu homogènes incombait à cette date, le soin de représenter l'autorité et les pouvoirs publics dans Compiègne.
Comme nous l'avons déjà dit, tout ce (jui était fonctionnaires, gendarmerie, police, magistrature et services publics avait (juitté la ville. En fait, tous les pouvoirs étaient dévolus à l'administration municipale. En temps normal Compiègne compte 21 conseillers nmnicipaux, dont un maire et deux adjoints. Le maire, M. Fournier-Sarloveze, était sous les drapeaux ; capitaine de territoriale au o*^ dragons, il avait dû suivre son régiment : on sait d'ailleurs que, depuis, il a dignement rempli son devoir, car il a pu obtenir d'être affecté à un service d'état-major qui, ne quittant pour ainsi dire pas le front de bataille, se trouve ainsi exposé au feu ennemi d'une façon presque ininterrompue. D'autres conseillers, MM. Legrand, Lefèvre, Sonnier et Noir remplissaient aussi leur service militaire. Il restait, pour administrer la ville, les deux
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adjoints, M. le baron Henri do Scroux et M. H. Martin, puis, si nous ne faisons pas erreur, comme conseillers, MAI. Poilane, Madeleine, Lecaux, Ancel, Devaux, Surmay, Colin, Cailloux et Moreau : les autres étaient absents. L'un d'eux, le D"" Thery, parti par ordre de la Croix-Rouge pour accompagner un général blessé, ne put pas rentrer k temps pour prendre sa place parmi ses collègues ; les autres avaient sans doute des occupations urgentes et des devoirs impérieux qui les avaient appelés loin de leurs électeurs. Pour combler ces vides et assurer une sorte de permanence de jour et de nuit, il l'ut constitué une commission municipale, composée des conseillers restants auxquels on adjoignit MM. Sacquin, Cru et Retou dont le dévouement, pour assurer le ravitaillement de la ville, s'était déjà affirmé et ne devait pas se démentir un seul instant, même dans les circonstances les plus difficiles, M. de Moussac, déjà nommé, M. Delaidde, comptable émérite, et le signataire de ces lignes qui, au début du mois d'août, avait porté son petit brassard comme tout le monde et avait en outre été d'abord chargé du soin d'héberger et de faire soigner cent trente vieillards évacués des hospices Sainte-Catherine et Saint-IIippolyte de Verdun, et en même temps d'assurer la nourriture de 13 à 1 oOO bouches inutiles que l'on avait
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L'galemenl expulsées de Verdun el envoyées à Compiègne. A ce premier groupe s'adjoignirent des lioinines de bonne volonté et résolus, qui se partagèrent le soin de veiller à l'exécution des mesures qui s'imposaient. Cilons parmi eux M. Lacour, l'actif agent-voyer de la ville, M. Trouvé, le dévoué secrétaire, et le personnel de la mairie : M. de la Granville qui se montra en toutes circonstances prêt au travail, M. Pi(iuet- Duc, toujours disposé à rendre service, M. Couttolenc qui, sans bruit et sans tapage fut si utilement dévoué. MM. Koecklin, J. de Magnienville, interprète et infirmier modèle, Roger Benoist, Le Bargy, Ginoulliac et d'autres encore, qui nous pardonneront de ne pas les citer mais dont le nom est présenta la mémoire de tous les Compiègnois. Notre confrère Mermet, du « Progrès de l'Oise » représentait la presse de la ville, du département el du monde entier, et prenait notes sur notes. On voyait aussi de temps à autre M. Dumars, le juge de paix toujours très affairé. Le bureau de bienfaisance, dont la mission devenait plus liiurdc (le jour en jour, fut admirablement dirigé par M. Ouarnicr et par M. Villette, le modèle des employés de ville présents, passés et futurs, tandis que MM. Surmay et Cailleux se chargeaient du fourneau économique. 11 restait deux médecins : M. Wurlz don! le dévouement fut admirable
et pour lequel Compiègne n'aura jamais assez de reconnaissance, et M. Lucas qui l'aida de toutes ses forces. Un peu plus tard rentra, k travers les lignes ennemies, en pleine occupation allemande, le Docteur E. Warde, qui, très courageusement, vint se joindre à ses collègues. Quant à la police, elle fut dirigée et fort bien par M. Jules Lefèvre, opticien, qui fut nommé d'office commissaire central, spécial et extraordinaire et s'acquitta de sa tâche délicate entre toutes avec un zèle, un tact et un doigté auxquels tous les Compiègnois se plaisent à rendre hommage. Il avait sous ses ordres quelques agents volontaires qui ne ménagèrent ni luur temps ni leurs peines et qui ont bien mérité de leurs concitoyens. Citons parmi eux MM. Edgar Léger, Gaston Boieldieu, Auguste Lemaire, Georges Croisy, Marc, Gay, Sinot, auxquels venaient se joindre de temps à autres quelques volontaires de bonne volonté, comme M. de Bussy l'aîné. 11 y avait eu au début des hostilités une garde civique se montant k une trentaine d'hommes, mais elle avait été dissoute avant l'arrivée des Allemands.
