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L'INSTRUCTION ÉLÉMENTAIRE

parce que Tégoïsme des castes ou quelque autre fatalité sociale leur a refusé les conditions premières de Téclosion. Combien parmi ces germes inconnus ne se sont jamais éveillés, morts étouffés dans des sillons stériles! Pour vivre, que demandaient-ils? Un premier rayon. Ceux qui auraient dû le faire luire Tout refusé. Et le pire, c'est qu'il se soit trouvé des politiques pour justifier ce système, pour faire de Tignorance des masses, de ce malthusianisme de Tesprit, une sorte de garantie d'ordre public et de prospérité sociale I Sans doute, l'instruction a ses périls ; mais quel est dans l'humanité le bien qui n'ait ses dangers? Ceux qui reculent sont des pusillanimes. A les entendre, il faudrait supprimer la vie, puisque la vie expose à la souffrance et à la mort. Il y a des inondations et des incendies : a-t-on jamais, dit M. de Maistre, demandé la suppression de l'eau et du feu ?

Ce ne sera pas un des moindres honneurs du christianisme d'avoir créé un monde nou-

veau OÙ la vérité et la liberté devient un jour devenir une passion, et où le premier devoir de la charité devait être la diffusion universelle de la vérité et le maniement de ses premiers outils par le moindre des hommes.

En parcourant l'Allemagne du nord au midi et du Rhin à FElbe, en voyant l'ardeur du peuple à fréquenter les écoles, et le soin des divers gouvernements à répondre à cette ardeur, on ne peut méconnaître la vitalité de Tinstruction populaire.

Les écoles sont partout. Le moindre village a son palais : c'est la VolksscAule.

'^ette difiusion de Tinstruction élémentaire dans les diverses nations modernes a eu, jusqu'à présent, deux causes : l'esprit chrétien et l'esprit démocratique. Sous l'influeiice du premier, rAUemagne, depuis trois siècles, s'est Couverte d'écoles du peuple : il fallait bien que tous apprissent à lire, puisque la Bible était l'oracle de tous les croyants. Scus l'influence du second, la France a singulière-

ment élargi le domaine de rinstruction da peuple : il fallait bien que tous les Français apprissent à lire, puisque tous, un jour, devaient voter. Les États-Unis, sous Faction simultanée de l'esprit chrétien et de Tesprit démocratique, ont donné, eux aussi, à l'instruction populaire un incroyable essor.

Mais tandis que rAUemagne a su garder dans les écoles primaires une place légitime à la religion et à ses ministres, tandis qu'elle a fait de l'instruction religieuse donnée par le ministre du culte un élément indispensable et qui tient dans les programmes la place d'honneur, la France n'a pas su résister à l'irréligion. Elle a fermé la porte de l'école au catéchisme et au prêtre, comme si le prêtre, fidèle à son mandat, était un être suspect et dangereux, et la doctrine un enseignement sans valeur.

On a compté, a-t-on semblé dire, sur la

vigilance des parents : nul plus que moi ne

respecte la liberté du père et de la mère ; mais

qui ne connaît le défaut d'initiative, l'inerlie du peuple en France ; et puisque l'État pouvait, sans usurper, imposer aux parents Tinstruction primaire obligatoire pour les enfants, il cjt rempli un patriotique devoir en imposant la religion comme un élément essentiel du programme. Exiger une instruction religieuse contraire à la religion des parents est une iniquité, une tyrannie; mais commander une instruction conforme à leurs croyances eût été Tacte d'un gouvernement ferme et sage.

Les pères de famille, qui, en France, vivent sans religion positive et n'appartiennent à aucune confession, se seraient récriés : on eût fait une exception pour eux ; car ils ne sont qu'une minorité, et ce n'est point pour les minorités qu'on édicté les lois. D'ailleurs, s'il faut tout dire, parmi ces pères, conibien en compterait-on résolus ou même résignés à voir leurs enfants élevés sans foi et sans Dieu?

Et avec quoi remplacera-t-on la religion dans Tàme de l'enfant? Quand la religion ne serait, comme disent les positivistes, qu'une forme transitoire de rhumanité, ne correspoadant qu'à Tune des phases de son évolution, il faudrait encore la maintenir dans l'école.

La loi de l'individu, dans son évolution particulière, — c'est la science la plus éclairée qui l'affirme, — n'est et ne doit être que la reproduction de la loi de l'espèce. Si donc l'espèce passe par une phase déterminée, l'individu doit y passer aussi, sous peine de violer une des lois de la vie. Or, l'histoire est là pour le prouver, l'espèce . humaine, universellement, au début de son expansion à travers les siècles, est religieuse; donc, au nom de la science même, l'individu, au début de sa courte existence, doit être religieux. La loi physiologique n'est qu'un cas particulier de la loi biologique ; et de même que la suppression d'un des degrés dans les transformations de l'être vivant aboutit aux

monstruosités physiologiques, de même la sup-

pression d'une des phases dans le progrès moral a pour résultat fatal les vices, les monstruosités morales.

