‹ Les Allemands à Compiègne, septembre 1914, journal d'un otageChapitre 6 sur 13 · PUBLICATION · texte numérisé non relu

PUBLICATION

« Moi, le commandant (rKtapo,

« Je me charge, à partir de ce jour, de l'admi- « nistration de l'Étape Compiègne comprenant les « localités suivantes : Compièfjne et environs.

« En cette qualité, je confirme les autorités « locales, à la condition qu'elles exécutent stricte- « ment mes ordres, et je garantie {sic) à la popu- « lation ma protection en tant qu'elle reste paisible.

« Toute action préjudiciant les personnes de « l'armée allemande, les installations de commu- « nication publique, les chemins de fer, le téle'- « graphe et le téléphone, sera punie très sévère- « ment, n'importe que cette action sera exécutée « par des personnes de sexe mâle ou féminin.

« A parreille {sic} punition s'exposera la com- « mune sur le territoire de laquelle ces crimes se « passent. Les communes seront responsables « des malfaiteurs et auront à supporter les puni- « tions les plus sévères.

« Toute personne criminelle, mâle ou féminine, « attrapée en flagrant, sera immédiatement fusil- « lée.

« Toute localité où des personnes de l'armée « allemande seront traîtreusement blessées, « empoisonnées ou tirées, sera immédiatement « incendiée.

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(( Toute teiilalive sera atteinte par les mêmes « punitions,

« Pour ménag-er les intérêts de la population « paisible, je lixerai conjointement avec les auto- « rites locales les livraisons à faire. La population « est tenue de suivre exactement les ordres des « autorités locales.

Compiègne, le 4 septembre 1914.

Sig'né : Sabath.

Cette proclamation n'était peut-être pas écrite en français très correct, mais elle était très claire et facile à comprendre,

A partir de ce moment, il fut bien plus commode de s'entendre. La population de Gompiègne se montra d'ailleurs, pendant tout le temps de l'occupation, d'un calme parfait.

La veille, à l'appel du maire, tout le monde était descendu dans la rue avec des fourches, des pelles et des balais, et on avait procédé au nettoyage de la cité, opération peu agréable mais nécessaire. Pendant quelques heures encore on fut totalement privé de pain et cependant personne ne se laissa aller à une manifestation violente qui aurait pu avoir de terribles conséquences.

Les mouvements de troupe se succédaient vers Paris, mais il y avait peu d'allemands tenant gar-

nison. Ce qui nous faisait plaisir, car c'était signe tangible que les sinistres prédictions : « Nous serons à Paris dans quatre jours, la paix sera signée dans liuit jours » ne se réalisaient pas, c'est que nous entendions toujours le canon, sensiblement dans la même direction. Son action commençait de très bonne lieure le matin ; à midi, il y avait une accalmie et vers deux heures et demie trois heures, le feu recommençait pour durer très tard, parfois toute la nuit. Nous voyions aussi que nos maîtres avaient l'air préoccupés : à partir du 7, ils devinrent plus polis, moins arrog'ants qu'au début ; ils semblaient inquiets. Visiblement les choses n'allaient pas à leur convenance. Et tout cela nous donnait de la résignation et de la patience pour subir leur contact désagréable.

Toute la vie de Compiègne était alors concentrée sur la place de l'Hôtel-de-Ville et dans la mairie. M. de Seroux avait établi son quartier général au rez-de-chaussée, comme le Sabath, mais alors que celui-ci passait la majeure partie du temps dans son bureau à fumer, digérer ou dicter des ordres, M. de Seroux restait généralement debout, ou assis près de la porte donnant sur la place. L'un de nous lui tenait compagnie : c'est là que le premier adjoint recevait tout le monde, semblant défendre ainsi, non-seulement

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les intérêts de la villo, mais encore l'accès même de la maison commune. Il discutait les ordres des vainqueurs, avait l'œil à tout, prodiguait les oncourae:ements à ceux qui venaient se plaindre d'un tort causé, d'un malheur subi, et réconfortait cliacun par son calme et sa bonhomie. La bonhomie, c'était le fond de son attitude et de sa j)olitique. iMalp:ré les prétentions et les demandes insolentes parfois des allemands, il ne s'en départait jamais ; il arrivait toujours à en imposer aux vainqueurs par son âge, son calme, son égalité d'humeur, et, grâce à son sang-froid, il écartait les orages mena(;ants qu'un geste maladroit, un mouvement cassant, ou un instant d'impatience auraient sûrement fait éclater sur la ville.