Telle était l'administration de fortune k laquelle incombait le redoutable devoir de soulenir les intérêts de la Ville et des particuliers. L'âme de ce groupe fut le preiiiier adjoint. M. le banin lli'iiri de Seroux qui, jour el iiuil. malgré son âge, fut
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sur hi l)rèche, défendant pied à pied la cité et ses administrés contre les exig-ences allemandes, dépensant sans compter ses forces et sa santé et allant même jusqu'à risquer sa vie. Il y aurait bien des choses intéressantes à dire sur cette famille de Seroux que l'on retrouve sans cesse depuis le xiv" siècle, mêlée à tous les événements dont notre ville fut le tiiéàtre : « sed non est hic locus ». — Reprenons notre récit.
Les deux officiers de hussards allemands, venus en parlementaires, comme nous l'avons déjà dit, le 31 août vers les 5 heures du soir, furent reçus à la mairie par MM. de Seroux, Martin et Poilane. Ces messieurs écoutèrent les exigences de l'ennemi, affirmèrent (ju'à leur connaissance il ne devait rester aucun soldat des troupes alliées, et déclarèrent que la ville — absolument ouverte — n'avait nullement l'intention d'entamer une lutte inutile : après quoi les parlementaires furent reconduits de l'autre côté de l'Oise : les deux adjoints les accompag-nèrent.
J'avais assisté à l'entrevue et escorté ces Messieurs jusqu'à la rivière ; en revenant je me trouvai sur la place du Château en présenee d'un peloton de ulhans arrêtés au coin de la rue Mounier.
Ces cavaliers étaient venus par la porto Chapelle et la rue d'Ulni.
Nous avions décidé, mon excellent ami. Je baron de Bonnault et moi, de dîner chaque jour alternativement l'un chez l'autre, tant que dureraient les événements que nous sentions menacer Compiègne : c'était un moyen pour nous d'être moins isolés.
Ce soir-là, après un repas frugal et peu folâtre, nous allions faire un tour jusqu'à mon hôpital de la rue Vermenton — où étaient installés les vieillards de Verdun — quand, arrivés au coin du haras, j'entendis le roulement sourd assez lointain encore, d'une long-ue file de voitures et de canons défilant sur la route de Soissons. J'engageai de Bonnault à s'en aller chez lui, ce qu'il put faire sans mauvaise rencontre. Quant à moi, mon inspection terminée, je rentrai également. Je mettais la clef dans la serrure lorsque tournèrent au coin do la place du Château et de la rue d'Alger les premières voitures allemandes. Il était alors huit heures et demie. Les convois, plus ou moins rapprochés les uns des autres ne cessèrent pas de rouler sous mes fenêtres jusqu'à près de six heures du matin et je remarquai qu'il n'y eut pas une seule fois de l'hésitation sur la direction à prondro chez les officiers qui conduisaient ces batteries d'artillerie et ces convois do munitions. Le même délilo eut lieu
éiraleinont pendant toute la nuit sur le boulevard du Cours.
