ARMÉE ET UNIVERSITÉS
en maître, et il n'est pas un Allemand qui ne se croie invincible par le nombre et la Valeur de ses soldats, par le génie de ses chefs, la supériorité de son organisation et de son armement. Mais les lettrés — et ils sont nombreux — se glorifient plus encore de leurs écoles, qu'ils proclament sans rivales. Un des plus célèbres professeurs de l'Allemagne a exprimé la pensée de tous ses collègues dans un discours éclatant, panégyrique à outrance que le lecteur étranger ne lira pas sans de légitimes et graves réserves, peut-être même sans quelque froissements
L'auteur s'étonne qu'au treizième siècle, alors que la France seule jouissait du privilège d'être l'école du monde civilisé, « nul n'ait compris la nécessité pour l'Empire d'avoir son impériale école, s'il voulait poser le fondement même de sa puissance et créer son unité nationale ». (Page 7.)
Bien que l'Allemagne ait été la dernière à voir
i. Lie UniversUàterif Sonst und Jest, von D' Joh. Jos. Ign. Yon Ddllinger, MÛnchen, 1871.
naitrc et grandir les universités, elle est aujourd'hui, selon l'auteur, « devenue leur terre de prédilection ; et telle est l'étendue, la perfection et l'habileté scientifiques qu'elles ont acquises, que les voilà sans rivales dans le monde, et les seules dignes de leur grand nom ». (Page 28.)
a C'est dans les universités que l'individualité du génie allemand trouve son expression la plus parfaite et l'apaisement de ses 'plus nobles aspirations. L'université fait partie du génie intellectuel de l'Allemagne ; et partout où la vie allemande réussit à s'organiser, on voit apparaître une imitation de ses hautes écoles. » (Page 35.)
« Ce sont les universités, ajoute-t-il encore, qui ont élargi la nature allemande, et fait d'elle le type le plus universaliste ; car on trouve en elle le vrai humanitarisme y le vrai cosmopolitisme, dans une plus grande variété, et une plus grande richesse que chez n'importe quel autre peuple cultivé. »
Il serait difficile de rencontrer un écrivain
ARMÉE ET UNIVERSITÉS Tt
national parlant de l'organisation intellectuelle de son pays avec de tels éloges. Tout espr>t impartial est forcé néanmoins d'y reconnaître une part de vérité.
Tempérament des peuples et génie nation&i.^Indélébllité de la race. — Dualisme du cerveau allemand : rêveur et théoricien; positif et homme d'action. — Italien, pratique et diplomate; Français, logique et impétueux; Allemand, bicéphale. — Influence de ce dualisme dans Thistolre de l'Allemagne.
Les institutions d'un peuple, son activité et son avenir dépendent surtout du tempérament, du caractère et du génie. Ces éléments ne suffisent pas^ sans doute, atout expliquer; il faut encore tenir compte des circonstances^ du milieu, des inspirations secrètes qui stimulent l'action et de ce qu'on pourrait nommer l'âge de
ce peuple. Néanmoins, ils restent le facteur prépondérant qui, bien analysé, donne la clet des bonnes solutions. Nous, moàemes, qui faisons de l'histoire rétrospective, nous ne comprenons les peuples ensevelis, et nous ne les ressuscitons dans nos récits qu'en pénétrant jusqu'à l'âme nationale.
Comment expliquer les colossales monarchies absolues de l'Orient, de l'Inde, de la Perse, de l'Egypte, si on oublie la passivité de ces peuples, poussés en avant, comme des troupeaux, par la main puissante des héros théocrates en qui l'opiuion eommune voyait incarnées la majesté humaine et l'autorité des dieux? Sera-t-il jamais possible de comprendre Rome, ses conquêtes et sa domination, si l'on ne se rappelle l'ambition démesurée de ses fondateurs et du peuple lui-même, leur esprit de persévérance et d'organisation, et cette foi superbe qui se traduisit un jour par la fameuse formule :
Parcere subjectis et debellare svperbos.
LE GÉNIE NATIONAL Si
Qu'on passe en revue tous les peuples morts : leur génie national explique toujours leur destinée.
Avec quelle rigueur cette loi s'applique aux peuples contemporains!
L'esprit politique et diplomatique de Fun préside à tous ses agrandissements; l'esprit chevaleresque et ardent de l'autre le met sans cesse au service de quelque grande cause, et lui défend de calculer avec ses intérêts. Jamais l'ambition nationale qui a lentement germé dans la Prusse, et qui a fait de ce petit État écrasé le royaume dominant de la vieille Confédération germanique, n'eût pu se développer dans le tempérament tranquille et adouci de l'Allemand du Sud.
n y a plus que du sang germain dans les populations des côtes de la mer du Nord et du Brandebourg. Ces faces élargies, ces crânes carrés, ces types souvent bruns, cette ossature proverbiale font songer à un autre sang et rappellent les vieilles hordes tartares. Quoi
qu'il en soit, et sans remonter aux origines de ces races, sans reprendre l'histoire à des siècles trop reculés, sans même revenir à cette Allemagne telle que la dépeint, sous des couleurs si attrayantes, madame de Staël, à ne considérer que l'Allemand d'aujourd'hui, il présente plus d'un trait caractéristique dont le dessin aide à comprendre la nation puissante qui se dresse et grandit au centre de l'Europe. La fusion des peuples modernes, la fréquence de leurs relations, l'uniformité de leur culture morale, intellectuelle et chrétienne ont pu atténuer leurs différences profondes; elles ne les ont pas détruites. Le^^ races se mêlent par les alliances, cimentent leur fusion à force de sang versé, mais elles demeurent distinctes comme les langues qu'elles parlent. Le Slave reste slave, le Germain reste germain, le Latin reste latin; et, jusque sous l'étreinte d'une même administration centralisée qui fait passer par la même filière tous les individus, en dépit de l'unité politique la plus compacte, dans