L'INSTRUCTION PUBLIQUE
litaire auquel se complaît cet empire. La bête fauve est tranquille aujourd'hui ; mais dans son repos, elle veille accroupie, aiguisant toujours ses dents et ses grifFes, l'oeil ouvert sur l'horizon, à l'Est, à l'Ouest... à TOuest surtout.
Cette ambition de dominer expliquerait à elle seule l'ardeur universelle que la science provoque partout dans le monde moderne. Il s'agit moins encore de connaître Tunivers que de le maîtriser. On poursuit moins la satisfaction du devoir que l'espérance enivrante de commander à toutes les forces, aux forces libres comme aux forces brutes et inconscientes.
Je trouve plus de noblesse encore dans ces visées despotiques que dans les plans sectaires de ceux qui ne savent qu'opposer la science à la religion, et ne rêvent l'organisation de la science que pour mieux laïciser un peuple, comme disent avec un nouvel euphémisme les faux prêtres de l'humanité sans foi, sans Médiateur et sans Dieu. On peut toujours adoucir
Têtre violent, apaiser celui que le culte de la force enivre; mais qu'attendre d'esprits frappés de scepticisme, incapables de se passionner pour la vérité et de regarder plus haut que terre?
L'x\llemagne, fière de sa force, ne présente à l'observateur, dans sa vie nationale, aucun phénomène de sénilité. Ses vices sentent plutôt la barbarie que la décrépitude; et elle offre un singulier mélange de rudesse première et de civilisation. Ce qu'elle a de barbare tient au tempérament, au sang même; ce qu'elle a de civilisé et de supérieur, à son instruction.
Je ne m'amuse point, en l'étudiant de près, & peindre ses vices, pour complaire à mes compatriotes, et à diminuer, comme à plaisir, leur plus redoutable adversaire; je m'applique, au contraire, à examiner d'un œil calme et impartial ses éléments de force et de vitalité, afin d'instruire mon pays et de le défendre contre toute illusion. Le secret de
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la victoire pour tout peuple viril n'est point de rabaisser son ennemi, mais de le con naître et de lutter à outrance afin de le surpasser.
Au moindre coup d'œil sur le monde civilisé et sa culture intellectuelle, on voit renseignement public toujoiin» divisé en trois degrés : Tins traction primaire, l'instruction secondaire et l'instruction supérieure.
L'instruction primaire est, à peu de chose près, universellement identique ; elle s'adresse au peuple, à tous sans distinction; et elle a pour objet d'apprendre à l'enfant à lire, à écrire, à compter. Lecture, écriture, calcul : voilà Va d c de la culture chez les modernes, et chez les anciens. Le monde moderne, toutefois, peut, à ce point de vue, revendiquer une supériorité incontestable sur le moyen âge et l'antiquité. Il y a quelques siècles, de rares privilégiés à peine avaient seuls la faculté de s'instruire. Enivrés de leur force et satisfaits
de leur vie guerroyante, beaucoup de seigneurs mettaient leur gloire à ne rien savoir, pas même signer leur nom, autrement qu'avec Tépée. Les autres partageaient avec le prêtre et le riche le privilège de s'instruire. Aujourd'hui, tous, dans nos sociétés avides de connaître, veulent apprendre; tous peuvent apprendre; tous doivent apprendre. L'ignorance volontaire est devenue un délit ; et les États modernes presque partout imposent l'instruction élémentaire comme un devoir civique. Le premier rang est à ceux qui montrent une plus grande avidité pour s'instruire et dont les gouvernants déploient une plus parfaite intelligence pratique, afin de répondre à cette avidité, sans porter atteinte aux droits suprêmes de la conscience et du foyer.
La diffusion des connaissances élémentaires a pour effet providentiel l'épanouissement d'un plus grand nombre d'intelligences : germes sacrés, semés par Dieu dans la famille humaine, et qui souvent n'arrivent point à la lumière,