Mais on ne sait pas incliner ses étroits préjugés devant les larges enseignements de la science dont nous nous pi oclamons avec fierté pourtant les adeptes fidèles. On ne la sert trop souvent que pour Topposer à ce qui nous gène, à ce qui heurte nos vains systèmes, à ce que nous ne comprenons pas. On l'invoquera pour prouver que Fhomme a commencé par n'être qu'une cellule vivante qui a dû passer par tous les degrés de la vie et de l'animalité, depuis les rayonnes jusqu'au vertébré supérieur, avant d'arriver à sa forme définitive; et l'on ne saura pas apprendre d'elle que l'enfant doit être non seulement instruit, mais religieusement élevé, que les lois essentielles de la nature sont immuables, inexorables, et que leur violation, dans les peuples comme dans l'individu, est tôt ou tard frappée de mort.

Comme tout changerait, si, plus dégagés de nous-mêmes, nous savions, je ne dis pas nous servir de la science, mais la servir I Ce sont les idées sectaires qui troublent notre pays ; c'est la manie fatale d'en faire sans retard une application sociale et poUtique qui nous entrave dans Torganisation de ce monde moderne, si grand par ses éléments de vie. Des aspirations splendides ont fait explosion dans notre patrie : jamais en aucun siècle, sous aucun ciel, on ne vit pareil élan vers l'égalité, la fraternité et l'affranchissement des hommes. Pourquoi fautil que l'esprit de ruse et de haine soit venu semer l'ivraie dans ce champ plein d'espérances? Quand finira donc la comédie qui se joue sous le masque de ces principes sacrés?

La vraie façon de les honorer, c'est de leur immoler notre égoïsme; ils ne sont pas le moyen, ils sont le but de la vie ; on ne se sert pas d'eux, on les sert. Que ne donneraient pas tous les vrais patriotes pour que la France réalisât entin ses grands rêves et pût avec orgueil

bientôt montrer aux nations qui Tavoisinent le type dun peuple nouveau où la fraternité se prouve par une bienfaisance universelle, l'ég-alité par le règne inflexible de la loi, et la liberté par rinitiative personnelle et une large tolérance.

L'enseignement secondaire depuis la T^en^^issance. — Son but essentiel. — Comment les Allemands l'ont compris. — Gymnases et écoles réaies. — L'étude des langues classiques dans les gymnases. — Prédilection de l'Allemand pour la langue française ; sa négligence des langues slaves. — Alsaciens et Polonais. — Les yengeances de la justice.

L'enseignement secondaire est un des traits saillants dans l'organisation de l'instruction publique, depuis la Renaissance.

A partir de cette époque, il ne cesse d'agrandir son domaine. Fournir à l'adolescent les instruments nécessaires pour renseignement

supérieur : tel doit être son but essentiel. Il se réduit à deux éléments indispensables : la connaissance des sciences mathématiques et naturelles et celle des langues mortes et vivantes. Sans Tune, il e$t impossible de péné^ trer la religion, la philosophie, les mœurs, la vie, Tâme de Thumanité, Thistoire des peuples disparus et des nations contemporaines; sans l'autre, comment connaître la nature, peser ses forces, pénétrer sa vie, mesurer son immensité ?

Or, avant la Renaissance, le latin était, à peu près, la seule langue en usage parmi les lettrés. Très préoccupé de lui-même, de sa vie sociale, civile ou religieuse, l'homme ne jetait sur la nature qu'un regard enfantin, naïvement confiant dans ses théories et obstiné à leur demander le secret de ce grand univers, au lieu de le demander par l'expérience à l'univers lui-même. L'enseignement secondaire, dès lors sans objet, ne pouvait exister. Armé de son tatin et des plus simples éléments de la géo-

L'ENSEIGNEATENT .SECONDAIRE 1!

métrie et du calcul, le jeune homme entrait de plain-pied dans Tuniversité, comme étudiant de la faculté des arts, et de là il passait à Tétude de la théologie, de la philosophie, de la jurisprudence ou de la médecine qui résumaient tout le haut enseignement.

Mais, à mesure que les langues diverses parlées parles civilisations antérieures ont présenté à rhumanité curieuse leurs chefs-d'œuvre inconnus et que le courant emportant Fhomme vers la science de la nature est devenu plus impétueux, il a fallu former la jeunesse à la connaissance des idiomes divers, lui apprendre avec le latin le grec et Fhébreu, les langues sanscrites et orientales, les langues anciennes comme les langues modernes, et lui mettre en mains tout Toutillage des sciences expérimentales, Tinitier aux grands calculs sans lesquels il n'y a de possihle ni astronomie, ni chimie, ni physique, ni biologie, ni aucune connaissance scientifique de la nature.

n LES ALLEMANDS

Les Allemands me paraissent avoir très pratiquement entendu le but essentiel de l'enseignement secondaire.

Ils n'ont point imaginé, comme nous, cette fatale bifurcation qui a Réparé prématurément dans les mains mêmes de l'adolescent les deux outils de la culture intellectuelle , je veux parler de la science des langues et des mathématiques. Ils ont créé des écoles réaies {Realschulen) où prédomine l'élément scientifique et professionnel à côté du gymnase (Gymnasien) où l'élément littéraire occupe la première place ; mais, comme le dit excellemment M. Michel Bréal *, « l'école réale n'est point Tantithèse » du gymnase, c'est un gjrmnase mitigé. Bien » que née de l'esprit pratique et utilitaire des » temps, elle est restée tout à la fois esthétique » et scientifique. L'histoire et la littérature y » tiennent encore une belle place, tout en 1» laissant du champ aux mathématiques, à

i. Excursions pédagogiques, Paris, 1882.

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