LEUR INDÉPENDANCE U
essentiellement autoritaire, où la hiérarchie a été en quelque sorte consacrée, où la science du droit, c'est-à-dire du pouvoir, a été poussée à son point culminant, et où le maître {Maestro) s'est conquis la première place, jusque dans l'opinion du peuple. Mais en Italie la considération accordée au maître n'est qu'un reflet de celle dont jouit la hiérarchie sacerdotale; et en Allemagne, elle est le reflet de celle dont jouissent les universités. Et cependant on se méprendrait, si l'on s'imaginait que l'Allemand discipliné, quelquefois servile, soit incapable d'indépendance et de liberté.
n se passe, à cette heure, dans l'empire, un fait qui mérite, à ce point de vue, non seulement d'être relevé, mais médité : c'est la lutte politique entre le chancelier et le Parlement impérial au sujet des réformes intérieures. La volonté inexorable du maître veut forcer l'opinion des députés : elle frappe à coups redoublés à la porte du Reichstag. Que répondent les représentants du pays? s'inclinent-ils devant
l'autorité du despote? abdiquent-ils devant sa volonté de fer? On aurait pu le prophétiser, à entendre les observateurs superficiels qui, pour Qiatter notre vanité nationale, vantent complaisamment notre indépendance, notre libéralisme, et ne tarissent pas sur le militarisme mécanique, automatique de TAllemagne. Il n'en est rien. Le sens pratique de ses intérêts garde le Germain, non seulement contre Tenchantement d'une éloquence de tribun, mais contre la raison d'Étal exploitée par tous les despotes.
La discipline est l'école de la liberté. L'obéissance n'est pas l'asservissement. Céder au caprice, à l'arbitraire, voilà la servitude; se courber devant la loi et l'autorité qui l'édicté, voilà l'honneur de l'être libre. C'est parmi ceux qui font parade d'indépendance, de révolte même, qu'on recrute le plus d'esclaves, comme on recrute les crédules naïfs et les superstitieux parmi les esprits sans conviction et sans foi.
L'instruction publique et ia civilisation moderne. — hè peuple le plus grand est celui 01^ l'organe de l'instraetion publique est le plus parfait — Cett ce qui se toU en Allemagne. — Les trois degrés de Finstmction publique. — Supériorité du monde moderne sur le moyen âge et l'antiquité. — L'Instruction élémentaire. — Supériorité de l'Allemagne : elle n'a pas répudié la religion. — L'instruction religieuse obligatoire pour l'enfance. — Diffusion de l'enseignement primaire sous l'influence du christianisme et de la démocratie. — Religion, phase nécessaire & révolution de l'espèce humaine et de l'individu.
L'élément le plus nécessaire à une nation civilisée, c'est Tinstruction publique, et Torgane capital de sa vie, ce sont les institutions destinées à lui assurer Tacquisition et le développe-
ment continu de la culture générale. La supériorité intellectuelle ne tarde pas à donner à un peuple la prédominance sur ses voisins ; car si la vertu nous élève devant Dieu, la science nous grandit devant les hommes. La force militaire elle-même n'est qu'un résultat de la science la plus avancée. C'est la science qui bâtit les forteresses à fleur de terre, construit les navires cuirassés, aiguise les meilleures épéeSy invente le secret de faucher le plus de vies humaines, l'art de tuer en grand et fait de rhomme à une heure de combat le plus reàoutable des carnassiers, quand la justice ne 'gouverne pas l'effort violent, la colère de ses instincts. C'est elle qui, pour les peuples, forge toujours plus terribles les armes offensives et défensives dont la conscience peut et doit régler Tusage, mais que la conscience ne crée pas.
Ces idées montent d'elles-mêmes au cerveau, quand on foule du pied le sol allemand, et qu'on voit de ses yeux, à chaque pas, l'étalage mi-