‹ Les allemandsChapitre 10 sur 89 · GERMAINS ET SLAVES · texte numérisé non relu

GERMAINS ET SLAVES

il suffirait d^un coup d'épée de la France :

voilà ce qu'il importe à tout prix d'éviter et de prévenir.

Cette crainte fatale est le grand ressort de la politique étrangère du chancelier. Vaincre la France surprise est peu, il faut la mutiler; la mutiler n'est rien, il faut la rendre impuissante, risoler ou la pousser habilement aux aventures lointaines, jusqu'au jour où Ton pourrait parler de dépècement et de mort.

La patrie saura déjouer de pareils rêves. Les ambitions démesurées d'un politique, fussentelles servies par un bras de fer et les coalitions d'empires puissants, ne prévaudront pas contre une nation comme la France. Telle est sa vitalité, que vingt révolutions ne peuvent répuiser ; divisée et enfiévrée, elle reste quand même au premier rang des peuples, elle inquiète ses ennemis; et, plus soucieuse que personne des progrès sociaux et humanitaires, elle trace aux autres pays, à travers mille écueils, la route non frayée de l'avenir.

Et si la France devait dans ses destinées représenter la grande puissance pacifique du monde nouveau ; si, désabusée de la sanglante vanité du militarisme, de la folie des con^ quêtes, elle devait consacrer son génie renou* vêlé au développement généreux de la science, de la fraternité et de la liberté politique des peuples, r Allemagne ne remettrait pas pour cela Tépée dans le fourreau. Tant qu'elle restera Empire, elle subira la loi de son origine. Gréée par la force, elle sera condamnée à se soutenir par la force. Ses forteresses changeront de front : elles regarderont l'Orient au lieu de regarder l'Occident; et le panslavisme qui grandit à TËst lui conunandera encore le militarisme.

Pour peu qu'on ait observé l'antipathie de race qui oppose le Germain au Slave, il est impossible de ne pas prévoir le choc de l'Allemagne et de la Russie. La sagesse et l'habileté politique, l'âge et la parenté des souverains pourront le retarder; mais, tôt ou tard, les

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