Le lendemain, à sept heures, M. Henri de Seroux m'appela pour aller avec lui à la mairie ; nous fûmes bientôt rejoints par .MM. Martin, Poilane, .Madeleine et de Moussae. Il y avait en lace de nous un certain nombre d'officiers allemands appartenant à l'intendance, aux pontonniers et à la cavalerie : immédiatement ils commencèrent à dicter 1rs contributions de g-uerre dont ils frappaient la ville. La plupart de ces ofliciers se montraient polis. Il me souvient toutefois d'un petit jeune homme imberbe, lieutenant ou capitaine de ulhans, singulièrement agressif et insolent avec son casque sur la tète, son monocle à l'œil, et la cravache de laquelle il frappait alternativememt ses bottes et les tables en disant : « Je veux ceci, j'exige cela : c'est la guerre... » Puisse une balle française avoir depuis expédié dans un autre monde ce charmant jeune homme, digne représentant de l'orgueil et de la kultur germaniques. La perte n'aura pas été grande!
La matinée se passa en grande partie à discuter les prétentions allemandes. 11 fallait leur livrer immédiatement : 15000 kg. de viande fraîche, 8000 kg. de viande fumée, 8000 pains de 1 kg. .oOO, 1 500 kg. d'avoine, 6 000 kg. de légumes verts, 40 quintaux de sel, 1 000 kg. de café brûlé,
400 quintaux de farine, tout ce que l'on pourrait avoir de tabac, cigares et cigarettes, de chocolat et de biscuit, de la paille et une quantité fort appréciable de sucre.
Et pour le 8 septembre, 12 000 chemises, 8000 paires de souliers, OOOO mouchoiis, 10 000 paires de chaussettes, îiOO bretelles, 8000 caleçons, 30000 fers à cheval, plus des quantités considérables de farine, avoine, viande conservée, paille et 5 000 litres de vin.
Nous dirons un peu plus loin dans quelles proportions très réduites il fut donné satisfaction à ces exigences. Ce qui compliquait la situation le l*"" septembre, c'est que, à tout moment, arrivaient de nouveaux détachements ou régiments, et que chacun d'eux réquisitionnait pour son compte sans s'occuper de ce qu'avaient fait les autres troupes de passage. Toutes les quantités d'objets ci-dessus indiquées devaient être fournies sous peine d'amendes en argent formidables. Ces messieurs jonglaient avec les oentaines de mille francs. Si l'on ne fournissait pas les marchandises réquisitionnées, la ville paierait .jOOOOO francs en espèces; chaque jour de relard serait puni dune amende de 100000 francs, etc., etc. Et chaque fois quon essayait de discuter avec eux revenaient les mômes refrains : « C'est la guerre, vous avez voulu la guerre... c'est votre Poincaré et votre
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Delcassé qui ont t'ait la g^uerre... » M. Delcasst', surtout, était la bùle noire dos olficiers.
Pendant ces discussions les troupes dérdaient sur la place de l'Hôtel-de-VilIe, pour prendre la rue Saint-Corneille et il en passait toujours par la rue d'Alger, la rue des Doineliers et le long- de l'Oise. Pendant la nuit les pontonniers avaient jeté un pont de bateaux à peu près à hauteur de la rue Hippolyte-Bottier.
Rien n'était lug"ubre pour nous comme d'entendre les chœurs chantés par rinianterie allemande passant devant la statue de Jeanne-d'Arc. Sur la place il n'y avait que les malheureux venant chercher leur nourriture au bureau de bienfaisance ; le terre-plein était encombré de cavaliers et les rues d'équipages militaires, sauf la rue Solférino et la rue Saint-Corneille, restées libres pour le passag^e des troupes. Les boulang'ers avaient tous été réquisitionnés : pendant quatre jours ils travaillèrent nuit et jour pour l'armée allemande, et les habitants de Compiègne manquèrent de pain.
Vers midi un détachement comluit par deux officiers s'en fut à la recette municipale qui, heureusement, n'avait plus en caisse qu'une somme infime, de sag-es précautions ayant été prises à temps. M. Boidard, le receveur, dut verser ce qui restait dans son coll're-forf, mille à douze cents francs environ.