Au rez-de-chaussée fonctionnait encore, le matin, le bureau de bienfaisance, et au fond, dans la salle des séances du Conseil et dans les couloirs, c'était un va-et-vient d'officiers, de sousofficiers ou soldats, criant haut, traînant leurs bottes, heurtant leurs éperons, et frappant leurs sabres, l'air insolent et cruel.

Au premier étage, dans le cabinet du maire, se tenaient en permanence quelques membres de la commission, autour du second adjoint M. Martin : M. Poilane signait à tour de bras les saufconduits — qu'il fallait ensuite faire approuver par

le Siibatli — et dont on avait besoin à chaque instant pour passer l'eau, sortir Je Compiègne, ravitailler la ville, etc., de Moussac expliquait ce qui se passait, sûrement, dans la bataille dont les échos venaient jusqu'à nous : .M. .Mmleleine travaillait utilement et sans bruit : Mermet prenait des notes : les autres s'emplovaient du mieux qu'ils pouvaient. Dans la cour on grillait du café dont l'odeur acre pénétrait par la fenêtre ouverte; pendant sept ou huit jours il y eut quatre hommes occupés à cet abrutissant travail, sous la conduite de M. De vaux et de M. Lecaux.

De temps à autre, celui d'entre nous resté en bas près de M. de Seroux montait chercher quelqu'un pour une corvée... et les jours passaient, lourds, tristes, odieux.

11 y avait des blessés dans tous les hôpitaux, et au début les allemands n'avaient même pas laissé un de leurs majors à Compiègne. Le pauvre docteur Wurtz était débordé ; on ne rencontrait dans les rues que sa Victoria, avec la capote baissée, un g-rand drapeau de la Croix-Rouge accroché en guise de fouet à côté du vieux cocher. 11 allait d'ambulance en ambulance. M. Lucas l'aidait, mais à eux deux, ils ne pouvaient pas suffire à tant de besogne. Un peu plus tard, il y eut dans les hôpitaux quelques médecins militaires allemands, et, comme nous l'avons dc'jà ilit, le docteur

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E. Wardo put réussir à rentrer à Compiègne. Parmi les blessés, il y avait surtout des Allemands, mais il se trouvait des Anglais et quelques Français. Toutes les dames restées les soignaient avec un dévouement inlassable. Il y avait Mme Sacquin, — dont le mari était toujours chargé du ravitaillement, — et ce n'était pas une sinécure. Mme la baronne Fain, présidente de la Croix-Rouge qui n'avait pas voulu quitter son poste et était restée avec M. le colonel de Seroux président de la S. S. B. M., et quelques infirmières, Mlles Barbier, Cléret, de Mandell, Sabatier, Dumars, les sœurs de la Compassion et celles de l'Hôpital général, 3Ime de Moussac, Mme L. de Seroux d'autres encore qui se dévouaient déjà, admirables, comme elles le font toujours aujourd'hui.

Le hauptman Sabatli veillait avec sollicitude sur les pensionnaires des hôpitaux et ambulances, mais leur nourriture lui tenait plus au cœur que la façon dont ils étaient soignés. II est vrai que, de ce côté, il avait vu de suite qu'il pouvait être ti'anquille. Tous les jours il fallait lui communiquer le menu des repas ; parfois il faisait changer certains plats. Et cependant ils étaient suffisants, ces menus, jugez-en par celui de lllôpital général, à la date du 10 septeml)re.

Petit déjeune?' : café nu lait ou noir; thé pur ou au lait.

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