Les AUeiriands étaient surtout furieux de voir tant de maisons fermées. — « Nous ne sommes pas des barbares, disaient-ils, pourquoi avoir fui devant nous? » et pour prouver b'ur i\ullur, ils enfonçaient les portes des magasins, pillaient et volaient : c'est ainsi que furent dévalis«îes des épiceries comme Potin, Yignier, bien d'autres encore, tous les débits de tabac, la mercerie de la Tour Saint-Jacques, plusieurs boutiques d'orfèvrerie et quantités d'autres magasins et de maisons bourgeoises dont les propriétaires s'étaient sauvés. En revanche dans les magasins restés ouverts ils se conduisaient assez bien, et payaient... en bons de réquisitions plus ou moins réguliers généralement, mais quelquefois aussi en argent.
L'après-midi on se partagea la besogne, car il fallait, pour éviter d'autres malheurs plus grands encore, faire quelque chose afin de donner satisfaction aux vainqueurs. Mais ce n'était pas facile, on ne pouvait pas circuler librement, les voitures et les chevaux étaient réquisitionnés et enlevés, et même à pied on était arrêté à chaque instant. Vers trois heures et demie nous résolûmes, M. de Seroux et moi, d'aller trouver le commandant de place pour lui exposer la situation et lui demander des sauf-conduits pour les membres de la commission municipale et pour les voitures chargées des services publics.
L'officior suporiour allemand auquel incombait le soin de tenir Gompiègnc répondait au nom de Luther. Il s'était installé avec un lieutenant presque en face du pont de bateaux, chez M. Piquet- Duc, sur le boulevard du Cours. Ce personnage commença par se faire attendre plus d'une heure: il était soi-disant à sa toilette. En réalité il exerçait à la mode allemande une sorte de représailles. Deux heures plus tôt, M. de Seroux, revenant à la mairie, avait été arrêté en face l'hôtel de la Cloche par un autre officier qui l'avait retenu un (juart d'heure environ pour lui demander différents renseignements. Le malheur avait voulu qu'à ce même moment le commandant de place le demandât à la mairie : il dut attendre quelques instants : « inde irae » ; de plus ce retard faisait sentir aux délégués de la ville l'importance de M. le Commandant.
Enfin, au bout de cette longue attente, la conversation commença, assez difficile malgré la présence d'un soi-disant interprète qui ne servait pas à grand'chose. Néanmoins les négociations allaient assez bien et l'on cornmençait à dresser une liste des personnes qui auraient des sauf-conduits, quand entra en coup de vont un officier anivant de Margny, c'est-à-dire de l'autre côté de l'Oise : il venait annoncer qu'on avait tiré sur un sous-officier allemand et blessé son cheval. Aucun
(le nous ne comprenait la conversation qui avait lieu en allemand mais nous vîmesde suite, à l'air sérieux et agressif des officiers, que les choses allaient se gâter. En effet, après dix minutes de conversation, le commandant nous expliqua ce qui s'était passé à Marg-ny, ajoutant : « Le sangappelle le sang-. En conséquence, vous, M. le Bourgmestre, et vous, M. le Notable (le notable, c'était moi), vous êtes faits prisonniers-otages. S'il y a des troubles cette nuit, demain à sept heures vous serez fusillés. »
Ce discours fut repris, amplifié et mimé par un élégant Oberlicutonant à lunettes d'or, roulant des yeux qu'il voulait rendre terrifiants — et qui était tellement ridicule qu'il nie donnait une terrible envie de rire — bien que les circonstances fussent plutôt graves. Piquet-Duc était navré et faisait tout son possible pour me rappeler à une tenue plus diplomatique ; M. de Seroux essaya d'expliquer queMargny n'étaitpas Compiègne, que son autorité ne s'étendait pas sur cette commune. . . rien n'y fit. J'eus alors l'heureuse inspiration de faire remarquer à ces messieurs qu'il était assez contraire à leur intérêt d'arrêter le maire qui seul pouvait donner les ordres nécessaires pour assurer le calme dans Compiègne, et pour leur procurer les objets réquisitionnés par eux. Il suffisait, sans l'arrêter, de le garder comme otage libre — il ne